Le 7 septembre dernier, plus de 8,2 millions d’élèves au Maroc ont repris le chemin de l’école, renouant avec le rituel des cartables neufs et des cours d’école animées. Évaluer avec précision le coût global de cette rentrée relève pourtant de l’exercice délicat. Les dernières données officielles consolidées remontent à une enquête menée par le Haut-Commissariat au Plan entre 2019 et 2020, puis publiée en 2022, qui établissait la dépense moyenne à 1.556 dirhams par enfant, représentant alors plus d’un cinquième du budget mensuel d’un ménage.
Si l’écart entre le milieu urbain, où la moyenne atteignait 1.926 dirhams, et le milieu rural, fixé à 760 dirhams, soulignait déjà de fortes disparités, ces chiffres accusent aujourd’hui le poids des ans. «La véritable mesure de la charge financière s’appréhende désormais sur le terrain, au plus près des familles et des acteurs du secteur», indique le magazine Finances News Hebdo.
La disparité des coûts dépend intimement du statut social, de la région et de la nature de l’établissement fréquenté. Comme le souligne Bouazza Kharrati, président de la Fédération marocaine des droits du consommateur, cité par Finances News, le fossé demeure considérable entre l’enseignement public et les écoles privées ou les missions étrangères, certains établissements de la capitale allant jusqu’à imposer l’acquisition d’une tablette numérique facturée 4.000 dirhams, quand d’autres privilégient le support papier traditionnel. Les estimations actuelles font ainsi état d’un budget moyen avoisinant les 7.000 dirhams pour un collégien dans le secteur privé, contre environ 2.000 dirhams dans le public, dans un contexte global marqué par une érosion continue du pouvoir d’achat.
Cette réalité frappe de plein fouet les jeunes actifs, à l’image de Mehdi et Alia, cadres supérieurs à Casablanca et parents de deux jeunes enfants. Malgré des doubles revenus qu’ils pensaient protecteurs, le cumul des frais d’inscription, du transport, de la cantine et des activités annexes pour leur fille en classe de cours préparatoire a dépassé la barre des 12.000 dirhams, hors frais de scolarité stricts, auxquels s’ajoutent les dépenses afférentes à leur plus jeune fils en maternelle.
Au-delà de la cherté initiale, les associations de consommateurs s’alarment de la prolifération de stratégies commerciales agressives de la part de certains établissements privés. Le procédé consiste souvent à proposer des tarifs d’appel séduisants lors de la première année, particulièrement au niveau du préscolaire ou du début du primaire. Une fois l’enfant intégré, habitué à son environnement pédagogique et attaché à ses cercles amicaux, les familles subissent des revalorisations tarifaires régulières qui les placent de facto dans une position de dépendance. «Pour illustrer l’ampleur de ces écarts, les observateurs comparent volontiers les frais de garde et de scolarité de certaines métropoles marocaines à ceux pratiqués en Europe, une crèche plafonnant, par exemple, à 7.000 dirhams à Malaga, contre 10.000 dirhams à Casablanca», souligne Finances News.
Cette pression économique pousse parfois les parents à des choix douloureux, à l’instar de Maria, mère divorcée à Marrakech, qui a dû se résigner à changer son fils d’établissement en cours de scolarité, infligeant à l’enfant la douleur d’une séparation d’avec ses camarades face à l’impossibilité de suivre l’inflation des tarifs. L’absence de mécanismes de régulation ou de plafonnement des hausses annuelles laisse les ménages démunis, les réduisant trop souvent à l’emprunt pour honorer leurs obligations.
Face à cette impasse, le secteur bancaire a institutionnalisé le phénomène en proposant chaque été des solutions de financement dédiées, les fameux crédits rentrée assortis de taux d’intérêt préférentiels oscillant généralement entre 6,5 et 8%. Si ces facilités offrent un répit immédiat aux parents étouffés par l’accumulation des factures, elles pérennisent un endettement structurel lié à l’éducation.




