Sebta. Sánchez démonte une nouvelle fois le récit anti-marocain auquel certains milieux continuent de s’accrocher

Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, devant le Congrès des députés, le 3 septembre 2026 à Madrid. (Photo Thomas COEX / AFP). AFP or licensors

Devant le Congrès, le président du gouvernement espagnol a assuré qu’aucune institution nationale ou internationale n’avait fourni de preuve permettant d’affirmer que le Maroc avait planifié ou organisé l’entrée massive de migrants à Sebta. Pedro Sánchez a également exigé des explications sur le rôle du Centre national de l’immigration et des frontières et annoncé la publication de tous les rapports rédigés avant les événements des 30 et 31 juillet.

Le 03/09/2026 à 11h39

Pedro Sánchez l’a répété, cette fois depuis la tribune du Congrès, sans laisser de place aux interprétations orientées qui ont dominé une partie du débat médiatique espagnol et international ces dernières heures. Le gouvernement ne dispose d’aucune preuve permettant d’attribuer au Maroc la planification ou l’organisation de l’entrée massive de migrants survenue à Sebta les 30 et 31 juillet.

Les propos du chef du gouvernement espagnol rejoignent la mise au point effectuée mercredi par le directeur général de la police, Francisco Pardo. Celui-ci avait informé le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, qu’aucun rapport de police n’imputait aux autorités marocaines l’organisation des événements.

Pourtant, alors que les accusations visant le Maroc ont occupé les unes, alimenté les débats télévisés et fait les gros titres, le démenti de la police n’a guère bénéficié de la même exposition. Certains médias persistent à relayer la première version, fondée sur des extraits d’un document versé à une enquête judiciaire, bien que les autorités espagnoles elles-mêmes aient écarté l’hypothèse d’une opération orchestrée depuis le Maroc.

Aucune institution n’a fourni de preuve

Pedro Sánchez s’est montré catégorique au sujet des investigations menées jusqu’à présent. «On ne peut pas conclure que cette opération ait été conçue par le Maroc», a-t-il déclaré devant les députés. Le président du gouvernement a ensuite précisé qu’aucune des institutions consultées par l’exécutif n’avait fourni d’élément venant étayer une telle accusation.

«Je peux vous garantir qu’aucune de ces institutions, pas plus que les services diplomatiques, la Commission européenne ou tout autre organisme international, n’a transmis au gouvernement espagnol de preuves solides indiquant que le Maroc aurait planifié ou organisé cet épisode», a-t-il affirmé.

L’enquête reste ouverte et Pedro Sánchez a assuré que si de nouveaux éléments venaient à apparaître, son gouvernement les rendrait publics et agirait en conséquence. Mais le message essentiel de son intervention ne souffre aucune ambiguïté. En l’état des informations disponibles, l’Espagne ne peut attribuer au Maroc la planification des événements.

Cette mise au point démonte le récit bâti autour de l’existence supposée d’un rapport de police qui mettrait directement en cause le Royaume. Un récit qui a déclenché des appels à la démission, des demandes d’élections anticipées et une nouvelle surenchère de déclarations hostiles au Maroc, avant même que l’origine, la portée et la nature exacte des documents cités aient été établies.

Pedro Sánchez exige des explications du Cenif

Une grande partie des interrogations formulées par le président du gouvernement a porté sur le rôle du Centre national de l’immigration et des frontières, le Cenif, un organisme rattaché à la Police nationale.

«Pourquoi le Cenif n’a-t-il transmis à aucun supérieur de la chaîne de commandement de la Police nationale ou du ministère de l’Intérieur la moindre note d’information datée du 29 juillet?», a demandé Pedro Sánchez.

Il a également voulu savoir pourquoi le contenu du rapport demandé par une juge de l’Audience nationale, susceptible d’avoir des implications pour la sécurité de l’État, n’avait été communiqué ni aux responsables de la police ni au gouvernement.

«Pourquoi le contenu d’un rapport commandé par une juge et susceptible d’avoir des implications pour la sécurité de l’État n’a-t-il été transmis ni aux supérieurs hiérarchiques concernés ni au gouvernement espagnol? Cela aussi devra être expliqué, Mesdames et Messieurs les députés», a-t-il déclaré.

La question revêt une importance particulière depuis qu’il a été révélé que la magistrate avait ordonné que les informations recueillies dans le cadre de l’enquête judiciaire ne soient pas transmises à la hiérarchie policière sans son autorisation. La controverse ne porte donc pas seulement sur le contenu des documents, mais aussi sur leur circulation, leur cadre judiciaire et l’exploitation politique et médiatique de certains extraits.

La coopération du Maroc a rendu les retours possibles

Pedro Sánchez a également souligné que la réponse apportée à cette entrée massive n’aurait pas été possible sans la coopération directe du Maroc. Une fois la frontière renforcée, a-t-il expliqué, la deuxième priorité de l’exécutif a consisté à prendre en charge et à reconduire rapidement les personnes qui n’avaient pas le droit de rester sur le territoire espagnol.

Les effectifs chargés des questions migratoires ont ainsi été renforcés, les capacités d’accueil temporaire augmentées et une «coordination étroite avec les autorités marocaines» mise en place. Sans cette coopération, a-t-il insisté, les résultats obtenus auraient été impossibles à atteindre, tant sur le plan juridique que logistique.

Le président du gouvernement a affirmé qu’en moins de 24 heures, quelque 50.000 personnes avaient regagné le Maroc et que, 72 heures plus tard, ce nombre avait atteint 63.000, soit plus de 90% des personnes entrées irrégulièrement à Sebta. Pedro Sánchez a qualifié l’opération de «l’un des processus de retour les plus rapides jamais menés dans l’histoire récente de l’Europe» et rappelé que son efficacité avait été saluée par la Commission européenne.

S’agissant des opérations menées par la suite, Pedro Sánchez a fait état de 3.658 migrants reconduits vers le Maroc et de 3.300 personnes transférées hors de Sebta depuis le 10 août. Il a ajouté que 1.530 personnes avaient quitté les rues grâce à des solutions d’hébergement, à des retours ou à des expulsions. Le gouvernement entend apporter une solution à au moins 1.500 autres personnes au cours des deux prochaines semaines afin d’alléger sensiblement la pression qui continue de peser sur Sebta.

Un désaccord porté sur le terrain diplomatique

Pedro Sánchez a également réagi aux déclarations sur Sebta et Melilla formulées par deux ministres marocains. Il a indiqué que des représentants du gouvernement espagnol avaient rencontré, le 21 août dernier, l’ambassadrice du Maroc à Madrid, Karima Benyaich, afin de lui faire part de leur rejet de propos qu’il a qualifiés d’«inacceptables».

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, avait déjà affirmé quelques jours auparavant que Madrid avait fait connaître sa position «par toutes les voies diplomatiques disponibles», sans que l’exécutif révèle jusqu’à présent la tenue de cette rencontre. Pedro Sánchez a conclu ce passage de son intervention en réaffirmant la position espagnole sur les deux villes. «Sebta et Melilla sont des villes espagnoles et le resteront jusqu’à la fin des temps», a-t-il déclaré devant les députés.

Aucune alerte exceptionnelle n’avait été émise

Pedro Sánchez a également nié que son gouvernement a reçu une alerte permettant d’anticiper l’ampleur de l’entrée massive.

«La réponse est claire. Non, il ne l’a pas fait», a-t-il répondu lorsqu’il a été interrogé sur l’existence d’avertissements préalables. L’exécutif, a-t-il expliqué, a passé en revue l’ensemble des rapports, messages et notes transmis aux autorités politiques et à la délégation du gouvernement à Sebta par les forces de sécurité, le Centre national de renseignement et d’autres organismes.

«Je peux vous assurer qu’aucun de ces documents n’allait au-delà d’une simple description des données disponibles et d’avertissements de routine. Aucun, par ailleurs, n’avait anticipé ni l’ampleur ni la probabilité de ce qui s’est finalement produit», a-t-il souligné.

Le président du gouvernement a également évoqué un rapport de routine de Frontex, qui ne prévoyait aucune entrée massive, ainsi que la note rédigée par le Cenif. Selon ses explications, cette dernière estimait que les mouvements observés sur les réseaux sociaux n’étaient pas préoccupants, tout en relevant que les bonnes conditions en mer pouvaient entraîner une augmentation progressive des tentatives de passage par les digues frontalières. Elle ne mettait donc nullement en garde contre un épisode de l’ampleur de celui qui s’est produit par la suite.

Face aux accusations selon lesquelles l’exécutif aurait été informé du risque mais aurait délibérément choisi de ne pas intervenir, Pedro Sánchez s’est montré catégorique. «Il est absurde de penser que le gouvernement avait été prévenu et qu’il a sciemment décidé de ne rien faire.»

Tous les rapports seront rendus publics

Pour mettre un terme à la polémique, le président du gouvernement a annoncé avoir ordonné la constitution d’un dossier regroupant l’intégralité des rapports élaborés au cours des jours ayant précédé les événements.

«Le gouvernement n’a rien à cacher dans cette affaire. J’ai d’ailleurs donné l’ordre de publier un dossier contenant tous les rapports, absolument tous, afin que les médias et les citoyens puissent les examiner par eux-mêmes», a-t-il assuré.

Cette publication permettra de confronter les notes de routine, les alertes disponibles et les documents versés ultérieurement à l’enquête judiciaire. Elle permettra également de déterminer dans quelle mesure la version qui alimente depuis deux jours le débat politique espagnol restitue fidèlement le contenu complet de ces rapports ou si elle a été bâtie à partir d’extraits sortis de leur contexte.

Pedro Sánchez a toutefois annoncé une révision des mécanismes de coopération avec le Maroc afin d’empêcher qu’une telle situation ne se reproduise.

«Nous passons actuellement en revue l’ensemble des mécanismes de coordination et d’alerte que nous partageons avec l’État marocain et nous allons mettre en place des garanties supplémentaires afin que la situation vécue le 30 juillet dernier ne se répète pas», a-t-il expliqué.

Dans le même temps, le président du gouvernement a insisté sur la nécessité pour l’Espagne de préserver sa coopération et ses relations de bon voisinage avec le Maroc. Une volonté également exprimée par les autorités marocaines, qui ont refusé de faire de l’immigration un instrument de pression et plaidé pour le maintien du dialogue avec Madrid. «Nous devons continuer à coopérer avec le Maroc et entretenir avec lui des relations de bon voisinage. Mais il est évident qu’après ce qui s’est passé, cette coopération devra évoluer», a-t-il affirmé.

Par Faiza Rhoul
Le 03/09/2026 à 11h39