Une fissure est apparue dans le mouvement de protestation qui paralyse le corps judiciaire. Un groupe d’avocats membres du barreau de Casablanca s’est rendu à la Cour d’appel mardi matin afin de reprendre l’exercice de leurs fonctions et assurer leurs prestations professionnelles. Cette décision intervient en rupture nette avec les consignes de l’Association des barreaux du Maroc, qui avait appelé au maintien d’une grève générale pour contester la nouvelle loi régissant la profession d’avocat après son entrée en vigueur officielle, écrit Al Ahdath Al Maghribia de ce jeudi 3 septembre.
La démarche a été marquée par une présence très symbolique, notamment celle de l’ancien ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Mustapha Ramid, également membre du barreau de Casablanca. Il était accompagné d’anciens bâtonniers et de figures de la profession, attirant une attention particulière au sein des couloirs du tribunal. Sur place, ces professionnels se sont entretenus avec plusieurs responsables judiciaires, témoignant d’une volonté concrète de reprendre le travail quotidien, à l’encontre de la ligne d’action prônée par les instances dirigeantes de leur barreau.
Ce retour aux audiences survient alors que l’Association des barreaux du Maroc tente de maintenir la pression. Réunie en session extraordinaire le 27 août dernier à Rabat, suivie d’un communiqué rendu public le 28 août, l’association avait arrêté une série d’actions de protestation visant à dénoncer des vices de procédure dans le parcours législatif du texte, avant même sa publication au Bulletin officiel. Les instances représentatives estiment en effet que ce cadre juridique instaure une nouvelle phase de confrontation directe avec le ministère de la Justice, lit-on dans Al Ahdath Al Maghribia.
De son côté, le barreau de Casablanca avait réaffirmé samedi dernier la poursuite du débrayage total, invoquant l’impossibilité pour la Cour constitutionnelle de se prononcer sur la conformité de la loi en raison de vices de forme entachant le recours. Néanmoins, la publication officielle du texte au Bulletin officiel sous le numéro 7536, daté du jeudi 20 août, est venue consolider le cadre réglementaire. La décision de la Cour constitutionnelle rendue le 26 août a en effet déclaré le recours irrecevable en l’état, ouvrant la voie à la mise en application immédiate de la loi numéro 66.23 telle qu’approuvée par le Parlement.
Cette législation précise la définition de la profession en rappelant qu’il s’agit d’une activité libérale et indépendante qui concourt à la réalisation de la justice, à la défense des droits humains et des libertés. Le texte réaffirme également les règles d’inscription aux tableaux des barreaux du Royaume et encadre les exigences d’intégrité, d’indépendance, d’honneur et de respect des traditions éthiques imposées à tout praticien.
Dans ce contexte de profondes divisions, les prochains jours s’annoncent décisifs. La démarche individuelle de ce groupe d’avocats mené par Mustapha Ramid pourrait s’étendre et transformer la contestation collective en un retour progressif et éparpillé vers les salles d’audience, au moment même où les débats internes sur la portée et les conséquences de cette nouvelle réglementation continuent d’agiter la profession.



