Carburants: phénomène rare, le gasoil flirte avec les 15 dirhams et devient plus cher que l’essence

Une station-service. (Photo d'illustration)

Les prix à la pompe repartent à la hausse ce mardi 1er septembre. Le litre de gasoil augmente de 6 centimes et devient désormais plus cher que l’essence, dont le prix reste inchangé. Il s’agit de la quatrième hausse consécutive du gasoil en l’espace d’un mois et demi.

Le 01/09/2026 à 14h45

Le mouvement haussier des prix des carburants se poursuit. Ce mardi 1er septembre, les automobilistes doivent ainsi composer avec une nouvelle augmentation du prix du gasoil, de l’ordre de 6 centimes par litre. Le tarif de l’essence, pour sa part, reste inchangé.

Cette nouvelle hausse intervient après plusieurs relèvements successifs observés depuis la mi-juillet. À cette période, le prix du gasoil avait progressé de 69 centimes le litre, alors que celui de l’essence avait augmenté de 39 centimes.

Début août, l’ensemble des distributeurs pétroliers avaient ensuite appliqué une hausse de 1 dirham par litre, aussi bien pour le gasoil que pour l’essence. Le 16 août, le gasoil avait de nouveau augmenté de 65 centimes le litre.

Avec le relèvement de ce mardi, la hausse du prix du gasoil atteint donc 2,40 dirhams en quelques semaines, dans un contexte international marqué par une forte tension sur les marchés des produits pétroliers.

À Casablanca, dans le centre-ville, les prix du gasoil affichés sur les totems s’établissent à 14,96 dirhams le litre chez Petromin Oils, Afriquia et Winxo, contre 14,99 dirhams chez Shell. Le gasoil devrait toutefois dépasser la barre des 15 dirhams dans plusieurs autres villes. Plus l’on s’éloigne du pôle Mohammedia-Casablanca, plus le prix à la pompe tend à augmenter, notamment en raison des coûts de transport et d’acheminement.

De son côté, le prix de l’essence reste inchangé sur l’ensemble du territoire national, avec un litre affiché à 14,93 dirhams à Casablanca.

Le fait que le gasoil devienne plus cher que l’essence n’est pas totalement inédit au Maroc. Une situation similaire s’était produite fin mars 2022, dans le sillage du déclenchement de la guerre en Ukraine et de l’envolée des cours internationaux. Le 31 mars, le litre de gasoil avait atteint environ 14,30 dirhams, dépassant pour la première fois à l’époque le prix de l’essence, qui s’établissait autour de 14,16 dirhams.

Le marché mondial sous pression

Cette nouvelle hausse intervient alors que les cours des produits pétroliers raffinés restent sous pression. Houcine El Yamani, secrétaire général du Syndicat national du pétrole et du gaz (CDT-SNIPG) et président du Front national pour le sauvetage de la raffinerie marocaine de pétrole, met en avant plusieurs facteurs géopolitiques susceptibles de peser sur l’offre mondiale.

Selon lui, la poursuite de la confrontation entre les États-Unis, Israël et l’Iran exerce une pression sur les stocks mondiaux de pétrole, de gaz et de produits dérivés. À cela s’ajoute la guerre entre la Russie et l’Ukraine, notamment les frappes visant des raffineries pétrolières, qui contribuent à réduire l’offre de produits raffinés, en particulier le gasoil.

Le prix de la tonne de gasoil se rapproche désormais de 1.300 dollars, poussant plusieurs pays à renforcer leurs achats et leurs stocks afin de se prémunir contre d’éventuelles difficultés d’approvisionnement, ajoute-t-il.

Le syndicaliste avance par ailleurs une simulation basée sur l’ancienne formule de calcul des prix des carburants, abandonnée par le gouvernement Benkirane. Selon ses calculs, le litre de gasoil aurait dû s’établir à un maximum de 14,80 dirhams et celui de l’essence à 13,96 dirhams durant la première quinzaine de septembre, en tenant compte des marges qu’il retient pour les distributeurs et sans intervention de la Caisse de compensation.

El Yamani estime toutefois que les prix à la pompe pourraient rester supérieurs à ces niveaux, les professionnels du secteur n’acceptant pas, selon lui, des marges inférieures à 2 dirhams par litre de gasoil et à 3 dirhams en moyenne pour l’essence.

Le responsable syndical considère que le maintien de prix supérieurs à 10 dirhams le litre de gasoil reste disproportionné au regard des revenus des ménages marocains et contribue à alimenter les tensions inflationnistes ainsi que l’érosion du pouvoir d’achat.

Dans ce contexte, Houcine El Yamani met en avant la nécessité de revoir la fiscalité appliquée aux carburants. Il estime que celle-ci dépasse 3,5 dirhams par litre pour le gasoil et avoisine 5 dirhams pour l’essence. Il préconise à ce titre une fiscalité mobile, évoluant en sens inverse des prix internationaux afin d’amortir les fluctuations du marché.

La question des prix des carburants intervient par ailleurs à quelques semaines des élections législatives. Pour El Yamani, la hausse persistante du coût du transport et des déplacements constitue un enjeu de pouvoir d’achat qui devrait figurer parmi les principales préoccupations des partis politiques et des futurs députés.

Par Wadie El Mouden
Le 01/09/2026 à 14h45