La polémique autour des «frakchia» est en train de se transformer en véritable affrontement politique entre le RNI et le PAM. Les échanges, de plus en plus directs, opposent désormais les responsables des deux formations, avec en toile de fond la gestion gouvernementale du dossier de l’importation de bétail et les exonérations fiscales accordées aux opérateurs.
Lors d’une rencontre à Fkih Ben Saleh, jeudi 27 août, le ministre délégué chargé du Budget avait vivement critiqué les intermédiaires et importateurs auxquels il reproche d’avoir contribué à la flambée des prix du cheptel à l’approche de l’Aïd Al-Adha. Il avait notamment qualifié de «terroristes» ceux qui, selon lui, avaient «gâché la fête» des Marocains.
Une déclaration qui avait rapidement fait réagir, dans un contexte où la question de la cherté de la viande reste particulièrement sensible. Les mesures prises par le gouvernement pour faciliter l’importation de cheptel avaient notamment reposé sur des exonérations de TVA et de droits d’importation. Ces dispositifs représentent près de 13 milliards de dirhams de dépenses fiscales.
Or, plusieurs mois après l’Aïd, le consommateur ne semble toujours pas en avoir tiré le bénéfice attendu. Le prix de la viande rouge reste élevé et peut atteindre aujourd’hui autour de 150 dirhams le kilogramme.
Le RNI monte au créneau
Après la sortie de Lekjaa, la riposte ne s’est pas fait attendre. Les cadres du RNI ont haussé le ton, jusqu’à mettre directement en cause le ministre du Budget.
Lors du meeting régional du RNI tenu vendredi 28 août à Oujda, Yassine Oukacha, chef du groupe parlementaire du parti à la Chambre des représentants, s’en est pris frontalement à Fouzi Lekjaa, lui imputant une part de responsabilité dans les décisions prises par le gouvernement concernant les exonérations accordées aux importateurs. Le raisonnement avancé par le responsable du RNI est simple: si Lekjaa critique aujourd’hui les conséquences de ces mesures, pourquoi ne les a-t-il pas empêchées lorsqu’elles ont été décidées?
La charge vise directement ses fonctions de ministre délégué chargé du Budget et intervient alors que la bataille autour du prochain titulaire du portefeuille de l’Économie et des Finances est déjà alimentée par l’enregistrement fuité attribué à Rachid Talbi Alami.
Dans cet enregistrement, le président de la Chambre des représentants et membre du RNI avait affirmé que le ministère de l’Économie et des Finances resterait entre les mains de Nadia Fettah et que Lekjaa ne l’obtiendrait pas.
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Face aux critiques qui lui sont adressées, Fouzi Lekjaa a choisi de répondre directement dans une capsule vidéo diffusée dimanche soir. Le ministre délégué chargé du Budget revient notamment sur ses prérogatives au sein du gouvernement et sur les accusations lui imputant une responsabilité dans les décisions relatives aux exonérations accordées aux importateurs de cheptel.
À ceux qui lui demandent pourquoi il n’a pas empêché ces décisions alors qu’il était lui-même membre du gouvernement, Lekjaa répond que l’action des ministres est strictement encadrée par la loi.
«Les ministres travaillent dans un cadre défini par la loi, en coordination et sous la présidence du chef du gouvernement», rappelle-t-il. Concernant ses propres fonctions, il précise: «En tant que ministre délégué chargé du Budget, j’exerce mes missions sous la tutelle administrative de la ministre de l’Économie et des Finances, dans le cadre général piloté par le chef du gouvernement.»
Lekjaa détaille ensuite ses attributions. «Mes missions portent notamment sur la gestion des recettes de l’État, qu’il s’agisse des impôts directs ou indirects, ainsi que sur la détermination des allocations budgétaires dans le cadre du projet de loi de finances», explique-t-il.
Il insiste sur la distinction entre l’allocation des crédits et leur utilisation. «Mon rôle consiste à déterminer, en concertation avec les différents départements et en fonction des priorités arrêtées avant le début de l’année, les enveloppes budgétaires qui leur sont allouées. Une fois la loi de finances adoptée par le Parlement, c’est au ministre concerné qu’incombe la responsabilité de la dépense et de la mise en œuvre des projets», précise-t-il.
Pour illustrer cette distinction, il cite les projets d’infrastructure et les équipements publics: «Lorsqu’un projet de route, de barrage, d’aménagement urbain ou de construction d’un hôpital est retenu, nous déterminons les crédits nécessaires à sa réalisation. Après l’adoption de la loi de finances, la responsabilité de la dépense et de l’exécution revient au ministre du secteur concerné.»
Le ministre délégué estime que cette expérience a également nourri sa décision de s’engager davantage dans la politique. «Ce cadre légal, qui définit précisément les prérogatives de chaque ministre, m’a aussi poussé à faire ce choix (ndlr: rejoindre le PAM) afin de disposer d’un espace plus large pour débattre des politiques économiques, apporter mon expérience de trente ans et contribuer à leur préparation comme à leur mise en œuvre de manière transversale», affirme-t-il.
Et de conclure sur ce point: «Chaque ministre a des responsabilités et des prérogatives définies par la loi. Aucun ne peut agir en dehors de ce cadre, même lorsqu’il estime qu’une décision ou une position serait pertinente.»
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Sur la question de la cherté de la viande, Lekjaa assure que sa position n’a rien de nouveau.
«Ce n’est pas la première fois que j’en parle. Je l’ai déjà fait devant les deux chambres du Parlement», rappelle-t-il. «J’ai clairement dit que les moyens mobilisés par le gouvernement pour maintenir les prix de la viande à des niveaux raisonnables et accessibles aux citoyens n’avaient pas atteint leurs objectifs.»
Le ministre maintient cette position et appelle à revoir en profondeur la politique suivie dans ce secteur.
«Je considère toujours que ce secteur a besoin d’une réflexion approfondie et de solutions objectives permettant au citoyen de retrouver la viande à des prix comparables à ceux qu’il connaissait auparavant», affirme-t-il.
La fin de son intervention prend une tournure plus politique. Lekjaa reconnaît l’existence de divergences au sein de la majorité sur plusieurs dossiers, dont celui de la viande.
«Il s’agit de l’un des nombreux sujets sur lesquels nous avons eu des avis et des positions différents», affirme-t-il.
«Je pense que l’accumulation de ces différences, aussi nombreuses soient-elles, a fait de mon exclusion du ministère de l’Économie et des Finances un objectif stratégique pour un acteur politique», déclare-t-il, dans une allusion claire au RNI et à l’enregistrement attribué à Rachid Talbi Alami.




