Pedro Sánchez n’a pas cédé aux pressions de la droite espagnole, qui somme son gouvernement de revenir sur sa position concernant le Sahara marocain et d’ouvrir une confrontation diplomatique avec Rabat. Lors de sa seconde intervention devant le Congrès des députés, le chef du gouvernement a clairement réaffirmé le soutien de l’Espagne à l’initiative d’autonomie, tout en rappelant que Madrid était loin d’être isolée sur cette question.
«La majorité des pays européens, y compris les principales puissances du continent, ont soutenu la proposition d’autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine», a-t-il déclaré en réponse aux critiques de plusieurs groupes parlementaires.
Pedro Sánchez a inscrit la position espagnole dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et des efforts déployés par la communauté internationale pour parvenir à une issue politique à un différend enlisé depuis cinq décennies.
«Le gouvernement espagnol, aux côtés de l’Europe et de la communauté internationale, tente de contribuer à une solution politique à un conflit qui se trouve dans l’impasse depuis cinquante ans», a-t-il affirmé.
Une position pleinement assumée
Loin de présenter le changement de position annoncé par l’Espagne en mars 2022 comme une concession qu’il conviendrait aujourd’hui de regretter, Pedro Sánchez l’a défendu comme une décision cohérente avec l’évolution internationale du dossier. Madrid considère l’initiative marocaine d’autonomie comme la base «la plus sérieuse, réaliste et crédible» pour parvenir à un règlement du différend, une appréciation désormais partagée par un nombre croissant de grandes puissances européennes.
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L’intervention du président du gouvernement a coupé court aux pressions d’une droite qui s’efforce de présenter tout dialogue avec le Maroc comme un signe de faiblesse. Pedro Sánchez a expressément rejeté cette lecture et nié que son exécutif mène une politique d’«apaisement» à l’égard du Royaume.
«Nous ne menons pas une politique d’apaisement avec le Maroc. Nous menons une politique de bon voisinage», a-t-il affirmé, assurant par ailleurs n’avoir «aucune intention de provoquer une crise diplomatique majeure avec le pays voisin».
Le chef du gouvernement a rappelé que cette volonté d’entente ne relevait pas de son seul exécutif, mais s’inscrivait dans la politique suivie par tous les gouvernements espagnols depuis le début de la transition démocratique, quelle que soit leur orientation idéologique.
Les contradictions d’une droite qui aspire à gouverner
L’offensive contre la position espagnole sur le Sahara révèle également une contradiction difficile à éluder. Les mêmes forces politiques qui ambitionnent de gouverner l’Espagne réclament aujourd’hui une politique de confrontation avec le Maroc, alors que tout exécutif espagnol devra nécessairement coopérer avec son voisin du Sud dans des domaines aussi essentiels que la sécurité, la migration, la lutte contre le terrorisme, le commerce, l’énergie et la stabilité régionale.
Il n’est pas davantage réaliste de prétendre entretenir une relation stratégique privilégiée avec Rabat tout en agissant contre l’intégrité territoriale du Royaume. Le Maroc a clairement établi que la question du Sahara constituait le prisme à travers lequel il évaluait la sincérité et la solidité de ses partenariats internationaux. Respecter cette position ne signifie pas que l’Espagne renonce à défendre ses propres intérêts, mais revient à reconnaître qu’une relation solide repose nécessairement sur la réciprocité et le respect des priorités fondamentales de chacun des deux partenaires.
Depuis les rangs de l’opposition, la droite espagnole peut instrumentaliser le Sahara pour tenter d’affaiblir Pedro Sánchez. Elle aurait toutefois bien du mal à maintenir cette posture si elle accédait au pouvoir et devait gérer au quotidien les relations avec le Maroc. Réclamer la coopération de Rabat lorsqu’elle est nécessaire tout en alimentant des positions hostiles à l’intégrité territoriale marocaine ne saurait tenir lieu de politique étrangère cohérente.
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Pedro Sánchez a, au contraire, maintenu le cap fixé par son gouvernement et refusé de se laisser entraîner dans une rupture qui porterait préjudice aux deux pays. Il a également rappelé qu’une relation de bon voisinage n’excluait ni les désaccords ni les lignes rouges, comme l’a montré sa défense, devant le Congrès, des positions espagnoles en matière de souveraineté territoriale.
L’intervention de Pedro Sánchez confirme en définitive que l’Espagne ne reviendra pas sur une décision dictée par le réalisme politique, l’évolution du soutien international et la nécessité de préserver une relation stratégique avec le Maroc. Face à l’agitation d’une opposition prête à faire du voisin du Sud une arme électorale, le président du gouvernement a choisi la cohérence et une politique étrangère conçue pour gouverner, non pour alimenter les gros titres.



