Alors que de fausses révélations médiatiques laissaient entendre une responsabilité des services de sécurité marocains dans la tentative d’entrée massive d’immigrants à Sebta les 30 et 31 juillet 2026, la direction générale de la Police espagnole est intervenue fermement pour recadrer le dossier. Selon des documents et communications internes révélés par le quotidien El País, l’analyse suggérant un rôle de Rabat dans ces événement est nulle et non avenue. Et aucun rapport officiel n’incrimine le gouvernement ou les services marocains.
L’affaire a éclaté à la suite de la publication, par le journal El Español et d’autres médias, d’un rapport, supposément élaboré par le Centre national d’immigration et des frontières (CENIF). Ce document suggérait que des agents marocains auraient «guidé» les migrants lors de l’assaut des 30 et 31 juillet.
Face à l’onde de choc créée par cette publication dans l’écosystème espagnol, le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a exigé par écrit des éclaircissements immédiats auprès du directeur général de la Police, Francisco Pardo. Les démarches internes engagées par ce dernier révèlent une fracture nette entre la hiérarchie policière et les conclusions tirées du rapport du CENIF.
Dans une note adressée au directeur adjoint opérationnel (DAO), José Luis Santafé, le général de l’Information de la Police, Javier Antonio Susin, remet clairement les pendules à l’heure. «En réponse à la demande de cette Direction Adjointe Opérationnelle concernant les informations publiées par le journal El Español et d’autres médias, relatives à la participation d’agents de la gendarmerie marocaine et d’autres services publics du pays voisin, ce qui impliquerait une participation d’au moins certaines de ses institutions dans l’entrée massive d’immigrants des 30 et 31 juillet derniers, le responsable de ce Commissariat Général de l’Information tient à préciser qu’aucun rapport n’a été émis attribuant la responsabilité de l’assaut à aucun gouvernement, service ou personne, dans la mesure où, à ce jour, l’auteur intellectuel dudit assaut reste inconnu».
Même constat du côté du supérieur direct des rédacteurs du document, le commissaire général aux Étrangers et aux Frontières, Julián Ávila. Celui-ci indique qu’en dehors de la note du CENIF en date du 29 juillet et de rares analyses de risques, il n’existe aucun document antérieur étayant une telle thèse.
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En synthèse des vérifications transmises au ministre Marlaska, le directeur général de la Police conclut explicitement que les éléments figurant au ministère «ne permettent pas d’établir l’implication d’aucun gouvernement, service, agence ou personne, l’auteur intellectuel de ladite entrée massive des 30 et 31 juillet 2026 étant à ce jour inconnu».
La valeur du CENIF mise en doute
Pour neutraliser la portée du rapport transmis à la justice, le ministère de l’Intérieur a tenu à apporter d’importantes précisions méthodologiques et structurelles sur le rôle du CENIF.
L’administration rappelle que le CENIF établit ses notes et alertes en se basant sur les données relatives aux entrées et flux irréguliers sur le territoire espagnol par les voies maritime, terrestre et aérienne «ainsi qu’issues de la surveillance des sources ouvertes afin d’en établir l’évolution, les tendances et les comparaisons».
Surtout, le ministère insiste sur les limites intrinsèques de cet organisme. «Il n’a pas le statut d’unité d’enquête ayant le caractère organique de Police Judiciaire comme c’est le cas d’autres unités des commissariats généraux de l’Information, de la Police Judiciaire et du Commissariat Général aux Étrangers et aux Frontières lui-même. Il n’a pas le statut d’unité ou de service de renseignement dans d’autres modalités différenciées de l’immigration. Il ne dispose pas de personnel déployé au Maroc. Le déroulement d’activités sous mandat de l’autorité fiscale ou judiciaire est inhabituel. Ses relations avec d’autres services de sécurité se limitent au domaine de la collaboration dans le cadre de ses compétences susmentionnées».
Or, signale le ministère, la collecte d’informations en sources ouvertes «ne permet pas de déterminer l’implication et la responsabilité, le cas échéant, des mouvements d’entrée». La diplomatie et les services de renseignement espagnols entendent ainsi clore toute surenchère: aucune responsabilité des autorités marocaines dans cet assaut sur Sebta n’est établie.



