Fruits rouges: la course aux volumes cède à la précision

Des barquettes de fruits rouges.

Revue de presseMarqué par un recul inédit de ses exportations lors de la campagne 2025-2026, le secteur marocain des fruits rouges fait sa mue. Réunis à Tanger, les professionnels redéfinissent leur stratégie autour de la génétique, de l’eau et de la donnée pour s’imposer face à une concurrence mondiale devenue implacable. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Economiste.

Le 15/09/2026 à 19h41

La filière marocaine des fruits rouges aborde un tournant décisif de son histoire récente. Alors que le secteur a longtemps fondé son essor sur une expansion rapide et continue, la campagne 2025-2026 a agi comme un révélateur brutal en démontrant que la simple progression des surfaces et des volumes ne suffit plus à garantir la pérennité et la performance des exploitations. «Les chiffres officiels illustrent cette inflexion puisque les exportations globales, incluant les produits frais et transformés, ont atteint 215.924 tonnes à la fin du mois de mai, contre 226.964 tonnes au cours de la même période lors de la campagne précédente, ce qui traduit un recul notable de 5%», indique le quotidien L’Economiste dans son édition du mercredi 16 septembre.

Dans le détail, les flux de fruits frais subissent une baisse de 4% avec 162.540 tonnes expédiées, contre 168.783 tonnes un an plus tôt. C’est précisément dans cette conjoncture exigeante que la ville de Tanger accueille le Séminaire international des fruits rouges. Cet événement réunit producteurs, exportateurs, chercheurs et équipementiers autour d’une interrogation centrale: comment préserver et renforcer la compétitivité d’une filière marocaine désormais prise en étau par un marché mondial ultra-concurrentiel?

Derrière ce bilan global se cachent des dynamiques sectorielles profondément contrastées selon les fruits. La myrtille s’impose plus que jamais comme la locomotive incontestée de l’agriculture marocaine, ses exportations de fruits frais ayant progressé de 6% pour s’établir à 89.236 tonnes. La framboise prend une trajectoire inverse avec 59.149 tonnes exportées, soit une contraction de 7%. Quant à la fraise, elle traverse une passe particulièrement difficile, marquée par une chute spectaculaire de 49% de ses expéditions de fruits frais, qui tombent à 8.906 tonnes.

Ces secousses interviennent dans un paysage international où l’offre ne cesse de s’élargir et où les calendriers de récolte se chevauchent de plus en plus entre pays producteurs. Pour la myrtille en particulier, l’abondance des volumes mondiaux intensifie la rivalité entre origines, conférant un poids stratégique déterminant aux fenêtres commerciales, au choix des destinations et aux subtilités variétales. «Certes, la position géographique du Maroc et sa proximité historique avec le marché européen constituent des avantages concurrentiels majeurs, mais la bataille se joue désormais sur des critères de différenciation beaucoup plus fins», écrit L’Economiste.

La génétique agricole s’affirme ainsi comme un levier prioritaire d’adaptation. Les professionnels se tournent vers de nouvelles obtentions variétales rigoureusement sélectionnées pour leur rendement accru, leur fermeté, leur aptitude à la conservation et leur conformité aux attentes spécifiques des consommateurs internationaux. Ce sujet stratégique nourrit les débats de la rencontre de Tanger, aux côtés des analyses prospectives sur le marché mondial de la myrtille et les tendances de consommation.

Pour structurer ces réflexions, le programme de cette journée professionnelle articule des états des lieux macroéconomiques et des retours d’expérience très opérationnels. Amine Bennani, président de l’Association marocaine des producteurs de fruits rouges, trace les contours de la situation sectorielle nationale, suivi par Cindy Van Rijswick, de Rabobank Research Food & Agribusiness, pour une radioscopie du marché mondial de la myrtille. Álvaro Villalba, représentant de Hortifrut, analyse quant à lui les atouts concurrentiels du Royaume et la contribution de la génétique à la valorisation de l’offre.

L’événement intègre également des innovations technologiques de pointe à travers la présentation du Morocco Data Club, qui expose l’apport de la donnée en temps réel dans le pilotage de la campagne 2025-2026. La nutrition végétale, l’irrigation de précision, la maîtrise de la qualité avant et après récolte ainsi que la valorisation des sous-produits complètent ces travaux. Une grande table ronde rassemble enfin les acteurs de la production, de l’export, de la recherche académique, de Morocco Foodex, de l’Inra et de l’Onssa pour croiser les regards institutionnels et de terrain.

Ce virage vers la précision marque une transformation profonde dans la conduite des exploitations. La donnée s’impose désormais comme un outil d’aide à la décision incontournable. Suivre en temps réel les volumes disponibles, la cadence des récoltes, l’évolution des prix et la réalité des marchés concurrentiels permet aux opérateurs d’ajuster leur stratégie au jour le jour. «Dans une filière caractérisée par de lourds investissements à l’hectare et une forte exposition aux aléas commerciaux, cette agilité informationnelle devient un facteur décisif de rentabilité», note L’Economiste.

L’eau représente l’autre grand défi structurel de la filière. Placée au cœur des ateliers de l’irrigation de précision, la gestion hydrique vise à optimiser chaque goutte apportée aux cultures sans transiger sur les volumes de récolte ni sur les standards qualitatifs. Cette exigence de performance se prolonge tout au long de la chaîne logistique post-récolte. La résistance des fruits aux stress climatiques, la tenue de la chaîne du froid et la conservation pendant le transport international s’avèrent cruciales pour conquérir de nouveaux débouchés et garantir la satisfaction du client final.

Par La Rédaction
Le 15/09/2026 à 19h41