Tawtik: après la fuite de données de 2025, l’Ordre des notaires change de doctrine sur le stockage des actes

La plateforme Tawtik, au cœur d’une importante fuite de données foncières en juin 2025, a depuis fait l’objet d’une profonde révision de son dispositif de sécurité.

Le 15/09/2026 à 14h59

VidéoLa plateforme Tawtik, au cœur d’une importante fuite de données foncières en juin 2025, a depuis fait l’objet d’une profonde révision de son dispositif de sécurité. Depuis son élection à la présidence du Conseil national de l’Ordre des notaires, Adil El Bitar affirme avoir fait de la cybersécurité l’un de ses principaux chantiers, avec notamment une décision structurante, celle mettant fin à l’archivage électronique des actes sur la plateforme.

Le sujet est naturellement revenu dans les échanges lors du passage d’Adil El Bitar, président du Conseil national de l’Ordre des notaires du Maroc, dans l’émission Grand Format-Le360. Un peu plus d’un an après la cyberattaque ayant exposé des milliers de documents issus de transactions notariales, le responsable assure que la plateforme fonctionne désormais sans nouvel incident et qu’un nouveau dispositif de surveillance a été mis en place.

Le 2 juin 2025, un groupe de hackers se présentant sous le nom de Jabaroot avait mis en ligne un important volume de données dérobées. Les fichiers divulgués comprenaient notamment des documents liés à des transactions immobilières et foncières, des actes notariés ainsi que diverses pièces à caractère sensible.

Le 6 juin 2025, la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI) a établi, après investigation, que les données divulguées provenaient «exclusivement de la plateforme tawtik.ma opérée par le Conseil national de l’ordre des notaires», tout en précisant que les systèmes de l’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie (ANCFCC) n’avaient fait l’objet d’aucune compromission. La plateforme avait alors été mise hors ligne afin de corriger les vulnérabilités ayant permis l’exfiltration des données.

C’est dans ce contexte qu’Adil El Bitar situe son action depuis son arrivée à la présidence du Conseil national de l’Ordre des notaires, en juin 2025.

«Depuis ma désignation en tant que président de l’Ordre en juin 2025, c’est le principal chantier sur lequel j’ai travaillé», explique-t-il.

«Nous avons pris des mesures importantes pour renforcer la sécurité de Tawtik, notamment en mettant fin à l’archivage électronique sur la plateforme», ajoute-t-il.

L’objectif est de modifier le rôle de la plateforme. Celle-ci ne doit plus être considérée comme un espace centralisé de conservation des actes et contrats des notaires, mais comme un outil permettant d’accomplir les différentes formalités administratives liées aux transactions.

«Nous avons considéré que Tawtik devait désormais être un simple outil pour effectuer les formalités relatives aux contrats traités par les notaires, que ce soit auprès de la DGI ou de l’ANCFCC, afin d’éviter le risque de fuite de documents», détaille Adil El Bitar.

Cette nouvelle approche transfère désormais la responsabilité de la conservation des actes aux notaires eux-mêmes.

«Nous avons mis fin à l’archivage des documents sur la plateforme Tawtik. Jusqu’ici, les données étaient conservées auprès d’un opérateur national. Nous avons considéré que cette responsabilité devait désormais incomber directement aux notaires», explique le président de l’Ordre.

Chaque notaire doit ainsi déterminer le mode de conservation de ses documents, qu’il s’agisse d’un archivage physique ou d’un stockage électronique.

Cette évolution constitue l’un des principaux enseignements tirés de l’incident de 2025. Il s’agit de limiter la concentration de documents sensibles sur une même plateforme afin de réduire les conséquences potentielles d’une nouvelle compromission.

Un audit pour identifier les failles

Au-delà de la suppression de l’archivage, l’Ordre dit avoir engagé un chantier plus large de sécurisation de son système d’information.

Selon El Bitar, un diagnostic a d’abord été réalisé par «une entreprise reconnue à l’échelle nationale», afin d’identifier les dysfonctionnements et les vulnérabilités du système.

«Cette entreprise a procédé à un diagnostic des défaillances affectant la plateforme et le système d’information. À l’issue de cette évaluation, nous avons élaboré un cahier des charges», précise-t-il.

Plus d’un an après l’attaque, Adil El Bitar se veut rassurant sur la situation actuelle de la plateforme.

«Aujourd’hui, ce problème ne se pose plus pour Tawtik, le service a repris depuis un an et demi sans aucun incident», affirme-t-il.

En parallèle, l’Ordre a mis en place un système de veille destiné à détecter en temps réel d’éventuelles tentatives d’intrusion.

Des rapports sont régulièrement établis, tandis qu’une entreprise spécialisée a été mandatée pour accompagner l’Ordre dans le suivi de la cybersécurité. L’institution dit par ailleurs avoir renforcé ses ressources humaines avec le recrutement de personnels dédiés à ces opérations et à la prévention des cyberattaques.

Pour Adil El Bitar, l’affaire Tawtik dépasse ainsi le seul cadre de la profession notariale. Elle renvoie plus largement à la question de la souveraineté numérique du Maroc et à sa capacité à protéger ses infrastructures et ses données sensibles. Cette problématique figure d’ailleurs dans le programme électoral du PAM, auquel a contribué Adil El Bitar, membre du bureau politique du parti. Le document plaide notamment pour le renforcement des infrastructures numériques, de la connectivité et des capacités nationales de stockage sécurisé des données.

Par Wadie El Mouden
Le 15/09/2026 à 14h59