Grand Format-Le360. Adil El Bitar, figure montante du PAM, fustige les propos «irresponsables» d’Akhannouch sur Lekjaa

Adil El Bitar, membre du bureau politique du PAM et président du Conseil national de l’Ordre des notaires du Maroc.

Le 12/09/2026 à 19h00

VidéoLa passe d’armes entre le RNI et le PAM s’invite jusque dans le débat autour du Mondial 2030. Invité de l’émission Grand Format, Adil El Bitar, membre du bureau politique du Parti authenticité et modernité (PAM), a vivement réagi aux propos tenus par Aziz Akhannouch à l’encontre de Fouzi Lekjaa, au lendemain de l’annonce par ce dernier de l’ambition marocaine d’accueillir la finale de la Coupe du monde 2030 au Grand Stade Hassan II de Benslimane.

Les propos d’Adil El Bitar interviennent dans un contexte de montée en puissance des tensions entre les deux principales composantes de la majorité gouvernementale. Pour le responsable du PAM, la solidarité gouvernementale ne saurait effacer les responsabilités de chacun dans le bilan du mandat.

«Nous avons assumé notre responsabilité au sein de la majorité et nous sommes restés fidèles à l’accord qui nous lie. À aucun moment, nous n’avons pris position contre les orientations du gouvernement. Mais aujourd’hui, le temps est venu pour que chacun rende compte de sa part de responsabilité dans le bilan du gouvernement», a-t-il affirmé.

«Chacun a le droit de s’exprimer sur les performances et les échecs du gouvernement. Mais transformer les divergences en guerre de propos n’est pas à la hauteur du débat auquel les Marocains sont en droit de s’attendre», a-t-il ajouté.

C’est toutefois sur le dossier du Mondial 2030 que le ton d’Adil El Bitar s’est fait le plus tranchant. Le chef du gouvernement Aziz Akhannouch avait, jeudi à Médiouna, vivement réagi aux déclarations de Fouzi Lekjaa, membre du bureau politique du PAM et président de la Fédération royale marocaine de football, qui avait affirmé la veille à Bouznika que la province de Benslimane aurait «l’honneur» d’accueillir la finale de la Coupe du monde 2030.

Akhannouch avait notamment reproché à Lekjaa de présenter certains grands projets, dont le Grand Stade Hassan II de Benslimane, comme des promesses électorales.

«J’ai été terrifié par les propos du chef du gouvernement», a déclaré Adil El Bitar. Et d’ajouter: «Qu’un chef de gouvernement dise d’un membre de son équipe qu’il fait des promesses électorales mensongères et qu’il affirme, à propos de la victoire en Coupe d’Afrique, “vous nous avez menti”, je trouve que c’est irresponsable», a-t-il lancé.

Pour El Bitar, les grands rendez-vous sportifs internationaux ne peuvent être réduits à des arguments de campagne électorale. «Ces programmes dépassent les programmes électoraux et les programmes gouvernementaux. Ce sont des programmes nationaux portés par tous les Marocains», a-t-il soutenu.

El Bitar a également contesté l’interprétation donnée aux propos de Lekjaa sur le Grand Stade Hassan II. Selon lui, le responsable du PAM ne présentait pas la finale du Mondial comme une promesse électorale, mais rappelait un choix stratégique du Maroc.

«Lekjaa ne présentait pas cela comme une promesse électorale. Il rappelait qu’il s’agissait d’un choix de l’État, au plus haut niveau, pour construire un stade répondant aux plus hauts standards internationaux, avec une capacité d’environ 115.000 spectateurs et l’ambition d’y accueillir la finale de la Coupe du monde 2030», a-t-il expliqué.

Interrogé sur les tensions croissantes entre le PAM et le RNI, El Bitar a défendu la position de son parti au sein de la majorité gouvernementale, tout en appelant à une clarification des responsabilités de chacun dans le bilan du gouvernement. «Quand vous n’êtes pas le parti qui dirige le gouvernement, vous ne pouvez pas mettre en œuvre tout ce qui vous paraît pertinent», a-t-il fait valoir.

Selon lui, le PAM a pleinement assumé ses responsabilités au sein de la majorité, sans chercher à prendre ses distances publiquement avec les choix du gouvernement. Cette solidarité gouvernementale ne signifie pas pour autant que les deux partis doivent être comptables de la même manière du bilan du mandat.

«Il y a un programme qui nous lie et auquel nous sommes restés fidèles dans le cadre de la majorité. Mais le temps est désormais venu de rendre des comptes», insiste-t-il.

Sur les accusations de «débauchage» de cadres politiques, notamment après le départ récent de plusieurs responsables du RNI vers le PAM, El Bitar rappelle que le phénomène n’est pas nouveau. Il cite notamment le cas de Mohamed Chaouki, aujourd’hui président du RNI, qui était encore membre du PAM en 2021.

El Bitar a également défendu la proposition du PAM sur les stocks de carburants. Le parti prévoit de porter les réserves nationales à trois mois de consommation, contre deux mois actuellement exigés par la réglementation.

Interrogé sur l’incapacité du gouvernement à faire respecter cette obligation, alors que Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, affiliée au PAM, en a la responsabilité sectorielle, El Bitar renvoie directement au chef du gouvernement.

«Nous ne dirigeons pas le gouvernement. La ministre ne peut donc pas imposer au chef du gouvernement la mise en œuvre d’un programme déterminé», lance-t-il. «Celui qui dirige le gouvernement détient 45% du marché des carburants au Maroc», poursuit-il.

Il promet, si le PAM arrive à la tête du gouvernement, d’aller plus loin. «Quand nous dirigerons le gouvernement, nous mettrons en œuvre cette mesure. Notre objectif est de porter les stocks nationaux à l’équivalent de trois mois de consommation», affirme-t-il.

El Bitar souligne que certains produits, notamment le kérosène, ont connu des niveaux de stock particulièrement faibles, tombant jusqu’à l’équivalent d’une dizaine de jours de consommation.

Pour lui, cette faiblesse des réserves accentue la vulnérabilité du Maroc face aux chocs internationaux. «Si nous disposions de stocks suffisants, nous aurions au moins une marge de temps pour protéger le citoyen contre les hausses brutales des prix du baril sur le marché international», estime-t-il, en faisant notamment référence à la guerre en Ukraine et aux tensions dans le détroit d’Ormuz.

Il considère par ailleurs qu’une partie du prix payé par les consommateurs devrait contribuer au financement du renforcement des capacités de stockage des opérateurs.

Adil El Bitar est également revenu sur la rencontre organisée jeudi 10 septembre entre des membres du bureau politique du PAM et des représentants de la CGEM.

Selon lui, cette réunion a permis au PAM de présenter les principales mesures de son programme économique aux représentants du patronat.

Lors de cette rencontre, Lekjaa a fait savoir qu’en plus du document de 46 pages déjà rendu public, présentant l’offre du PAM, une version beaucoup plus détaillée, d’environ 1.200 pages, sera bientôt mise à la disposition du public, selon El Bitar.

Parmi les dossiers évoqués avec la CGEM figure notamment la généralisation de la protection sociale. El Bitar rappelle que plus de 7 millions de Marocains restent encore en dehors de la couverture médicale, notamment dans les secteurs de l’agriculture, du tourisme et de l’artisanat.

Le PAM entend également pousser plusieurs grands projets d’infrastructure, dont l’autoroute Marrakech-Fès, présentée comme un levier de développement touristique pour la région de Fès-Meknès, ainsi que le renforcement de l’ouverture sur les ports du Nord, notamment Tanger Med et Nador West Med.

Sur l’éducation, El Bitar dresse un constat largement partagé. Malgré l’augmentation importante des dépenses publiques, les résultats restent en deçà des attentes. Il rappelle que le budget consacré à l’éducation est passé de 58 à 97 milliards de dirhams au cours du mandat du gouvernement sortant.

Le dernier classement PISA illustre, selon lui, l’ampleur du défi. Le Maroc occupe la 79ème place sur 81 pays en lecture, la 76ème en sciences et la 71ème en mathématiques.

Pour répondre à ce défi, le PAM propose de consacrer «20 minutes par jour» à la lecture dans les établissements scolaires.

Le parti entend également renforcer l’accompagnement des enseignants, notamment dans le cadre du dialogue social. «Nous devons prendre soin des enseignants», insiste El Bitar, pour qui l’amélioration des conditions de travail des enseignants constitue un préalable à toute réforme durable du système éducatif.

Déjà parlementaire à deux reprises, durant les législatures 2016-2021 et 2021-2026, Adil El Bitar brigue de nouveau un mandat lors des élections législatives du 23 septembre, dans la circonscription d’Aïn Sebaâ-Hay Mohammadi.

Parallèlement à ses responsabilités politiques, Adil El Bitar préside le Conseil national de l’Ordre des notaires du Maroc.

Son nom a été placé sur le devant de la scène le 1er septembre dernier, lorsque le PAM l’a choisi pour présenter son programme électoral. Un choix interprété comme un signal de la volonté du parti de mettre en avant une nouvelle génération de cadres appelés à jouer un rôle croissant lors de ses prochaines échéances.

Adil El Bitar nourrit-il, pour autant, l’ambition de devenir ministre? Le responsable du PAM écarte cette lecture personnelle de son engagement. «Au sein du PAM, nous ne faisons pas de politique pour devenir ministre. C’est un moyen, pas une fin. L’objectif est que le parti accède aux responsabilités et puisse mettre en œuvre son programme», assure-t-il, renvoyant ainsi toute ambition individuelle au second plan derrière le projet collectif porté par le parti.

Par Wadie El Mouden, Abderrahim Et-Tahiri et Khalil Essalak
Le 12/09/2026 à 19h00