Pourquoi les crédits immobiliers restent au-dessus de 5% malgré un taux directeur de 2,25%? Explications du wali de Bank Al-Maghrib

Selon Abdellatif Jouahri, les prêts immobiliers sur vingt ans exposent les banques à un risque de taux qu'elles doivent intégrer dans leur tarification.

Malgré un taux directeur maintenu à 2,25% depuis mars 2025, les crédits immobiliers continuent de dépasser les 5%. Interrogé par Le360, le wali de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, explique que les banques ne peuvent pas accorder des prêts sur vingt ans à des taux trop faibles, au risque de voir leur rentabilité affectée en cas de remontée future des taux d’intérêt.

Le 27/06/2026 à 11h35

Alors que Bank Al-Maghrib maintient son taux directeur à 2,25% depuis mars 2025, de nombreux acquéreurs de logements financés par voie bancaire continuent de s’interroger sur le niveau des taux appliqués aux crédits immobiliers, qu’ils jugent toujours élevés.

À ce sujet, Le360 a interrogé le wali de BAM, Abdellatif Jouahri, lors du point de presse organisé mardi 23 juin, à l’issue de la réunion trimestrielle du Conseil de la Banque centrale, sur une contradiction apparente: les crédits immobiliers restent supérieurs à 5%, malgré un taux directeur bas et un assouplissement monétaire engagé depuis deux ans.

En réponse, Abdellatif Jouahri a rappelé que la Banque centrale a progressivement abaissé son taux directeur après une période de resserrement monétaire. «Lorsque nous avons commencé les hausses du taux directeur puis les baisses, nous avons atteint une baisse cumulée de 75 points de base», a-t-il expliqué.

Cet assouplissement monétaire s’est effectivement répercuté sur les conditions de financement. «Pour les taux débiteurs appliqués par les banques, nous en sommes maintenant à une baisse cumulée de 77 points de base. Évidemment, ce ne sont pas les mêmes évolutions pour les particuliers ou pour les entreprises», a-t-il précisé.

Les prêts immobiliers soumis au risque de taux

Cela dit, le wali de Bank Al-Maghrib souligne toutefois que le crédit immobilier obéit à une logique différente des autres financements du fait de leur maturité très longue, ce qui expose davantage les banques aux fluctuations futures des taux d’intérêt.

«Pour l’immobilier, il s’agit de crédits de long terme, de l’ordre de vingt ans. Les banques ne peuvent pas se permettre d’en octroyer sur une période aussi longue à des conditions qui les exposeraient à un risque de taux», a-t-il affirmé. Autrement dit, même si le taux directeur est aujourd’hui faible, l’appliquer sur une durée de deux décennies ferait peser un risque financier important sur les établissements bancaires.

En effet, si les taux d’intérêt venaient à remonter dans les années à venir, les banques continueraient à percevoir les intérêts d’un prêt accordé à un taux fixe plus faible, tandis que leur propre coût de financement augmenterait, réduisant ainsi leur marge. Ce «risque de taux» est donc intégré dans la fixation des conditions des crédits immobiliers afin de préserver leur équilibre financier sur le long terme.

Abdellatif Jouahri a tenu à cet effet à expliquer que la stabilité des prix constitue un élément rassurant. «Pour un crédit sur vingt ans, si on a une inflation qui reste maîtrisée, et c’est notre rôle en tant que banque centrale, je crois que cela offre quand même à l’emprunteur des conditions favorables», a-t-il déclaré.

Les dernières données publiées par Bank Al-Maghrib montrent d’ailleurs que la baisse des taux se poursuit, mais de manière graduelle. Les résultats de l’enquête sur les taux débiteurs au titre du premier trimestre 2026 font ressortir une baisse trimestrielle de 16 points de base du taux moyen global, qui s’établit à 4,66%.

Le coût effectif du financement

Dans le détail, les crédits immobiliers affichent un taux moyen de 5,13% au premier trimestre 2026. Pour les entreprises, les crédits destinés à la promotion immobilière ont enregistré une baisse de 7 points de base, à 5,37%. Du côté des particuliers, les taux appliqués aux crédits à l’habitat sont restés quasiment stables, à 4,66%, selon les statistiques de Bank Al-Maghrib.

Toutefois, ce taux ne reflète pas le coût total supporté par l’emprunteur. Une fois intégrés les frais obligatoires liés au crédit, notamment l’assurance et la TVA, le coût effectif du financement dépasse généralement le seuil des 5%.

Les explications fournies par le wali de Bank Al-Maghrib montrent ainsi que la principale raison de l’écart entre le niveau du taux directeur et celui des crédits immobiliers est la nécessité, pour les banques, de couvrir le risque inhérent aux prêts accordés sur une période pouvant atteindre vingt ans.

Par Lahcen Oudoud
Le 27/06/2026 à 11h35