Depuis plusieurs mois, le port de Casablanca fait face à une pression logistique considérable. D’après les professionnels du secteur interrogés par Le360, cette situation critique découle d’un afflux massif de marchandises et de navires à traiter, sur fond de fortes tensions au niveau des infrastructures portuaires.
La situation n’est toutefois plus tout à fait la même qu’au printemps. À cette période, la congestion se manifestait fortement en mer, avec une soixantaine de navires en attente en rade et des délais pouvant atteindre dix à quinze jours, notamment pour les céréaliers, les vraquiers et les porte-conteneurs. À la mi-septembre, le nombre de navires en attente était retombé à une dizaine ou une quinzaine, selon Mohamed El Jaouadi, président de l’Association des armateurs du Maroc.
Si la pression s’est donc atténuée côté maritime, les difficultés se concentrent désormais sur le volet terrestre. Les temps d’attente restent longs pour les poids lourds, confrontés aux opérations de manutention, aux contrôles et aux différentes formalités indispensables à la sortie des marchandises.
Le port doit ainsi absorber des volumes exceptionnels alors que le rythme des opérations de chargement et de déchargement accuse des décalages. En conséquence, les camions s’accumulent et les délais s’allongent: «On peut faire une seule rotation là où on en faisait auparavant deux», résume Adil Dahouki, président délégué de la Fédération du transport routier et des ports.
Pour illustrer cette surcharge, il rappelle que la plateforme pourrait traiter entre 2.800 et 2.900 conteneurs sortants par jour si les opérations étaient suffisamment fluides. En revanche, les dysfonctionnements actuels réduisent fortement cette capacité, qui peut tomber à 1.000, 900 voire 800 conteneurs traités quotidiennement.
Or lorsqu’un poids lourd reste immobilisé plusieurs heures au port, il ne peut effectuer d’autres rotations dans la journée. Pour les transporteurs, l’allongement des temps d’attente se traduit ainsi directement par une baisse de productivité et de revenus.
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Les professionnels ont fait état de délais pouvant atteindre jusqu’à douze heures pour certaines opérations de sortie des conteneurs, auxquels pouvaient s’ajouter cinq à sept heures au niveau de certains points de contrôle. À l’intérieur même de l’enceinte, des camions peuvent encore rester immobilisés huit à neuf heures avant de récupérer leur marchandise.
Face à cette asphyxie progressive, un mouvement de grève a été observé le 14 septembre pour alerter sur les conditions de travail dans l’enceinte portuaire. Cette mobilisation a rapidement ouvert la voie à des discussions constructives avec les autorités.
Les transporteurs signalent des échanges menés avec le wali de la région, Mohamed Mhidia, et le ministère de l’Intérieur, en coordination avec l’Agence nationale des ports et les opérateurs, afin de désengorger la plateforme et de fluidifier la circulation des poids lourds.
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Première mesure concrète issue de ces discussions, l’ouverture nocturne de la porte numéro 4 a été actée. Depuis le 18 septembre, cet accès fonctionne chaque nuit, de 21h à 7h, offrant ainsi aux transporteurs une plage horaire élargie pour entrer et sortir de l’enceinte portuaire. Cette mesure fait suite à une concertation entre les autorités locales, les services de sécurité, l’Agence nationale des ports et les opérateurs portuaires.
Une première ouverture nocturne de la porte n°4, de minuit à 7h, avait été instaurée le 1er juin 2026. Depuis le 18 septembre, la plage horaire a été élargie à partir de 21h, afin de mieux étaler les mouvements de poids lourds et de réduire la concentration des flux durant la journée.
Pour la profession, cette initiative apporte une bouffée d’oxygène bienvenue: en reportant une partie des mouvements de la journée vers la nuit, elle permet de désengorger les axes routiers et de soulager significativement la circulation urbaine dans la métropole.
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Une réorganisation saluée par les professionnels, à l’instar de Mohamed Riahi, président de la Fédération marocaine du transport routier aux ports, qui estime que cette mesure permet de réduire d’environ 20 à 25% le trafic en journée.
«On peut parler d’un enlèvement de 20 à 25% pendant la journée parce que le flux est reporté le soir. Ça a quand même aidé sur les embouteillages à l’extérieur du port», explique-t-il.
Cependant, cette amélioration s’arrête net aux portes du port. Une fois le véhicule à l’intérieur de l’enceinte, les délais de chargement et de déchargement restent considérables. «Ça n’a rien changé dans le délai de déchargement du camion», affirme Mohammed Riahi.
Le responsable pointe notamment la lenteur des formalités administratives et douanières, ainsi que les pannes récurrentes des équipements de manutention, qui perturbent la chaîne logistique. «Entre les procédures douanières et administratives et les défaillances des grues, les contraintes restent nombreuses», résume-t-il.
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Selon lui, l’ouverture de la porte 4 a toutefois permis d’élargir la plage horaire dédiée aux poids lourds: «Au lieu d’avoir 12 heures de sortie de camion, on est maintenant à 24 heures», souligne-t-il. Il précise cependant que cet allongement des horaires ne suffit pas à régler les dysfonctionnements structurels qui continuent de ralentir les opérations à l’intérieur de l’enceinte portuaire.
Adil Dahouki fait ainsi état de temps d’attente pouvant atteindre huit à neuf heures pour certaines opérations, immobilisant les chauffeurs pendant la majeure partie de leur journée de travail.
Plusieurs facteurs internes expliquent cette lenteur chronique. Mohamed Riahi pointe d’abord du doigt la défaillance des équipements de manutention, affirmant que la plupart des grues nécessaires au transfert des conteneurs sont en panne, ce qui plombe lourdement la cadence.
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Il met également en cause la gestion des opérations par certains intervenants, estimant que le volume de camions traités dans de bonnes conditions reste bien en deçà des masses colossales de marchandises à évacuer.
Cette accumulation de blocages impacte directement l’équilibre des entreprises de transport. Alors qu’un camion pouvait autrefois enchaîner deux voyages par jour, les professionnels se limitent aujourd’hui à un seul trajet quotidien. Un rythme insuffisant pour maintenir l’activité à flot.
Pour pérenniser ces avancées, d’autres solutions sont à l’étude, comme l’instauration d’un système de prise de rendez-vous pour les transporteurs. Une formule pensée pour lisser les arrivées et encadrer les flux aux accès du terminal.
Les professionnels attendent désormais la réunion du 15 octobre pour dresser le bilan des mesures appliquées et examiner les aspects qui persistent à l’intérieur du port.




