Depuis plusieurs semaines, le port de Casablanca est soumis à une pression logistique sans précédent. Cette situation critique découle de la redirection forcée vers la capitale économique d’une partie des flux maritimes qui transitaient habituellement par le complexe portuaire de Tanger Med. Cet afflux massif a provoqué un immense embouteillage opérationnel, allongeant considérablement les délais de déchargement des cargaisons, et faisant peser une lourde menace sur les prix des produits de première nécessité, tout particulièrement les céréales.
Au large des côtes casablancaises, le spectacle est saisissant: des navires marchands lourdement chargés s’alignent sur des kilomètres, contraints de patienter plusieurs jours avant d’obtenir l’autorisation d’accoster. Cette saturation spectaculaire illustre l’asphyxie de la capacité d’accueil du port. La situation est désormais visible à l’œil nu depuis le littoral de la ville, témoignant de l’ampleur de la crise, écrit le quotidien Al Ahdath Al Maghribia de ce jeudi 4 juin.
Le cœur du problème réside dans l’inadéquation entre la capacité opérationnelle limitée des infrastructures locales et l’augmentation vertigineuse du nombre de navires entrants. Ce pic d’activité soudain s’explique par la réorganisation partielle des routes commerciales maritimes vers Casablanca, une mutation elle-même dictée par les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales et les tensions géopolitiques dans la région du Golfe, qui ont forcé les opérateurs mondiaux à revoir leurs schémas logistiques.
Cette situation d’urgence avait conduit le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, à installer une commission spéciale, suivie de la création par l’administration portuaire d’un comité technique. Cette équipe collabore activement avec les différentes parties prenantes afin de concevoir des solutions immédiates pour fluidifier les opérations et surmonter ces dysfonctionnements. L’objectif est de permettre le déchargement de chaque navire dans des délais optimaux, afin qu’il puisse libérer son poste à quai, évitant ainsi l’attente prolongée en haute mer dans un contexte de pressions temporelles et de coûts financiers croissants liés aux retards.
Dans ce contexte, le wali de la région de Casablanca-Settat, Mohamed Mhidia, a présidé une réunion «d’une importance cruciale pour instaurer des mesures de facilitation immédiates des flux d’entrée et de sortie des marchandises», souligne Al Ahdath Al Maghribia. Devant les défis actuels qui paralysent l’activité commerciale, le wali a insisté sur l’obligation d’adopter un mode de fonctionnement continu, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, au sein de l’enceinte portuaire. Une cadence maximale qui vise à réduire la pression, accélérer le rythme de traitement des marchandises et désengorger les terminaux, tout en mobilisant l’ensemble des forces vives du secteur.
Pour soutenir cet effort, un appel direct a été lancé aux agents maritimes afin qu’ils maintiennent leurs entrepôts extérieurs ouverts au moins jusqu’à vingt-deux heures. Cette extension horaire doit permettre la restitution des conteneurs vides durant la soirée, libérant ainsi de l’espace et allégeant la congestion des camions en journée. Cette réunion d’urgence a rassemblé les hauts responsables de l’Agence nationale des ports, des compagnies Marsa Maroc et Somaport, ainsi que les représentants des syndicats et des fédérations professionnelles du transport routier, tous unanimes sur la nécessité de conjuguer les efforts pour franchir ce cap exceptionnel.




