Supervision bancaire: un tournant stratégique face aux nouveaux risques

Au centre, Nabil Badr, directeur de la supervision bancaire à Bank Al-Maghrib, entouré de ses adjoints, Ilham Zainane et Youssef Ghchioua.

Revue de presseAppuyée par des résultats financiers record et des fondamentaux solides en 2025, la banque centrale du Maroc réoriente sa surveillance prudentielle. Au-delà des ratios traditionnels, Bank Al-Maghrib place désormais la cybersécurité, les risques climatiques et la prévention des crises au cœur de ses priorités. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien L’Économiste.

Le 22/07/2026 à 20h08

Le rapport annuel 2025 sur la supervision bancaire de Bank Al-Maghrib marque un véritable tournant stratégique. «Présenté par Nabil Badr, directeur de la Supervision bancaire, ce document dépasse le simple constat de la bonne santé du secteur pour réorienter la stratégie prudentielle vers l’anticipation des menaces futures, qu’il s’agisse de cybersécurité, de risques climatiques, d’intelligence artificielle ou d’Open Banking», indique le quotidien L’Économiste dans son édition du jeudi 23 juillet.

Cette évolution intervient dans un contexte économique favorable, porté par une croissance de 4,9%, une faible inflation et une politique monétaire accommodante. À la fin de l’année 2025, l’encours des crédits bancaires atteint 1.238 milliards de dirhams, en hausse de 6,5%, tandis que les dépôts progressent de 7,6% pour dépasser 1.372 milliards de dirhams. Les performances financières suivent cette dynamique: le produit net bancaire des banques conventionnelles franchit 73,8 milliards de dirhams (+9%), tandis que le bénéfice net agrégé bondit de plus de 22% pour atteindre 19,2 milliards de dirhams, soutenu par la croissance des revenus récurrents et une baisse de 25% du coût du risque.

Solides et bien capitalisés, les établissements affichent un ratio moyen de solvabilité de 16,1 % et un ratio de fonds propres de catégorie 1 de 13,5%, largement supérieurs aux exigences réglementaires. Malgré ces indicateurs rassurants, la banque centrale maintient son appel à la prudence en matière de distribution des dividendes afin de préserver des marges de sécurité face aux incertitudes internationales.

«L’analyse de la distribution du crédit révèle, par ailleurs, une orientation plus qualitative de la croissance», écrit L’Économiste. Le crédit à l’équipement bondit de près de 23% pour s’établir à 349 milliards de dirhams, témoignant de la relance de l’investissement des entreprises et des grands projets d’infrastructures. Parallèlement, les crédits de trésorerie reculent de 2 %, traduisant une moindre dépendance des entreprises au financement à court terme, tandis que le crédit à l’habitat progresse de 1,5% et le crédit à la consommation de 3,8%.

S’agissant des créances en souffrance, si leur taux recule légèrement à 8,26%, leur volume global continue d’augmenter pour dépasser 102 milliards de dirhams. Afin de faire face à cette vulnérabilité, Bank Al-Maghrib introduit une nouvelle catégorie de créances sensibles, destinée à détecter précocement les difficultés des emprunteurs avant qu’elles ne débouchent sur un défaut de paiement, tout en renforçant le cadre des restructurations de dettes.

Parallèlement aux enjeux financiers, les risques non financiers s’imposent désormais au cœur du dispositif de contrôle. La cybersécurité devient une priorité majeure, matérialisée par la généralisation de tableaux de bord dédiés, le renforcement de la surveillance des prestataires critiques et l’élaboration d’un guide de prévention contre les ransomwares. «De même, la banque centrale intègre pleinement les facteurs climatiques dans sa grille d’évaluation, en exigeant des banques qu’elles mesurent l’exposition de leurs clients à ces risques», note L’Économiste.

Enfin, l’anticipation des crises constitue le dernier volet majeur de cette feuille de route. Avec l’adoption définitive du nouveau régime de résolution bancaire en 2026, Bank Al-Maghrib est désignée comme autorité de résolution et impose aux établissements l’élaboration de plans préventifs de redressement. Cette préparation renforcée revêt un caractère stratégique dans un paysage bancaire marocain fortement concentré, où les trois premiers acteurs détiennent à eux seuls 61,2% des actifs et les cinq premiers près de 76%.

Par La Rédaction
Le 22/07/2026 à 20h08