Après une période de fortes tensions opérationnelles, le port de Casablanca redresse la barre et amorce un retour à la normale. «L’Agence nationale des ports vient de dresser un bilan de la situation, mettant en évidence l’efficacité des mesures d’urgence déployées pour désengorger la principale infrastructure maritime du Royaume, mise à rude épreuve ces derniers mois par une accumulation de facteurs défavorables», indique le magazine hebdomadaire Challenge.
Le point de départ de cette crise remonte à décembre 2025. Durant tout l’hiver, les terminaux casablancais ont dû composer avec des conditions météorologiques particulièrement défavorables, marquées par de violentes tempêtes et des pluies diluviennes, qui ont entraîné trente-huit jours de fermeture forcée en raison d’une forte houle. Pour ne rien arranger, un incident technique d’exploitation survenu en février 2026 est venu gripper une mécanique déjà fragilisée.
Au même moment, les équipes portuaires ont dû faire face à une explosion de l’activité, portée par les importations massives de céréales et d’aliments pour bétail, deux filières ultra-stratégiques dont le port de Casablanca absorbe respectivement 60% et 70% des volumes nationaux. Cette suractivité a été amplifiée par l’arrivée massive de matières premières et de biens d’équipement indispensables à la réalisation des mégaprojets d’infrastructures prévus au Maroc à l’horizon 2030.
Pour désamorcer la crise, l’autorité portuaire a orchestré une vaste riposte logistique. En coordination avec les autorités locales et la communauté des transporteurs, l’Agence a instauré un suivi en temps réel des navires en rade afin d’optimiser l’accès aux quais et d’imposer un rythme d’évacuation accéléré des marchandises débarquées. Le traitement des conteneurs vides a été priorisé afin de fluidifier les espaces de stockage, tandis que des couloirs d’urgence ont été aménagés pour les navires transportant des denrées alimentaires de première nécessité. «Sur le plan humain, le passage à un fonctionnement en continu, organisé en trois équipes successives, a permis d’accélérer les rotations des camions et d’optimiser l’efficacité des contrôles douaniers et sanitaires», note Challenge.
Cette stratégie commence aujourd’hui à porter ses fruits, puisque l’institution fait état d’un recul de la congestion de l’ordre de 50% par rapport aux pics enregistrés au plus fort de la crise. Si l’attente est désormais totalement résorbée pour les porte-conteneurs et les navires rouliers, les délais d’accostage des céréaliers connaissent, eux aussi, une baisse progressive mais constante.
Au-delà de cette gestion de l’urgence, les autorités préparent l’avenir à travers un plan de modernisation structurelle destiné à transformer le visage du port d’ici la fin de la décennie. Le projet phare repose sur l’extension des terminaux à conteneurs exploités par Marsa Maroc et TC3, avec pour objectif de porter la capacité globale de traitement de 1,3 million à 2,2 millions d’équivalents vingt pieds d’ici 2030. Dans le même temps, les bassins du terminal polyvalent seront approfondis afin d’accueillir des navires à fort tirant d’eau, de nouveaux hangars de stockage seront construits pour sécuriser les intrants agricoles, et le terminal minéralier fera l’objet d’une refonte complète. Ce renforcement des capacités physiques s’accompagnera d’une dématérialisation totale des procédures administratives, une transition numérique jugée cruciale par la direction pour pérenniser la fluidité des flux de marchandises.




