Avec près de 15.000 hectares aménagés et un taux de valorisation global de 62%, les zones industrielles présentent des niveaux d’exploitation très contrastés.
Devant les députés, lundi 2 novembre, le ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Inclusion économique a défendu une nouvelle approche visant à orienter davantage les investissements vers les territoires les moins attractifs et à adapter les projets aux besoins de chaque région.
Pour Ryad Mezzour, la question des zones industrielles ne se résume plus à la mise à disposition du foncier. Ce qui compte désormais, c’est de mieux répartir les investissements, de tirer parti des ressources propres à chaque territoire et de faire en sorte que les projets industriels créent des emplois dont les populations locales profitent réellement.
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C’est dans cet esprit que le ministre a dressé, lundi 2 novembre, devant la Chambre des représentants, l’état des lieux des zones industrielles du Royaume, avant de détailler les orientations qu’il souhaite donner à leur développement.
Le Maroc compte aujourd’hui près de 15.000 hectares de zones industrielles, répartis en quelque 5.000 lots, avec un taux de valorisation global de 62%. Ce chiffre cache pourtant de fortes disparités, puisque certaines zones affichent un taux d’exploitation de 85%, tandis que d’autres sont encore très proches de zéro.
Ces écarts tiennent en partie à la diversité des modes de création et de gestion de ces espaces. Certaines zones sont aménagées dans le cadre de programmes portés par le ministère de l’Industrie, alors que d’autres naissent de partenariats conclus avec les collectivités territoriales.
La création de nouvelles zones, à l’initiative des territoires
Selon Ryad Mezzour, les élus ont un rôle central à jouer dans le lancement de nouveaux projets industriels. Encore faut-il, au préalable, disposer de foncier ou d’un mécanisme permettant de le mobiliser.
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Une fois le terrain identifié, il reste à déterminer qui se chargera de l’aménagement et de la gestion de la future zone. Le projet doit ensuite s’appuyer sur une convention réunissant notamment la commune, le conseil provincial, la région et le ministère de l’Industrie.
Vient alors une étude préalable, qui permet de cerner les besoins du territoire, les activités à accueillir et la configuration des lots. La superficie de ces derniers peut ainsi aller de 200 à 500 ou 1.000 m², et même atteindre 10.000 m², selon les investisseurs visés et la nature des projets. Les conditions de commercialisation, qu’il s’agisse de vente ou de location, de même que les prix, doivent elles aussi être arrêtées dès le départ.
Le ministre affirme que son département dispose des mécanismes nécessaires pour soutenir ces initiatives locales, et il dit vouloir accélérer le rythme de création de nouvelles zones.
L’investissement ne doit plus se limiter à la disponibilité du foncier
Il s’agit désormais d’aller plus loin que la simple mise à disposition de terrains industriels, pour faire émerger des projets en phase avec le potentiel de chaque région. Cette approche s’inscrit dans le nouveau périmètre du département de Ryad Mezzour, qui couvre aussi, depuis peu, l’investissement et l’inclusion économique.
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L’idée est de partir des ressources humaines et naturelles disponibles sur place, qu’elles soient agricoles, minières ou liées à d’autres activités, afin d’identifier les projets qui pourraient y voir le jour.
Le ministère cherche ensuite des investisseurs privés ou des coopératives en mesure de les porter. Et lorsqu’aucun opérateur ne se manifeste de lui-même, les structures chargées de l’investissement doivent aider à repérer les opportunités, à faire émerger les projets et à les accompagner jusqu’à leur réalisation.
Pour le ministre, mobiliser du foncier ne suffit donc pas. Cette démarche doit aller de pair avec une réflexion sur les compétences disponibles, sur les besoins en formation professionnelle et sur les partenariats à construire avec le secteur privé et les acteurs territoriaux. Le but est de créer un environnement dans lequel les entreprises peuvent s’installer et recruter localement.
Près de 656.000 salariés travaillent dans les zones industrielles aménagées
Les chiffres avancés par le ministre donnent la mesure du poids de ces espaces dans l’emploi industriel. Le secteur emploie environ 1,1 million de salariés, dont près de 656.000 travaillent dans des zones industrielles aménagées, soit environ 60% des effectifs.
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Près de la moitié de ces salariés travaillent dans les zones d’accélération industrielle. Celles-ci ont justement été pensées pour offrir aux entreprises des infrastructures immédiatement utilisables, à savoir des terrains aménagés, de la voirie, des réseaux d’assainissement, des installations de traitement des eaux usées et les équipements dont les unités de production ont besoin pour s’installer.
Cette concentration de l’emploi industriel dans les zones déjà attractives pose toutefois la question de l’équilibre entre les territoires. Ryad Mezzour assure avoir donné des instructions à plusieurs organismes placés sous la tutelle de son département afin qu’ils orientent davantage les investissements vers les zones dont le taux de valorisation reste faible.
Il ne s’agit pas, précise-t-il, de remettre en cause la liberté des investisseurs de choisir où s’implanter. Mais le ministre considère que les aides publiques ne doivent pas être accordées automatiquement. Leur attribution doit tenir compte des besoins des territoires, de la cohérence du projet avec les priorités régionales et de ses chances de réussite.
Il s’agit donc d’encourager, sur la base du volontariat et grâce aux dispositifs d’accompagnement existants, l’installation d’activités dans des zones moins prisées. Cette démarche doit permettre un développement industriel plus équilibré à l’échelle nationale, conformément à la vision du roi Mohammed VI.
Anciennes zones industrielles: réhabiliter ou créer de nouveaux terrains?
Un député du Rassemblement national des indépendants (RNI) a, de son côté, appelé le gouvernement à présenter son propre bilan. En réponse, Ryad Mezzour a rappelé que plusieurs des initiatives et des projets évoqués avaient été engagés sous le précédent gouvernement, auquel participait le RNI.
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Ryad Mezzour a répondu en citant la zone industrielle de Médiouna, dont le lancement remonte à six ou sept mois. Cette zone de 475 hectares doit être dotée des infrastructures et des commodités nécessaires, ainsi que de moyens de transport. Le ministre a insisté sur le fait que les jeunes de la province doivent bénéficier de son développement, en trouvant des opportunités d’emploi près de chez eux. Il a néanmoins rappelé que ce projet avait été engagé sous le précédent gouvernement.
La discussion s’est ensuite portée sur la réhabilitation des anciennes zones industrielles, dont certaines datent de quarante, cinquante, voire soixante ans. Le député a soulevé la question de leur remise à niveau, alors que plusieurs terrains ont été cédés à des propriétaires privés et que leur valeur a fortement augmenté.
Le débat a ainsi débouché sur l’usage des fonds publics. Faut-il mobiliser des ressources pour réaménager des zones dont les parcelles appartiennent désormais à des acteurs privés, ou vaut-il mieux créer de nouveaux terrains industriels accessibles aux investisseurs?
Sur ce point, Ryad Mezzour a clairement pris position en faveur de la seconde option. À ses yeux, il serait plus judicieux de proposer de nouveaux lots aux investisseurs que de consacrer de l’argent public à la valorisation de terrains privés, que leurs propriétaires pourraient ensuite revendre très cher.
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Le ministre a cité des prix pouvant atteindre 2.000 à 2.500 dirhams le mètre carré dans certaines anciennes zones, contre 200 à 400 dirhams le mètre carré pour les terrains neufs. Il recommande donc de privilégier la création de nouveaux lots à destination des nouveaux investisseurs, tout en rappelant que la décision finale appartient au législateur.
Au-delà du nombre d’emplois, la question de leur qualité
Les échanges avec les députés ont également fait ressortir une autre difficulté, à savoir que la présence d’usines sur un territoire n’assure pas forcément aux jeunes de la région d’y trouver du travail. Le député a notamment pointé le décalage entre l’existence d’unités industrielles et les retombées concrètes de leur activité pour la population locale.
Ryad Mezzour a répondu en évoquant les difficultés de recrutement que connaissent certaines entreprises. Des usines cherchent de jeunes travailleurs, mais n’arrivent pas toujours à trouver les profils qui correspondent à leurs besoins. Ce décalage soulève, selon lui, la question de l’adéquation entre la formation, les compétences disponibles et les emplois proposés.
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Il conduit aussi à s’interroger sur les critères retenus pour encourager l’investissement. Faut-il favoriser les projets qui créent le plus de postes, ou ceux qui génèrent davantage de valeur ajoutée et offrent de meilleures rémunérations?
Le ministre a ainsi remis en question une politique qui encouragerait sans distinction la création d’emplois, dès lors que les entreprises respectent le salaire minimum et le Code du travail. Il juge nécessaire de prendre aussi en compte la qualité des postes créés, leur adéquation avec les diplômes et les compétences des jeunes, ainsi que leur niveau de rémunération.
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L’enjeu, a-t-il expliqué, est de promouvoir des emplois à forte valeur ajoutée, qui permettent aux jeunes de gagner jusqu’à deux ou trois fois le salaire minimum, plutôt que de s’en tenir à une logique de volume. Cette réflexion appelle, selon lui, une nouvelle génération de stratégies pour accompagner le décollage industriel du Royaume.
Corriger la concentration de l’activité industrielle
La question de la répartition géographique de l’activité a enfin été abordée à travers le chiffre de 83%, avancé au cours de l’échange pour illustrer la concentration industrielle dans certaines régions. Le ministre a reconnu qu’il fallait corriger ce déséquilibre.
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Il a expliqué que cette concentration découlait en partie des choix faits dans le cadre de la stratégie d’accélération industrielle, qui s’est appuyée sur les infrastructures et les opportunités déjà présentes dans certains territoires.
Le cas de Tanger en est une bonne illustration. La région a su tirer parti de la proximité de Tanger Med, devenu un important hub portuaire en Méditerranée et en Afrique, pour renforcer son attractivité et développer son tissu industriel.




