Le Maroc accélère la mise en œuvre de sa nouvelle stratégie de sécurité hydrique face à l’aggravation des phénomènes climatiques extrêmes, à la répartition inégale des précipitations et à la pression croissante sur les nappes phréatiques. Devant la Chambre des représentants, lundi 2 novembre 2026, Nizar Baraka a détaillé les investissements programmés dans les barrages, le dessalement, les interconnexions entre bassins hydrauliques et la réutilisation des eaux usées traitées. L’objectif est notamment de porter la capacité de stockage des barrages à 27 milliards de mètres cubes et la production d’eau dessalée à 1,8 milliard de mètres cubes par an à l’horizon 2031.
Le ministre de l’Équipement, de l’Eau et des Forêts répondait aux questions orales des députés sur la stratégie de son département pour garantir la sécurité hydrique et prévenir les risques d’inondation. Il a indiqué que la nouvelle stratégie, élaborée conformément aux orientations royales appelant à une nouvelle génération de stratégies structurantes, intègre les profondes mutations climatiques auxquelles le Royaume est confronté.
Parmi les principaux défis identifiés, figurent la multiplication des phénomènes naturels extrêmes, notamment les inondations et les vagues de chaleur, mais aussi les fortes disparités dans la répartition des précipitations, relève-t-il. Selon Nizar Baraka, 53% des pluies tombent sur seulement 7% du territoire national, une concentration qui accentue les déséquilibres territoriaux en matière de disponibilité des ressources hydriques.
14 grands barrages en chantier et 12 nouveaux programmés
À ces disparités s’ajoutent les différences de répartition des eaux souterraines et la surexploitation des nappes phréatiques dans plusieurs régions. Le ministre a également rappelé que certains épisodes de crues ont atteint des débits de 3.600 mètres cubes par seconde en 2026, illustrant l’ampleur des phénomènes auxquels les infrastructures hydrauliques doivent désormais faire face.
Pour renforcer les capacités de mobilisation des ressources en eau, le gouvernement mise notamment sur l’accélération du programme de construction des barrages. Le ministre a fait état de 14 grands barrages en cours de réalisation, représentant une capacité de stockage de 5,4 milliards de mètres cubes. À ce programme s’ajoutent 12 nouveaux grands barrages dont la programmation et le lancement doivent permettre de mobiliser 4,9 milliards de mètres cubes supplémentaires.
Le programme comprend également plusieurs barrages moyens en cours de réalisation ainsi que trois nouvelles infrastructures de cette catégorie programmées.
L’ensemble de ces investissements doit permettre de porter la capacité globale de stockage des barrages à 27 milliards de mètres cubes à l’horizon 2031. Cette augmentation vise à renforcer les réserves nationales et à améliorer la capacité du pays à faire face aux périodes de sécheresse et aux fluctuations des précipitations.
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Autre chantier structurant: le transfert des ressources hydriques entre les bassins. Après la réalisation du premier tronçon reliant les bassins du Sebou et du Bouregreg, le ministère prévoit de lancer, au début de l’année prochaine, la deuxième phase de l’interconnexion entre le Bouregreg et l’Oum Er-Rbia.
Ce qui doit permettre d’acheminer environ 800 millions de mètres cubes vers les zones concernées, selon les précisions apportées par le ministre lors de son intervention. Ce dispositif doit contribuer à sécuriser l’approvisionnement en eau potable et à renforcer la sécurité alimentaire, en permettant une meilleure répartition des ressources disponibles entre les bassins.
La diversification des ressources constitue un autre pilier de la stratégie gouvernementale, avec une accélération des investissements dans le dessalement de l’eau de mer. La capacité de production nationale est passée de 46 millions de mètres cubes en 2021 à 447 millions de mètres cubes actuellement, traduisant le changement d’échelle engagé dans ce secteur.
Le dessalement couvrira 60% des besoins en eau potable
La station de dessalement de Casablanca devrait être opérationnelle en 2027. Parallèlement, le ministère prévoit de lancer au cours de cette année les travaux de réalisation de deux nouvelles stations dans les régions de Nador et Driouch, d’une capacité cumulée de 300 millions de mètres cubes par an, ainsi qu’une installation à Tanger, dont la capacité annoncée atteint 150 millions de mètres cubes.
D’autres projets doivent être engagés en 2027, notamment une station à Tiznit, d’une capacité de 350 millions de mètres cubes, ainsi que de nouvelles installations à Guelmim, Tan-Tan et Rabat. Le programme prévoit également l’extension de la station de dessalement de Chtouka Aït Baha.
À travers ces investissements, le Maroc ambitionne d’atteindre une capacité de production de 1,8 milliard de mètres cubes d’eau dessalée par an à la fin de 2031. Selon Nizar Baraka, cette production devrait couvrir 60% des besoins nationaux en eau potable et contribuer également au développement de l’agriculture.
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La stratégie ne se limite pas à l’augmentation de l’offre. Elle prévoit également des mesures destinées à rationaliser la consommation et à préserver les ressources souterraines. Dans le domaine agricole, les efforts portent sur l’extension des superficies équipées en irrigation au goutte-à-goutte, avec l’objectif de dépasser un million d’hectares, tout en améliorant le rendement des réseaux d’irrigation.
Le recours aux eaux usées traitées doit également être renforcé. Le ministère ambitionne de porter les volumes réutilisés à 60 millions de mètres cubes en 2027, puis à plus de 100 millions de mètres cubes à l’horizon 2031.
La préservation des nappes phréatiques repose, de son côté, sur la mise en place de contrats de gestion destinés à encadrer les prélèvements et à lutter contre la surexploitation. Des contrats ont déjà été conclus dans les zones du Haouz, de Mejjat, du Rmel, de Meski Boudnib et de la Feija.
D’autres accords sont prévus, notamment dans la zone de Triffa, dans la région de Berkane, à Dakhla et à Berrechid. Le ministère travaille également à la préparation de 17 contrats de nappes supplémentaires afin de renforcer la gestion rationnelle des ressources souterraines.
27 projets de protection contre les inondations réalisés
Nizar Baraka a par ailleurs annoncé le recours aux outils numériques et à l’intelligence artificielle, en coordination avec le ministère de l’Agriculture, pour réexaminer la politique agricole en fonction des disponibilités hydriques. L’objectif est d’adapter les choix agricoles aux ressources réellement mobilisables et de favoriser une utilisation plus efficace de l’eau.
La protection des ressources hydriques passe également par la préservation des bassins versants qui alimentent les barrages. Le ministre a souligné l’importance des opérations de reboisement pour limiter l’érosion des sols et l’envasement des retenues. Ces phénomènes entraînent, selon lui, une perte de 15 à 20% des capacités de stockage des barrages.
La stratégie prévoit ainsi la réhabilitation des espaces forestiers et des zones humides, la préservation de la biodiversité et le renforcement de la résilience des territoires face à la sécheresse et aux changements climatiques.
En parallèle de la mobilisation des ressources en eau, le ministère entend renforcer la prévention des risques d’inondation. Nizar Baraka a présenté un dispositif préventif reposant sur cinq axes, dont l’amélioration de la connaissance des zones exposées grâce à l’élaboration d’un nouvel atlas des inondations.
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Le deuxième volet porte sur le renforcement des infrastructures hydrauliques, à travers la poursuite de la construction des grands, moyens, petits et barrages collinaires, ainsi que la réalisation d’ouvrages de protection destinés à réguler les débits et à atténuer l’impact des crues. Nizar Baraka a annoncé le lancement, au cours de ce mois de novembre, de 30 petits barrages collinaires simultanément dans différentes régions du Royaume.
Le ministre a fait état de 27 projets de protection contre les inondations déjà réalisés dans plusieurs provinces et préfectures, notamment Larache, Tanger-Assilah, Tétouan, Ouezzane, Nador, Jerada, Boulemane, Meknès, Sefrou, Kénitra, Sidi Kacem, Settat, Chichaoua, Marrakech, Zagora, Tiznit, Taroudant, Tinghir, Sidi Ifni, Tan-Tan, Assa-Zag, Boujdour, Laâyoune, Chefchaouen et Al Haouz.
En outre, 21 autres projets sont actuellement en cours de réalisation. Ils concernent notamment les préfectures et provinces de Meknès, Skhirat-Témara, Taroudant, Inezgane, Figuig, Taza, Sidi Kacem, Youssoufia, Tanger-Assilah, Kénitra, Chichaoua, M’Diq, Sefrou et Larache. D’autres opérations sont programmées à Guelmim, Errachidia, Zagora et Tinghir.
Des systèmes d’alerte pour anticiper les crues
Le cas de Safi a également été évoqué par le ministre, en référence aux inondations meurtrières qui ont frappé la ville en 2025. Nizar Baraka a indiqué qu’un programme spécifique de protection contre les inondations a été préparé après l’achèvement des études nécessaires. Le projet est désormais prêt et son lancement est prévu en 2027, avec pour objectif de prévenir la répétition de telles catastrophes.
Le dernier volet présenté par le ministre concerne le renforcement des dispositifs de surveillance, de prévision et de vigilance. Le département travaille à la mise en place de programmes de suivi en temps réel des précipitations et au développement de systèmes d’alerte précoce permettant d’anticiper les risques et d’informer les populations des zones menacées.
Nizar Baraka a cité, à cet égard, l’expérience mise en œuvre récemment dans la région de Drâa-Tafilalet, notamment à Errachidia, à la suite des inondations enregistrées dans cette partie du Royaume. Ces dispositifs doivent permettre une intervention anticipée des autorités et une meilleure protection des personnes et des biens.
À travers cette stratégie, le ministère entend ainsi agir simultanément sur plusieurs fronts: accroître les capacités de stockage, diversifier les ressources grâce au dessalement, transférer l’eau entre les bassins, réduire les prélèvements excessifs dans les nappes et renforcer les infrastructures de protection contre les crues.




