Le rapport économique et financier chiffre le cumul national de pluie à 462 mm sur la campagne 2025-2026. C’est 50% de plus que la moyenne de 307,9 mm de 2015-2020. La campagne 2024-2025 n’avait recueilli que 293 mm. Les trois campagnes d’avant se situaient entre 223 et 271 mm.
Le gros de la pluie est tombé en hiver. D’après la Direction générale de la météorologie, citée dans le rapport sur la compensation, le cumul national de l’hiver 2025-2026 atteint environ 136 mm, contre une normale de 71 mm. Il s’agit du troisième hiver le plus arrosé depuis 1981, derrière ceux de 2010 et de 1996. Le document signale aussi d’importantes chutes de neige et un nombre record de jours de pluie dans plusieurs régions. Il précise que les pluies ont été mieux réparties dans le temps et dans l’espace que lors des campagnes précédentes.
Une récolte qui double
Les champs en ont profité. La production de céréales de la campagne 2025-2026 est estimée à environ 90 millions de quintaux, dont 44 millions de blé tendre, 21 millions de blé dur et 25 millions d’orge. La campagne 2024-2025 n’avait donné que 43 millions de quintaux, soit une hausse de 109%. Face à la moyenne des dix dernières campagnes, la progression atteint 50,6%. Le rendement passe de 16,4 quintaux par hectare en 2024-2025 à 23,1 en 2025-2026.
Cette récolte repose aussi sur des mesures prises avant le semis de la campagne 2025-2026. La Note de présentation évoque 1,5 million de quintaux de semences certifiées, 650.000 tonnes d’engrais phosphatés à prix fixe et un programme de semis direct sur 400.600 hectares. Le gouvernement veut porter la part des semences nationales de 20 à 50% et étendre le semis direct à un million d’hectares.
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Les autres filières suivent sur la même campagne 2025-2026. La production d’olives atteint un niveau record de 2 millions de tonnes, en hausse de 111% par rapport à la campagne précédente. Les agrumes pèsent 1,9 million de tonnes, soit 25% de plus. Les dattes montent à 160.000 tonnes, en hausse de 55% et au plus haut niveau jamais enregistré. La production de sucre, elle, devrait atteindre environ 300.000 tonnes en 2026, contre 280.000 tonnes en 2025 et 191.000 tonnes en 2024, après un recul de 51% entre 2021 et 2024.
Les exportations du secteur agricole et agroalimentaire ont progressé de 8,3% sur les huit premiers mois de 2026, après une hausse de 4,6% sur la même période de 2025. Elles affichent une croissance à deux chiffres depuis juin 2026, avec 25,9% en juin, 19,4% en juillet et 21,1% en août. Fin août 2026, les ventes des industries alimentaires gagnent 13,6% et celles des produits de l’agriculture, des forêts et de la pêche 3,6%.
Les pluies ont d’abord relevé les barrages. Leur taux de remplissage global atteignait environ 38% le 29 décembre 2025, contre 28,5% un an plus tôt. Le rapport économique donne une mise à jour plus récente. Au 12 octobre 2026, la réserve nationale s’élève à 11,1 milliards de mètres cubes, en hausse de 108% sur le 12 octobre 2025. Le taux de remplissage grimpe à 65,7%, contre 32,1% à la même date de 2025.
Barrage Al Wahda. (Le360)
Les pâturages se sont aussi reconstitués. Le rapport sur la compensation lie cette amélioration à la chute des importations d’orge, passées de 9,2 millions de quintaux lors de la campagne 2024-2025 à 5,51 millions lors de la campagne 2025-2026, soit 40% de moins. Il invoque aussi la fin des programmes liés à la sécheresse et à la reconstitution du cheptel. Ce programme a mobilisé environ 12 MMDH sur 2025-2026 au profit de plus d’un million d’éleveurs.
Les importations de céréales n’ont pas pour autant reculé. Elles atteignent environ 105,7 millions de quintaux sur la campagne 2025-2026, contre 99 millions en 2024-2025, soit 7% de plus. Le blé tendre reste le premier poste, avec 51 millions de quintaux et environ 48% du total, devant le maïs à 36,7 millions de quintaux.
Un effet sur la croissance
Le rapport économique attribue une grande part de la croissance à ces pluies. La valeur ajoutée agricole a progressé de 8,2% en 2025. En 2026, elle a gagné 18,4% au premier trimestre et 21,2% au deuxième, contre 8,3% au deuxième trimestre 2025. Cela donne 19,8% en moyenne sur le premier semestre 2026. Sur l’ensemble de 2026, elle devrait bondir de 18%, portant la croissance du PIB à 4,7%, après 4,9% en 2025.
Le contrecoup est prévu pour 2027. Avec une récolte ramenée à 70 millions de quintaux dans le scénario retenu, la valeur ajoutée agricole ne progresserait que de 0,5% en 2027. La croissance passerait alors à 3,7%. Le gouvernement compte sur les activités non agricoles, attendues à environ 4%, pour compenser.
Les pluies ont aussi ralenti certains chantiers. Au premier trimestre 2026, les ventes de ciment ont reculé de 10,9%, en partie à cause des conditions météo exceptionnelles de janvier et février 2026. Elles se sont redressées ensuite et affichent une hausse de 1,2% à fin septembre 2026.
La facture des inondations
Cette abondance a aussi eu un coût. Des inondations ont touché le nord et l’ouest du Maroc lors de l’hiver 2025-2026. Les mesures prises sur instructions royales figurent parmi les motifs du décret du 20 mai 2026 ouvrant 20 MMDH de crédits supplémentaires. Sur ce total, 2 MMDH couvrent les dépenses liées à ces inondations, 8 MMDH vont au fonds de compensation et 4 MMDH au renforcement du capital d’entreprises publiques.
Le Fonds spécial des comptes du Trésor consacré aux catastrophes naturelles a, lui, transféré 500 MDH au budget général pour financer l’aide aux populations sinistrées du nord et de l’ouest. Le rapport sur les comptes spéciaux indique que ce fonds a financé 340 projets de prévention des crues, d’un coût total de 4,70 MMDH, dont 1,61 MMDH à sa charge. Il recense en outre 192 dossiers déposés au titre de 2026, en cours d’examen.
Les routes ont également souffert. Le programme de préservation du réseau routier prévoit environ 500 MDH en 2027. Il couvre la réparation des dégâts des inondations de 2024 à 2026 et la remise en état des routes dans les zones touchées par le séisme d’Al Haouz de 2023. L’objectif est d’atteindre 80% du réseau en bon ou très bon état d’ici 2030.
Pour anticiper ces épisodes, l’État renforce l’observation. Le réseau national compte huit radars météo en service, quatre autres attendus d’ici fin 2026, et plus de 534 stations climatiques. Le supercalculateur baptisé «Amtar» doit améliorer la précision des prévisions. Le gouvernement prévoit aussi de mettre à jour le plan directeur national de prévision des crues en y intégrant les effets du changement climatique.
À Casablanca, Mohammedia et Dar Bouazza, par exemple, un programme de protection contre les inondations est chiffré à 461 MDH pour 2027 dans le rapport sur la répartition régionale de l’investissement.















