Le secteur aurifère national présente une situation profondément contrastée: la santé financière des opérateurs miniers ne reflète guère la réalité quotidienne des bijouteries traditionnelles.
Sur le plan industriel, le Maroc dispose de gisements aurifères identifiés, notamment dans le sous-sol de l’Anti-Atlas, mais les réserves locales restent trop modestes pour permettre un essor de l’extraction sur le territoire national. «C’est donc au-delà des frontières que les acteurs majeurs comme le groupe Managem ont bâti leur stratégie de croissance», explique le quotidien Les Inspirations Éco du 3 novembre. Grâce à l’entrée en production de nouveaux sites d’envergure en Afrique de l’Ouest, notamment au Sénégal, le groupe minier a pleinement tiré parti de la hausse annuelle moyenne des cours mondiaux. Cette expansion continentale a entraîné une progression spectaculaire de ses indicateurs financiers et de sa rentabilité au premier semestre 2026, plaçant l’entreprise parmi les plus importantes capitalisations de la Bourse de Casablanca. Cette performance reste toutefois soumise aux aléas climatiques saisonniers et à la volatilité propre aux matières premières.
À l’autre extrémité de la chaîne de valeur, le marché national de la vente au détail traverse une période de fortes turbulences, marquée par un net essoufflement de la demande. Pour les artisans et les commerçants bijoutiers, la cherté persistante de la matière première asphyxie les ventes, y compris pendant la période estivale, traditionnellement propice aux célébrations et aux achats de bijoux. «Cette désaffection de la clientèle met à mal la trésorerie des ateliers locaux, d’autant que les baisses ponctuelles des cours internationaux ne se traduisent pas directement par une diminution des prix en boutique» écrit Les Inspirations Éco. L’achat de bijoux, que les ménages considèrent à la fois comme des ornements et comme une forme d’épargne patrimoniale, se heurte désormais à des prix difficilement accessibles pour une grande partie des consommateurs.
Ce décalage persistant entre l’évolution des cours internationaux et les tarifs pratiqués dans les échoppes locales s’explique par la complexité de la formation des prix sur le marché intérieur. Le prix final d’un bijou en or 18 carats ne dépend pas uniquement du cours du métal précieux: il intègre les variations du taux de change entre le dollar et le dirham, la pureté du métal, les coûts d’approvisionnement, la valeur du travail artisanal ainsi que les marges prélevées par les différents intermédiaires. Dans ce contexte, les travaux d’analyse engagés par le Conseil de la concurrence sur la filière aurifère revêtent une importance cruciale. L’objectif est d’améliorer la transparence dans la formation des prix, depuis l’importation de la matière première jusqu’à la vente finale, afin de garantir un fonctionnement du marché plus lisible et plus équitable pour l’acheteur.
«Pour l’épargnant marocain soucieux de protéger son capital contre l’inflation, l’accès au métal jaune passe désormais par des formes de placement très variées, chacune présentant des risques spécifiques», note le quotidien. Outre l’achat traditionnel de bijoux, dont le prix comprend des frais de façon non récupérables à la revente, les particuliers peuvent s’orienter vers des pièces et des lingots d’investissement ou opter pour des instruments financiers adossés à l’or, comme les fonds contractuels disponibles sur la place financière nationale. Par ailleurs, l’investissement dans des actions de sociétés minières offre une exposition indirecte aux cycles des métaux précieux. Ces titres restent toutefois soumis aux aléas d’exploitation des entreprises, à leur niveau d’endettement et aux fluctuations des cours des autres minerais stratégiques qu’elles exploitent.




