Or: cours en baisse, clients en attente… pourquoi le marché marocain reste bloqué

Bijoux en or exposés à la vente. (Y.Jaoual/Le360)

Le 02/08/2026 à 15h43

VidéoMalgré la baisse continue des cours de l’or à l’international, le marché marocain n’a pas retrouvé l’élan espéré par les professionnels. Après plusieurs mois de recul des prix, cette tendance n’a pas encouragé les consommateurs à acheter, mais a plutôt renforcé l’attentisme, chacun préférant attendre une éventuelle nouvelle baisse ou une évolution plus favorable des cours, plongeant ainsi le secteur de la bijouterie dans une période de fort ralentissement.

Longtemps considéré comme une valeur refuge et un symbole d’épargne pour de nombreux ménages marocains, l’or peine aujourd’hui à retrouver son attractivité habituelle.

Si les cours du métal précieux enregistrent un recul sur les marchés internationaux, cette baisse ne se traduit que partiellement sur le marché national. Au Maroc, un écart persiste entre les prix pratiqués localement et les cours mondiaux, limitant l’impact de cette détente sur la demande.

Dans ce contexte, les professionnels du secteur constatent un changement dans les habitudes des consommateurs, désormais plus prudents et moins enclins à investir dans des bijoux de grande valeur.

«Les prix de l’or sont effectivement en baisse à l’échelle internationale. Mais sur le marché marocain, il existe toujours un écart de l’ordre de 120 à 150 dirhams par gramme par rapport aux cours mondiaux», explique Idriss El Hazzaz, président de la Fédération marocaine des bijoutiers. Selon lui, le gramme d’or 18 carats, la référence la plus commercialisée, s’échange actuellement entre 995 et 1.000 dirhams.

Les professionnels espéraient que cette baisse relancerait les achats durant la saison estivale, traditionnellement favorable au secteur. «Nous pensions qu’avec la baisse des prix, il y aurait un engouement important pour l’achat d’or. Mais c’est exactement l’inverse qui s’est produit», regrette-t-il. La plupart des clients préfèrent reporter leur achat dans l’espoir d’une nouvelle baisse des prix, ce qui entretient l’attentisme et freine davantage l’activité.

Cette situation pèse lourdement sur les professionnels. «Le secteur a perdu près d’un tiers du capital des commerçants et des artisans à cause de la chute de la valeur de l’or», affirme Idriss El Hazzaz, ajoutant que le volume des transactions a fortement reculé cette année.

Pour le président de la Fédération, plusieurs facteurs expliquent ce ralentissement. Le premier est la baisse du pouvoir d’achat des ménages. Après les dépenses liées à l’Aïd al-Adha, aux vacances d’été et à l’approche de la rentrée scolaire, l’achat de bijoux ne constitue plus une priorité pour de nombreuses familles.

À cela s’ajoute le recul de la demande des Marocains résidant à l’étranger. «Les nouvelles générations n’ont plus la même culture de l’épargne à travers l’or», observe-t-il. Les agriculteurs, autrefois parmi les principaux clients du secteur, sont eux aussi beaucoup moins présents sur le marché.

Cette tendance est particulièrement visible à Fès, considérée comme le principal pôle national de la bijouterie traditionnelle. «La demande est très faible. Les produits les plus recherchés aujourd’hui sont les bijoux légers de deux ou trois grammes», indique Idriss El Hazzaz, soulignant que les pièces plus lourdes peinent désormais à trouver preneur.

Au-delà de la demande, la filière fait également face à des difficultés d’approvisionnement. Selon le président de la Fédération, les mines d’or et d’argent exploitées au Maroc n’alimentent pratiquement pas les artisans locaux.

«Les mines nationales n’approvisionnent pas le secteur, alors que la quasi-totalité de la production est exportée», déplore-t-il. Les bijoutiers dépendent ainsi essentiellement du recyclage de l’or usagé, qui ne couvre qu’une faible partie des besoins, ainsi que d’importations officielles jugées insuffisantes. «Sans les circuits parallèles, le secteur serait totalement paralysé», affirme-t-il.

Concernant l’évolution des prix, Idriss El Hazzaz estime que l’or pourrait repartir à la hausse dans les prochains mois. «Les cours restent étroitement liés aux tensions géopolitiques internationales. À chaque regain d’incertitude, les investisseurs se tournent vers l’or, ce qui fait remonter les prix», conclut-il.

Par Youssra Jaoual
Le 02/08/2026 à 15h43