Régions: la polarisation de la richesse s’amplifie malgré les réformes territoriales

Selon le Haut Commissariat au plan (HCP), trois grands pôles urbains et industriels (Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma), qui ont concentré à eux seuls 58,4% du produit intérieur brut en 2024.

Revue de presseAlors que trois régions concentrent à elles seules près de 60% du produit intérieur brut national, les derniers comptes régionaux du Haut-Commissariat au Plan révèlent l’ampleur des disparités territoriales du Royaume, avec un développement à deux vitesses qui affecte directement le niveau de vie et la consommation des ménages. Cet article est une revue de presse tirée de Challenge.

Le 02/08/2026 à 19h47

Les récents chiffres publiés par le Haut-Commissariat au Plan dans son rapport sur les «Comptes régionaux 2024» mettent en lumière la persistance, voire l’amplification, des fractures territoriales au sein de l’économie marocaine. «Malgré une croissance nationale établie à 4,4 %, la création de valeur demeure fortement polarisée autour de trois grands pôles urbains et industriels (Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma), qui ont concentré à eux seuls 58,4% du produit intérieur brut en 2024», indique le magazine hebdomadaire Challenge.

Cette concentration économique repose sur une forte densité industrielle, un secteur des services prédominant et des infrastructures de premier plan, comme le complexe portuaire de Tanger Med. À l’opposé, les régions du Sud et Drâa-Tafilalet ne contribuent qu’à hauteur de 7,8% du PIB national, illustrant la faible participation de vastes territoires à la création de richesse.

Cette asymétrie spatiale se répercute directement sur les indicateurs de niveau de vie et de consommation. Bien que certaines régions enregistrent une valeur ajoutée par habitant élevée en raison de spécificités démographiques et sectorielles, comme Dakhla-Oued Ed-Dahab, avec un PIB par habitant atteignant 92.904 dirhams contre une moyenne nationale de 43.891 dirhams, la majorité des régions demeure en dessous de la moyenne nationale.

«De même, les dépenses de consommation finale des ménages reflètent cette polarisation : cinq régions concentrent près des trois quarts de ces dépenses, Casablanca-Settat représentant à elle seule un quart de la consommation nationale. Par ailleurs, la vulnérabilité des structures économiques locales reste manifeste», souligne Challenge. La région de Fès-Meknès, fortement dépendante du secteur primaire, où l’agriculture représente 24,6% du PIB régional, a enregistré la plus faible croissance du pays en 2024, avec 1,6%, sous l’effet du recul de l’activité agricole, tandis que Laâyoune-Saguia El Hamra a affiché une croissance de 7,6%, portée par le dynamisme de ses activités secondaires et de ses services.

Ce constat d’une dynamique économique à géométrie variable fait écho aux orientations politiques stratégiques rappelées par le souverain dans son discours royal d’octobre 2025, rejetant le schéma d’un Maroc avançant à deux vitesses et appelant à une véritable équité territoriale.

Pour accompagner cette refonte territoriale et affiner les outils d’aide à la décision publique, le cadre institutionnel et statistique de l’État évolue également, indique par ailleurs Challenge. L’adoption récente, par la Chambre des conseillers, des projets de loi n° 47.26 et 46.26 vise à transformer le Haut-Commissariat au Plan en une instance autonome de bonne gouvernance et à moderniser l’ensemble du système statistique national. Cette réforme d’envergure ambitionne d’institutionnaliser la dimension régionale dans la collecte et l’analyse des données, une étape indispensable pour concevoir des politiques publiques capables de corriger durablement les déséquilibres territoriaux.

Par La Rédaction
Le 02/08/2026 à 19h47