Pouvoir d’achat: pourquoi le PLF 2027 devra arbitrer entre aides sociales et création de revenus

Le PLF 2027 ne pourra plus se limiter aux aides sociales.

Le ralentissement de l’inflation ne suffit plus à améliorer le quotidien des ménages. Pour Pr. Mohamadi El Yacoubi, président de Marrakech Consulting Group et ancien président de l’Organisation professionnelle des comptables agréés du Maroc, le PLF 2027 devra dépasser la logique des aides ponctuelles et arbitrer entre protection sociale immédiate et création durable de revenus.

Le 01/10/2026 à 10h02

Le ralentissement de l’inflation ne s’est pas traduit par un véritable soulagement pour les ménages marocains. Les derniers indicateurs du Haut-Commissariat au Plan montrent une progression désormais modérée de l’indice des prix à la consommation, tandis que les dépenses alimentaires continuent d’occuper une place prépondérante dans le budget des foyers.

Pour Pr. Mohamadi El Yacoubi, président de Marrakech Consulting Group et ancien président de l’Organisation professionnelle des comptables agréés du Maroc, ce décalage entre les statistiques macroéconomiques et le ressenti des ménages s’explique par un phénomène plus profond: la stabilisation des prix intervient après plusieurs années de fortes hausses, sans effacer les pertes déjà accumulées.

«Une inflation globale faible ne signifie pas un retour au pouvoir d’achat d’avant. Les prix ralentissent, mais les ménages ne s’en aperçoivent pas parce que les niveaux atteints restent élevés», résume-t-il.

L’économiste estime que le Maroc est entré dans une nouvelle phase de la problématique inflationniste. La flambée généralisée observée auparavant laisse progressivement place à une inflation plus ciblée, concentrée sur certains produits essentiels dont le poids demeure particulièrement important dans la consommation quotidienne.

Cette réalité touche d’abord les ménages modestes, pour lesquels l’alimentation représente une part importante des dépenses incompressibles. Dès lors, l’indicateur d’inflation moyenne ne reflète qu’imparfaitement les difficultés vécues au quotidien.

«Ce qui compte pour une famille, ce n’est pas l’inflation moyenne, mais le prix de ce qu’elle achète quotidiennement», souligne El Yacoubi.

Des blocages structurels plus que conjoncturels

Selon le président de Marrakech Consulting Group, cette situation ne relève pas d’un simple déséquilibre passager entre l’offre et la demande. Plusieurs facteurs structurels continuent d’alimenter la hausse des coûts alimentaires.

La succession des épisodes de sécheresse a réduit certaines productions agricoles, tandis que le renchérissement des intrants continue de peser sur les coûts de production. À ces contraintes s’ajoutent des dysfonctionnements plus anciens liés à l’organisation des circuits de commercialisation.

La multiplicité des intermédiaires, le manque de transparence sur les prix pratiqués tout au long de la chaîne ainsi que certaines inefficacités logistiques entretiennent des écarts importants entre les prix à la production et ceux payés par le consommateur.

Pour El Yacoubi, ces blocages ne disparaîtront pas spontanément. Ils nécessitent des réformes profondes plutôt que des interventions ponctuelles. L’ancien président de l’Organisation professionnelle des comptables agréés du Maroc plaide pour une modernisation des marchés de gros et de détail, une clarification du statut des grossistes ainsi qu’une meilleure transparence des transactions.

Le développement des circuits courts figure également parmi les leviers identifiés afin de rapprocher les producteurs des consommateurs et de limiter certaines marges intermédiaires. La traçabilité des produits apparaît, selon lui, comme un autre outil permettant de réduire les pertes tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Pr. Mohamadi El Yacoubi défend une accélération de la réforme des marchés de gros, une meilleure structuration des coopératives agricoles et un encadrement plus précis du rôle des intermédiaires. La digitalisation progressive des circuits de commercialisation pourrait également améliorer la visibilité sur les flux physiques et les niveaux de prix pratiqués à chaque étape.

L’économiste propose enfin la création d’un observatoire national des prix et des marges afin de mieux suivre les évolutions du marché et d’identifier plus rapidement les situations anormales.

Contrôle, transparence et mesures ciblées

Le troisième axe repose sur le renforcement des mécanismes de contrôle.

Le président de Marrakech Consulting Group estime que les pratiques anticoncurrentielles doivent faire l’objet de sanctions réellement dissuasives. Il préconise également un meilleur accès des petits producteurs aux marchés de gros ainsi qu’une transparence accrue sur les quantités commercialisées et les marges réalisées.

Pour certains produits essentiels, il considère que des mesures ciblées et temporaires sur les prix ou la fiscalité pourraient être examinées lorsque les circonstances l’exigent.

Au-delà de la question immédiate des prix, El Yacoubi inscrit cette réflexion dans la préparation du projet de loi de finances 2027. À ses yeux, le futur budget devra marquer une évolution des priorités économiques après les échéances électorales. «Le PLF 2027 ne doit pas être un simple budget de continuité. Il doit être un budget d’arbitrages», affirme-t-il.

Ces arbitrages devront notamment porter sur l’équilibre entre redistribution et investissement, entre soutien immédiat au pouvoir d’achat et création durable de revenus, mais aussi entre volume de dépenses publiques et efficacité économique.

Le président de Marrakech Consulting Group insiste sur le fait que les aides sociales demeurent indispensables pour protéger les ménages les plus vulnérables. Cependant, il considère qu’elles ne peuvent constituer une réponse permanente à l’érosion du pouvoir d’achat. «On ne peut pas durablement compenser par des transferts ce que l’économie ne produit pas en revenus.»

Selon lui, l’amélioration durable du niveau de vie passe par une hausse de la productivité, un renforcement de la concurrence, une production locale plus dynamique ainsi que la création d’emplois mieux rémunérés.

Passer d’une logique de volume à une logique d’impact

L’investissement constitue, selon El Yacoubi, l’autre levier majeur de cette transformation. Sur ce point, le Maroc a déjà réussi à attirer des projets d’envergure dans plusieurs secteurs stratégiques. Le défi consiste désormais à maximiser leurs retombées sur l’économie nationale.

L’ancien président de l’Organisation professionnelle des comptables agréés du Maroc estime que les futurs investissements devraient être davantage évalués à travers leur capacité à créer des emplois, à générer de la valeur ajoutée locale, à intégrer les PME marocaines dans les chaînes de valeur et à développer les compétences nationales.

Cette logique concerne particulièrement l’industrie, l’automobile, l’aéronautique, l’agro-industrie, les énergies renouvelables, le numérique, les services à forte valeur ajoutée ainsi que le tourisme.

La fiscalité complète, selon El Yacoubi, les conditions nécessaires à cette nouvelle étape. Il estime que le PLF 2027 gagnerait à privilégier la stabilité, la visibilité et l’élargissement de l’assiette fiscale plutôt que la multiplication de nouvelles contraintes pour les entreprises. «Une entreprise investit lorsqu’elle peut anticiper. La stabilité fiscale est elle-même un facteur d’investissement», rappelle-t-il.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 01/10/2026 à 10h02