Commerce de gros: les prix progressent sans véritable reprise des ventes

Au marché de gros de fruits et légumes de Casablanca.

Seuls 21% des grossistes marocains ont enregistré une hausse de leurs ventes au deuxième trimestre 2026, contre 33% ayant relevé leurs prix. Le décalage traduit une activité davantage portée par les ajustements tarifaires que par les volumes. Les perspectives pour le troisième trimestre restent, elles aussi, dominées par la stabilité.

Le 13/09/2026 à 10h08

Le commerce de gros n’a pas connu d’accélération franche au deuxième trimestre 2026. Selon l’enquête de conjoncture du Haut-commissariat au plan (HCP), 21% des grossistes ont déclaré une hausse de leurs ventes sur le marché local, tandis que 60% ont signalé une stabilité. Par différence, 19% ont enregistré un recul.

Les prix présentent une évolution plus marquée. Près de 33% des professionnels interrogés disent avoir relevé leurs tarifs, soit une proportion supérieure de 12 points à celle des entreprises ayant augmenté leurs ventes. Parallèlement, 58% ont maintenu leurs prix et 9% les ont réduits.

Ce décalage ne suffit toutefois pas à établir une inflation généralisée dans le commerce de gros. L’enquête du HCP ne précise ni l’ampleur des augmentations de prix ni l’évolution des quantités vendues. Un grossiste ayant relevé ses tarifs de manière marginale pèse ainsi autant dans les résultats qu’un opérateur ayant procédé à une hausse plus importante.

La stabilité demeure donc l’enseignement principal de l’enquête. Six grossistes sur dix n’ont constaté aucun changement de leurs ventes. Les effectifs sont également restés inchangés pour 75% des répondants, confirmant l’absence d’une dynamique suffisamment forte pour alimenter les recrutements.

Les stocks ne signalent pas davantage de déséquilibre majeur car 87% des entreprises les jugent normaux.

Un tel niveau réduit la probabilité que les augmentations de prix résultent d’une pénurie générale de marchandises. Les ajustements pourraient plutôt varier selon les branches, les coûts d’approvisionnement et la nature des produits commercialisés.

Des branches à plusieurs vitesses

La progression des ventes observée au deuxième trimestre a été soutenue principalement par le commerce de gros d’autres équipements industriels et celui des biens domestiques. Le mouvement a été freiné par le recul des autres commerces de gros spécialisés.

Ces évolutions divergentes expliquent en partie la faiblesse du résultat global. La hausse enregistrée par certains segments ne suffit pas à entraîner l’ensemble du secteur, tandis que la majorité des opérateurs évolue sur un marché stationnaire.

Le rapport entre prix et volumes devient dès lors central. Lorsque les coûts d’achat ou de distribution progressent, les grossistes peuvent relever leurs tarifs sans écouler davantage de marchandises. Leur chiffre d’affaires nominal peut augmenter, mais cette évolution ne traduit pas nécessairement une amélioration de l’activité réelle.

Une croissance portée par les volumes aurait des effets plus directs sur les commandes, la rotation des stocks, l’investissement et l’emploi. Une progression provenant essentiellement des prix reste, en revanche, plus fragile. Elle risque de conduire les détaillants et les entreprises clientes à différer leurs achats ou à réduire les quantités commandées.

Le HCP ne publie cependant ni le chiffre d’affaires du secteur ni les variations de prix par branche. Il reste donc impossible de calculer la contribution exacte des prix à l’évolution des recettes.

Le numérique attendu en recul

Les perspectives pour le troisième trimestre ne dessinent pas de reprise nette. Quelque 68% des grossistes anticipent une stabilité de leurs ventes et 21% une hausse. La part prévoyant une baisse ressort ainsi à 11%, par différence.

Le commerce de gros alimentaire devrait progresser, contrairement à celui des équipements de l’information et de la communication. Cette divergence pourrait traduire des arbitrages en faveur des achats courants, au détriment d’équipements dont l’acquisition peut être reportée.

Plusieurs facteurs seraient susceptibles d’affecter les produits numériques: prix à l’importation, change, conditions de crédit, renouvellement du matériel informatique ou commandes publiques.

Les autres indicateurs confirment la prudence des entreprises avec près de 73% des grossistes qui prévoient des commandes normales au troisième trimestre, tandis que 79% anticipent des effectifs inchangés. Le secteur ne semble confronté ni à une contraction généralisée ni à une accélération capable de modifier les décisions d’embauche.

En l’état, l’enquête décrit un commerce de gros stable, disposant de stocks jugés normaux, mais faiblement créateur d’emplois. Les prix progressent plus souvent que les ventes, tandis que l’accélération des volumes reste insuffisante pour installer une reprise solide.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 13/09/2026 à 10h08