L’examen du projet de loi de finances 2027 a donné lieu, vendredi 30 octobre, à une séance d’échanges entre Fouzi Lekjaa et les membres de la Commission des finances et du développement économique de la Chambre des représentants. Au terme des discussions engagées autour du premier budget du gouvernement dirigé par Fatima-Ezzahra El Mansouri, le ministre délégué chargé du Budget a été amené à préciser les hypothèses économiques retenues par l’Exécutif, à justifier plusieurs choix fiscaux et à répondre aux interrogations des députés sur les engagements sociaux annoncés.
Ces échanges ont notamment porté sur la réforme de l’impôt sur le revenu, le relèvement des pensions minimales, l’évolution de l’aide sociale directe, la prise en charge de certaines factures d’électricité, mais aussi sur la fiscalité des distributeurs d’hydrocarbures, la réorganisation des circuits de commercialisation des produits agricoles et le suivi de la dépense publique. Plusieurs réponses ont permis d’apporter des éclairages supplémentaires sur les modalités, le calendrier et le financement des mesures annoncées. Voici les principaux enseignements de cette séance.
Sociétés régionales de distribution: Lekjaa ouvert à revoir le nombre et le format
Fouzi Lekjaa s’est montré disposé à revoir l’architecture des futures sociétés régionales de distribution, prévues dans le PLF 2027 pour réorganiser les circuits de commercialisation des produits agricoles. Devant les députés, vendredi 30 octobre, le ministre a indiqué que le nombre de structures pourrait être de six, huit ou davantage, et que la composition de leur capital restait ouverte à la discussion. Il s’est engagé à présenter sa conception aux groupes parlementaires et aux départements concernés.
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Le ministre a écarté toute perspective de retour à un système de monopole public, à l’image de l’ancien Office de commercialisation et d’exportation (OCE). L’objectif est plutôt de réduire les coûts d’intermédiation entre les bassins de production et ceux de consommation, sans imposer de prix administrés ni évincer les opérateurs privés
Exportations agricoles: priorité à l’approvisionnement du marché national
Le gouvernement entend mieux encadrer les exportations agricoles afin de préserver l’approvisionnement du marché intérieur et de limiter les tensions sur les prix. Répondant aux critiques des parlementaires, Fouzi Lekjaa a estimé anormal que le Maroc enregistre des volumes d’exportation importants malgré plusieurs années de sécheresse, alors que les consommateurs continuent de subir des hausses sensibles des prix alimentaires.
Le dispositif envisagé reposerait sur des règles définies en concertation avec les producteurs, ainsi que sur un suivi des stocks, des prix et des volumes exportés. Le ministre assure qu’il ne s’agit pas de fermer les débouchés extérieurs, mais de mieux concilier les intérêts des producteurs, les opportunités à l’export et les besoins du marché national.
Marchés de gros: douze structures concernées par une réforme
La réforme des circuits de commercialisation des produits agricoles devrait également concerner douze marchés de gros, dont le mode de gestion doit être revu. Fouzi Lekjaa a plaidé pour une organisation permettant aux commerçants de disposer de davantage de liberté dans le choix de leurs sources d’approvisionnement et dans la fixation des prix de vente.
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Le ministre a notamment annoncé une révision de plusieurs taxes et procédures, dont le prélèvement de 7% appliqué aux ventes de fruits et légumes à chaque passage d’un marché à un autre. Jugée complexe et susceptible d’alourdir le prix final, cette taxation figure parmi les mécanismes que le gouvernement souhaite revoir.
Carburants: Lekjaa ouvert à discuter du critère d’imposition à 40%
La taxation des distributeurs et importateurs d’hydrocarbures a également été abordée lors des échanges avec les députés. Le PLF 2027 prévoit de porter de 35% à 40% l’impôt sur les sociétés applicable aux opérateurs dont le bénéfice net atteint au moins 100 millions de dirhams. Fouzi Lekjaa a justifié cette mesure par la réforme fiscale et la nécessité de renforcer l’équité entre les secteurs économiques.
Le ministre a toutefois laissé la porte ouverte à une discussion sur le critère de ciblage des entreprises concernées, notamment sur le recours au bénéfice net ou au chiffre d’affaires. Cette ouverture intervient alors que la mesure, qui vise à aligner les grands opérateurs pétroliers sur le taux applicable aux banques et aux assurances, suscite un débat sur son périmètre et ses effets concurrentiels.
Impôt sur le revenu: 87% des salariés pourraient être exonérés
Fouzi Lekjaa a apporté des précisions sur les modalités de calcul de la réforme de l’impôt sur le revenu (IR), dont l’objectif est d’alléger la pression fiscale sur les salariés, particulièrement ceux appartenant à la classe moyenne. Le ministre a expliqué que les simulations doivent tenir compte de la déduction pour frais professionnels, dont le plafond est porté à 45%, ainsi que des cotisations sociales et des charges de famille.
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Il a confirmé que la proportion de salariés totalement exonérés d’IR passerait de 80% à 87% avec la réforme. Pour les salariés qui ne paient déjà pas cet impôt et ne bénéficieront donc pas directement de son allègement, Lekjaa a renvoyé aux mesures susceptibles d’être négociées dans le cadre du dialogue social.
Dialogue social: un complément à la baisse de l’IR
La réforme fiscale ne saurait, selon Fouzi Lekjaa, constituer l’unique réponse à la question du pouvoir d’achat. Devant les parlementaires, le ministre a souligné la nécessité d’accompagner l’allègement de l’impôt sur le revenu par de nouvelles mesures issues du dialogue social, notamment au bénéfice des salariés qui sont déjà exonérés d’IR et ne tireront aucun avantage direct de cette réforme.
Il a ainsi défendu une approche combinant réduction de la pression fiscale, amélioration des revenus et protection du pouvoir d’achat. Cette concertation doit permettre d’examiner les engagements existants et les mesures complémentaires à envisager.
Retraites: la pension minimale atteindra 3.000 DH dès 2030
Le relèvement de la pension minimale suivra un calendrier progressif, a précisé Fouzi Lekjaa devant la Commission des finances. Le montant passera à 1.700 dirhams en 2027, contre 1.500 dirhams actuellement dans certains régimes et 1.000 dirhams dans le régime du secteur privé. Il atteindra ensuite 2.000 dirhams en 2028, 2.500 dirhams en 2029 et 3.000 dirhams en 2030.
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Le ministre a également détaillé l’ampleur de l’effort budgétaire, estimé à environ 3,3 milliards de dirhams par an pour la première étape. La mesure concerne les différents régimes de retraite, avec un effort particulièrement important pour les affiliés de la CNSS.
Pensions de réversion: 431.334 veuves concernées
Le relèvement des pensions de réversion au profit des veuves constitue un autre volet des engagements sociaux défendus par le ministre. Fouzi Lekjaa a précisé que le dispositif prévoit de porter à 100% la pension de réversion, contre une fraction de la pension du conjoint décédé actuellement dans les régimes concernés.
La mesure devrait bénéficier à 431.334 personnes, pour un coût annuel estimé à 7,33 milliards de dirhams. Le périmètre comprend les affiliées à la CNSS, au Régime collectif d’allocation de retraite, ainsi qu’aux régimes des pensions civiles et militaires.
Aide sociale directe: un indicateur fondé sur les revenus à l’horizon 2029
Le gouvernement entend maintenir l’indicateur utilisé pour déterminer l’éligibilité à l’aide sociale directe, tout en procédant à des corrections pour remédier à certaines anomalies. Fouzi Lekjaa a notamment évoqué des dépenses ponctuelles, comme les recharges téléphoniques, susceptibles de modifier le score d’un ménage sans traduire une amélioration réelle de sa situation financière.
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À moyen terme, l’exécutif ambitionne de faire évoluer le dispositif vers un indicateur fondé essentiellement sur les revenus des ménages, à l’horizon de 2029. Le ministre a également rappelé que le montant minimal de l’aide directe doit passer de 500 à 600 dirhams mensuels en 2027, avant de progresser vers 1.000 dirhams.
Assurance maladie: 4,1 millions d’inscrits sans droits ouverts
L’élargissement de la couverture médicale ne signifie pas nécessairement que tous les inscrits disposent effectivement de droits ouverts. C’est la distinction établie par Fouzi Lekjaa devant les députés. Selon les chiffres présentés par le ministre, 32,7 millions de personnes sont inscrites aux différents régimes d’assurance maladie, soit environ 89% de la population, mais seulement 28,6 millions disposent de droits ouverts.
L’écart concerne ainsi 4,1 millions de personnes dont les droits sont suspendus, notamment en raison de difficultés de paiement ou de changements de situation professionnelle. À cela s’ajoutent environ quatre millions de personnes qui ne sont affiliées à aucun régime. Le ministre a plaidé pour traiter séparément ces deux situations, en rétablissant les droits des premiers et en facilitant la prise en charge des seconds.
Factures d’électricité: les compteurs prépayés intégrés au dispositif
Fouzi Lekjaa a précisé les modalités de prise en charge des petites factures d’électricité, dont le montant mensuel ne dépasse pas 100 dirhams. Sur les quelque six millions d’abonnés concernés, 29% correspondent à des logements vacants, saisonniers ou à des résidences secondaires et ne seront donc pas éligibles à la mesure.
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Le dispositif concernera les autres abonnés, y compris les ménages utilisant des compteurs prépayés, notamment en milieu rural. Pour ces derniers, le soutien prendra la forme de crédits mensuels. Le coût annuel de cette mesure est évalué à 2,83 milliards de dirhams
Croissance: Lekjaa défend une prévision de 3,7% pour 2027
Le gouvernement maintient une prévision de croissance économique de 3,7% pour 2027, malgré les incertitudes géopolitiques et les divergences avec les projections d’autres institutions. Devant les députés, Fouzi Lekjaa a expliqué que cette hypothèse intègre des scénarios prudents et tient compte des risques pesant sur l’environnement économique international. Il a notamment défendu l’hypothèse d’une récolte céréalière de 70 millions de quintaux et d’un prix du butane de 600 dollars la tonne.
Le ministre a également relativisé les écarts avec les prévisions de Bank Al-Maghrib et du Haut-commissariat au plan, rappelant que chaque institution utilise ses propres modèles et procède à des actualisations périodiques
Recettes fiscales: une hausse de 9,6% jugée prudente
Fouzi Lekjaa a défendu le réalisme des prévisions de recettes fiscales inscrites dans le PLF 2027. Celles-ci devraient atteindre environ 423 milliards de dirhams, contre près de 386 milliards attendus au titre de 2026, soit une progression de 9,6%. Le ministre estime que cette évolution est raisonnable au regard de la dynamique des recettes enregistrée ces dernières années.
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Il a notamment contesté certaines comparaisons établies à partir des prévisions initiales de 2026, plutôt que des recettes effectivement attendues à la clôture de l’exercice. Il a rappelé que la progression annuelle moyenne des recettes fiscales s’est établie à 12,5% entre 2021 et 2026.
Performance publique: un tableau de bord quotidien pour suivre l’action de l’État
La nouvelle attribution de performance publique confiée au ministère de l’Économie et des Finances se traduira par la création d’une structure dédiée, instituée par décret. Fouzi Lekjaa a expliqué que celle-ci aura pour mission de suivre l’exécution des politiques publiques en rapprochant les données budgétaires, comptables et celles relatives aux marchés publics. Elle devra notamment permettre de détecter les retards dans la réalisation des programmes gouvernementaux.
Un tableau de bord actualisé quotidiennement sera mis en place à cet effet. Il s’appuiera également sur des référentiels de coûts permettant de comparer les dépenses engagées pour des projets similaires. Le ministre a tenu à préciser que cette structure ne se substituera ni à la Cour des comptes ni à l’Inspection générale des finances, mais interviendra dans une logique de suivi et d’amélioration de l’efficacité de la dépense publique.
Santé: améliorer la gouvernance et le financement des hôpitaux publics
Interrogé sur les difficultés du système de santé, Fouzi Lekjaa a reconnu que l’augmentation des budgets et la construction de nouvelles infrastructures ne suffisent pas, à elles seules, à améliorer les prestations offertes aux citoyens. Il a défendu la réforme institutionnelle en cours et la mise en place des groupements sanitaires territoriaux, estimant qu’il fallait leur laisser le temps de produire leurs effets.
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Le ministre a également évoqué la nécessité de renforcer les ressources financières des hôpitaux publics, notamment en leur permettant de mieux bénéficier des financements issus de la couverture médicale. Il a aussi plaidé pour des mécanismes d’intéressement des professionnels de santé aux recettes générées par les établissements hospitaliers.
Réforme économique: passer des autorisations aux cahiers des charges
Au-delà des mesures budgétaires, Fouzi Lekjaa a annoncé la préparation d’une réforme économique de fond visant à simplifier l’environnement des affaires. Le projet de loi-cadre envisagé devrait notamment remplacer, dans plusieurs secteurs, les régimes d’autorisation administrative par des cahiers des charges adaptés à la taille et aux capacités des entreprises.
Cette évolution vise à réduire les blocages administratifs, à renforcer la transparence et à lutter contre les avantages indus ainsi que l’exploitation d’informations privilégiées. Le ministre défend ainsi un modèle fondé sur l’initiative privée et la libre concurrence, mais assorti de règles destinées à garantir des conditions équitables entre les opérateurs.
Capitalisme et intervention de l’État: Lekjaa défend une régulation sans économie dirigée
Face aux critiques suscitées par ses références au «capitalisme sauvage», Fouzi Lekjaa a tenu à clarifier la philosophie économique du gouvernement. Il a défendu la liberté d’entreprendre et l’initiative privée, tout en estimant que celles-ci doivent s’exercer dans un cadre garantissant la transparence, la concurrence loyale et la lutte contre les pratiques anticoncurrentielles.
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En réponse aux comparaisons faites par certains députés entre les sociétés régionales de distribution et les anciennes structures de l’économie soviétique, le ministre a rejeté toute volonté de retour à une économie dirigée. Il a plutôt plaidé pour une régulation ciblée des marchés, estimant que l’intervention publique peut être nécessaire lorsque les dysfonctionnements pénalisent les producteurs et les consommateurs.
Coupe du monde 2030: des investissements à inscrire dans une logique territoriale
Évoquant les investissements liés à la Coupe du monde 2030, Fouzi Lekjaa a insisté sur la nécessité de leur donner une portée économique et territoriale durable. Les infrastructures et équipements réalisés à cette occasion ne doivent pas profiter uniquement aux villes accueillant les rencontres, mais produire des retombées plus larges pour les territoires concernés.
Le ministre a notamment évoqué les 38 sites d’hébergement des équipes prévus dans le dispositif, qui doivent contribuer à élargir les retombées de cet événement. Cette approche s’inscrit dans une logique de valorisation des investissements publics au-delà de l’échéance sportive.




