Poursuite du pacte du commerce extérieur, digitalisation des procédures, assurance-crédit, accompagnement des PME et décarbonation industrielle : le projet de loi de finances 2027 confirme plusieurs leviers destinés à renforcer les exportations marocaines. Mais alors que les ventes à l’étranger progressent moins rapidement que les importations, les entreprises restent confrontées à des difficultés de financement, de trésorerie et d’accès aux marchés. L’enjeu majeur consistera à convertir ces annonces en gains mesurables de compétitivité, indique le quotidien Les Inspirations Éco.
Le Maroc ambitionne d’élargir le nombre d’entreprises présentes à l’international, de diversifier ses débouchés, de développer de nouvelles filières et de renforcer l’intégration industrielle nationale. Les orientations du PLF 2027 s’inscrivent dans cette continuité, mais interviennent dans un contexte d’aggravation du déficit commercial. À fin août 2026, si les exportations de marchandises ont progressé de 8,7% pour atteindre 334,9 milliards de dirhams, les importations se sont envolées de 15,8% à 617,5 milliards de dirhams. Il en résulte un creusement du déficit commercial de 25,4%, s’établissant à 282,6 milliards de dirhams, et un recul du taux de couverture à 54,2%. La hausse des importations s’explique en partie par les besoins énergétiques, les investissements et la fourniture de l’appareil productif.
Pour rétablir l’équilibre, le gouvernement réaffirme le Pacte pour un Commerce Extérieur 2025-2027, visant 84 milliards de dirhams d’exportations additionnelles, l’émergence de 400 nouveaux exportateurs et la création de 76 000 emplois. Bien que les exportations industrielles soient passées de 282,2 milliards de dirhams en 2021 à 408,3 milliards en 2025 pour représenter 87% du total, les performances demeurent polarisées. À fin août 2026, l’automobile et l’aéronautique progressent respectivement de 14,5% et 21,5%, tandis que les phosphates et dérivés reculent de 6%, le textile-cuir de 5,6% et l’électronique de 2,9%. Face à ces disparités, la feuille de route a été prolongée jusqu’en 2031 pour diffuser la dynamique à d’autres secteurs, lit-on dans Les Inspirations Éco.
L’accès aux financements et la trésorerie restent le point de friction majeur. L’Association marocaine des exportateurs réclame l’instauration d’un délai opposable assorti d’intérêts moratoires pour le remboursement des crédits de TVA, qui restent structurellement bloqués en raison de l’exonération des ventes à l’étranger. Le texte du PLF 2027 modifie le mécanisme de restitution de la retenue à la source, mais ne prévoit aucun délai opposable spécifique pour les crédits de TVA d’exportation.
La structure même du tissu exportateur reflète une forte concentration : six secteurs représentent 92% des ventes, 10% des entreprises réalisent 90% de la valeur globale, et 85% des exportations proviennent de l’axe Tanger-El Jadida,principalement vers l’Europe. Pour appuyer l’émergence de nouveaux acteurs, le programme Power Export propose un accompagnement individuel plafonné de 1 à 2 millions de dirhams, mais son accès reste conditionné et plus de 40% des 500 demandes enregistrées émanent encore de la région Casablanca-Settat.
Sur le plan opérationnel, l’assurance-crédit Tassdir+ est entrée en phase pilote sur quinze marchés prioritaires, bien que l’enveloppe dédiée de 100 millions de dirhams pour l’Afrique demeure sous-utilisée. Parallèlement, l’effort de digitalisation s’accélère avec le Portail marocain des procédures du commerce extérieur interconnectant 14 ports et plus de 60 administrations, le perfectionnement de la plateforme Tijar-IA et le lancement expérimental d’eTrade.ma.
La compétitivité intègre désormais les enjeux environnementaux et normatifs, souligne le quotidien. L’entrée en vigueur définitive du mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières impose un accompagnement de la décarbonation industrielle à travers des audits et des financements verts. Le PLF intègre également la création de l’Institut marocain d’accréditation prévu pour 2027 afin de renforcer la reconnaissance internationale des normes locales, tout en réservant la possibilité d’encadrer temporairement les exportations de produits agricoles ou alimentaires en cas de tension sur l’approvisionnement du marché intérieur.


