Maghreb: le duel décisif pour l’hégémonie, ou comment le Maroc a gagné la bataille de la projection

Boualem Sansal à Paris, en novembre 2025. AFP or licensors

ChroniqueEn optant pour la projection là où l’Algérie a choisi le repli, le Maroc s’impose incontestablement comme le grand architecte de la dynamique ouest-africaine. Un triomphe du pragmatisme sur l’immobilisme qui redessine, pour longtemps, la carte des équilibres régionaux.

Le 29/10/2026 à 12h01

C’est un match sans sifflet final, un face-à-face ininterrompu qui se joue sur le continent africain depuis des décennies. D’un côté, un colosse aux pieds d’argile, retranché derrière ses dogmes, ses derricks et ses rêves de grandeur: l’Algérie. De l’autre, un État stratège, adepte de l’agilité, de la connexion et de la diplomatie tous azimuts: le Maroc. Dans cette compétition féroce pour le leadership en Afrique, la question n’est plus seulement de savoir qui fait le plus de bruit, mais qui façonne réellement l’avenir. Et à ce jeu-là, l’analyse des faits est implacable: le Maroc marque des points décisifs, là où l’Algérie s’épuise dans les fanfaronnades de cour d’école.

Diplomatie: du pupitre aux couloirs d’influence

Sur le terrain diplomatique, l’opposition des méthodes saute aux yeux. L’Algérie est restée fidèle à une diplomatie d’apparat, ancrée dans les postures anti-impérialistes d’un autre siècle, brandissant des principes souvent déconnectés des mutations géoéconomiques mondiales. Elle réagit plus qu’elle n’agit, prisonnière d’un prisme obsessionnel.

À l’inverse, le Maroc a mené une offensive diplomatique d’une redoutable efficacité. En liant son destin au reste du continent sous l’impulsion royale, le Royaume a fait de l’Afrique la pierre angulaire de sa politique extérieure. Visites royales par dizaines, accords sectoriels en cascade, soutien indéfectible au développement partagé: Rabat a su transformer le dossier du Sahara d’une contrainte défensive en un levier offensif d’intégration continentale (à l’image de l’initiative royale pour l’Atlantique à destination des pays du Sahel). Résultat? Le Maroc a conquis des bastions diplomatiques clés et s’impose comme un interlocuteur incontournable pour les grandes puissances, pendant qu’Alger contemple sa propre insularité stratégique.

Économie: la puissance des réseaux contre la rente

Sur le plan économique, le match tourne à l’avantage du modèle marocain. L’économie algérienne reste une économie de comptoir, totalement sous perfusion de la rente gazière et pétrolière. Dès que les cours mondiaux toussotent, c’est tout le modèle étatique qui vacille. Faute de diversification industrielle d’envergure, l’Algérie peine à projeter ses champions économiques au-delà de ses frontières.

«Des milliers d’étudiants africains formés dans les universités marocaines et l’aura de la diplomatie sportive, couronnée par l’organisation de grands rendez-vous continentaux et mondiaux, font du Royaume une «marque pays» hautement désirable et moderne»

—  Boualem Sansal

Le Maroc, dépourvu de cette manne énergétique providentielle, a dû compenser par l’intelligence logistique et l’audace industrielle. En misant sur des infrastructures de classe mondiale (le port de Tanger Med, les hubs financiers), sur l’implantation agressive de ses banques, de ses opérateurs télécoms et de ses groupes d’assurances à travers l’Afrique subsaharienne, Rabat a bâti un véritable empire de la connectivité. Le Royaume ne se contente pas de vendre des marchandises: il tisse des chaînes de valeur, s’impose dans l’automobile, dans l’aéronautique et prend une longueur d’avance dans les industries d’avenir. Le Maroc ne subit pas la mondialisation africaine, il l’anime.

Culture et soft power: l’attractivité face à l’opacité

Enfin, comment ne pas évoquer le soft power? La culture, les médias, le sport, la formation des élites africaines (médicales, militaires, religieuses) sont autant de champs de bataille où le Maroc marque des points constants. Des milliers d’étudiants africains formés dans les universités marocaines et l’aura de la diplomatie sportive, couronnée par l’organisation de grands rendez-vous continentaux et mondiaux, font du Royaume une «marque pays» hautement désirable et moderne. En face, l’opacité administrative algérienne, les bravades sans suite, les restrictions d’accès au territoire et un discours culturel souvent perçu comme rigide peinent à séduire les jeunes générations africaines connectées au monde.

Le verdict: qui gagne?

Alors, qui gagne? À court terme, l’Algérie conserve une force de frappe financière non négligeable grâce à ses hydrocarbures, mais elle gère un déclin d’influence structurel. Le Maroc, en revanche, a compris que la puissance au XXIe siècle ne se mesure pas à la quantité de barils de gaz sous terre, mais à la capacité d’un pays à se connecter, à innover et à inspirer.

En optant pour la projection là où l’Algérie a choisi le repli, le Maroc s’impose incontestablement comme le grand architecte de la dynamique ouest-africaine. Un triomphe du pragmatisme sur l’immobilisme qui redessine, pour longtemps, la carte des équilibres régionaux.

Par Boualem Sansal
Le 29/10/2026 à 12h01