Le Maroc poursuit le déploiement de sa stratégie portuaire avec deux projets complémentaires appelés à renforcer son positionnement dans le commerce maritime international. D’un côté, Tanger Med engage une nouvelle phase d’expansion, avec la réalisation du terminal Tanger Med 3 et un objectif de capacité globale de près de 20 millions de conteneurs par an. De l’autre, Nador West Med s’apprête à accueillir ses premières escales commerciales, ouvrant une nouvelle étape dans la constitution d’un pôle industrialo-portuaire, logistique et énergétique sur la façade méditerranéenne orientale.
Ces deux chantiers ont été au centre d’une séance de travail présidée par le roi Mohammed VI, mercredi 28 octobre au Palais royal de Rabat. Selon le communiqué du Cabinet royal, cette réunion a permis de faire le point sur l’état d’avancement des projets et les prochaines étapes de leur développement.
Leur ambition commune est de doter le Royaume d’un système portuaire performant, capable d’accompagner la recomposition des chaînes de valeur mondiales, d’attirer de nouveaux investissements et de consolider la compétitivité de l’économie nationale. Mais l’enjeu ne se limite pas aux volumes de marchandises traités ou aux capacités de transbordement. Il porte également sur la création de nouveaux écosystèmes industriels, la sécurisation des approvisionnements énergétiques et la diffusion des retombées économiques dans les territoires concernés.
Tanger Med 3, une nouvelle étape vers les 20 millions de conteneurs
Plus de deux décennies après le lancement de Tanger Med, le complexe portuaire poursuit sa montée en puissance. Le nouveau programme de développement vise à conforter son positionnement en Méditerranée et à porter ses capacités à près de 20 millions d’équivalents vingt pieds (EVP) par an au cours de la prochaine décennie, avec l’ambition d’intégrer le Top 10 mondial des ports à conteneurs.
Au cœur de cette nouvelle phase figure Tanger Med 3, dont les travaux doivent être lancés à partir de la fin octobre 2026. Situé à l’ouest du complexe existant, ce nouveau développement comprend la réalisation de 3.000 mètres de digues et d’un terminal à conteneurs, baptisé TC5, doté de 1.200 mètres linéaires de quais.
Le projet représente un investissement de 8 milliards de dirhams porté par Tanger Med. Le terminal affichera une capacité de traitement de 4,5 millions d’EVP par an, avec un potentiel pouvant atteindre 5 millions. Sa mise en service est prévue à la mi-2031.
Son développement et son exploitation ont été confiés à Maersk–APM, l’un des principaux acteurs mondiaux du transport maritime et de l’exploitation portuaire. La signature du contrat de concession traduit la volonté de s’appuyer sur des opérateurs internationaux de premier plan pour accompagner l’augmentation des capacités et renforcer l’attractivité du complexe.
Le port de Tanger Med.
L’extension ne se limite pas au TC5. Le développement du terminal TC6, au niveau de Tanger Med 2, doit apporter une capacité additionnelle de 1,6 million d’EVP. À ces projets s’ajoute l’extension du port passagers et rouliers, dont les travaux ont été lancés en décembre 2024. Cette opération doit permettre de porter progressivement la capacité du port à 1 million de camions TIR et à 7 millions de passagers par an, avec une mise en service prévue en 2029.
L’ensemble de ces aménagements s’inscrit dans un programme de développement plus large, mobilisant 36 milliards de dirhams, répartis entre 20 milliards d’investissements publics et 16 milliards d’investissements privés. Ce montant couvre plusieurs composantes du développement de Tanger Med et ne se limite donc pas au seul chantier du nouveau port.
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L’augmentation des capacités portuaires doit accompagner une nouvelle phase de développement industriel. L’objectif est de faire bénéficier l’économie nationale de la position stratégique du complexe, à proximité du détroit de Gibraltar et des principales routes maritimes reliant l’Europe, l’Afrique et les autres grandes régions économiques mondiales.
Selon les projections communiquées pour cette nouvelle phase, le développement de Tanger Med pourrait générer près de 100 milliards de dirhams d’investissements privés supplémentaires et contribuer à la création de 80.000 nouveaux emplois. Le volume d’affaires de la plateforme industrielle pourrait ainsi passer de 188 milliards de dirhams à près de 350 milliards à l’horizon 2035.
Ces perspectives restent conditionnées à la concrétisation des investissements annoncés, à l’implantation de nouvelles entreprises et à la montée en puissance des activités industrielles et logistiques. Elles illustrent néanmoins l’ambition poursuivie: dépasser la seule fonction de plateforme de transbordement pour consolider un écosystème productif tourné vers les marchés internationaux.
Dans un contexte marqué par la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement, les exigences de résilience logistique et la recherche d’une plus grande proximité entre les sites de production et les marchés de consommation, Tanger Med constitue un atout pour le Maroc. Sa connectivité maritime, sa proximité avec l’Europe et son environnement industriel peuvent contribuer à attirer de nouveaux projets, notamment dans les activités exportatrices.
Le développement du complexe s’inscrit ainsi dans une logique de complémentarité économique avec l’Europe, au-delà de la seule concurrence entre plateformes portuaires. Il s’agit pour le Royaume de renforcer sa capacité à accueillir des activités productives et à participer davantage à l’organisation des chaînes de valeur internationales.
Nador West Med, 54 milliards de dirhams pour un nouveau pôle économique
Sur la façade méditerranéenne orientale, Nador West Med doit constituer le second grand pilier de cette stratégie. Le complexe industrialo-portuaire a mobilisé, à ce jour, 54 milliards de dirhams d’investissements publics et privés, selon le communiqué du Cabinet royal.
Selon nos informations, cette enveloppe comprend 31 milliards de dirhams d’investissements publics et 23 milliards d’investissements privés. Elle couvre notamment 17 milliards de dirhams d’investissements publics et 23 milliards d’investissements privés consacrés aux infrastructures portuaires, ainsi que 14 milliards destinés aux infrastructures de connexion.
Conçu pour compléter l’offre de Tanger Med, Nador West Med associe un port en eau profonde, des terminaux spécialisés, des plateformes industrielles et logistiques et des infrastructures énergétiques. Son bassin nautique s’étend sur 260 hectares. L’offre portuaire doit permettre de traiter plusieurs catégories de flux, des conteneurs aux hydrocarbures, en passant par le gaz naturel liquéfié, les vracs solides, les marchandises diverses et le trafic roulier.
Le projet doit ainsi contribuer à renforcer la présence du Maroc dans les échanges maritimes tout en donnant une impulsion supplémentaire au développement de l’Oriental. Sa montée en puissance dépendra cependant de l’arrivée progressive des opérateurs, de l’ouverture des différents terminaux et de la capacité du territoire à accueillir les activités industrielles et logistiques qui leur sont associées.
Les premiers conteneurs attendus dès la fin octobre 2026
La première étape opérationnelle concerne le terminal à conteneurs Est. D’une capacité finale de 3,5 millions d’EVP par an, il dispose de 1.520 mètres linéaires de quai, d’un tirant d’eau de 18 mètres et de 70 hectares de terre-pleins. Sa première phase d’exploitation portera sur 720 mètres de quai.
Le terminal sera exploité par un groupement associant Marsa Maroc et MSC, premier armateur mondial, pour un investissement privé de plus de 5 milliards de dirhams. Les premières lignes maritimes sont déjà inscrites dans les programmes des armateurs et les premières escales commerciales sont prévues dès la fin octobre 2026.
Cette entrée en exploitation marque le passage progressif de Nador West Med de la phase de construction à celle de l’activité commerciale. La montée en charge du terminal devra permettre d’évaluer l’attractivité du site auprès des armateurs et sa capacité à capter de nouveaux flux.
Le port de Nador West Med.
Le terminal à conteneurs Ouest constituera la prochaine étape. Concédé au groupement Marsa Maroc–CMA CGM, troisième armateur mondial, il disposera de 900 mètres de quai, de 40 hectares de terre-pleins et d’un tirant d’eau de 18 mètres. Sa capacité atteindra 1,8 million d’EVP par an, pour un investissement privé de plus de 3 milliards de dirhams.
Les travaux de finalisation du quai se poursuivent, parallèlement à la livraison et à l’installation des équipements. La mise en service est prévue au deuxième trimestre 2027, avec les premières lignes maritimes programmées à compter de cette échéance.
À terme, les deux terminaux offriront une capacité cumulée de 5,3 millions d’EVP par an. Les investissements privés qui leur sont consacrés atteignent ainsi plus de 8 milliards de dirhams, conformément à l’enveloppe globale annoncée dans le communiqué royal.
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La spécificité de Nador West Med réside également dans sa composante énergétique. Le complexe doit accueillir des infrastructures dédiées aux hydrocarbures, aux produits pétroliers et au gaz naturel liquéfié, avec une mise en exploitation progressive annoncée à partir de la mi-2027 pour les installations énergétiques.
Les postes dédiés aux hydrocarbures disposeront d’une capacité de traitement pouvant atteindre 25 millions de tonnes par an. Ils seront adossés à une zone de stockage de 170 hectares, dont une première tranche de 82 hectares est achevée. Plusieurs opérateurs ont déjà manifesté leur intérêt pour y développer leurs activités, représentant une superficie de près de 50 hectares.
Le potentiel de stockage de l’ensemble de la zone pourrait atteindre 4 millions de mètres cubes. Les superficies déjà aménagées doivent permettre d’accueillir progressivement les premiers opérateurs et de préparer la montée en puissance des activités de stockage et de manutention.
Le terminal de gaz naturel liquéfié disposera, pour sa part, de 360 mètres linéaires de quai et d’une capacité de traitement pouvant atteindre 5 milliards de mètres cubes par an. Il doit renforcer les capacités logistiques énergétiques du Royaume et diversifier ses infrastructures d’approvisionnement.
Une offre diversifiée
Nador West Med ne se limite pas aux conteneurs et à l’énergie. Plusieurs autres terminaux doivent élargir la gamme des marchandises traitées et accompagner la diversification des flux commerciaux.
Le terminal dédié aux vracs solides disposera de 360 mètres linéaires de quai et d’une capacité de traitement de 7 millions de tonnes par an. Sa livraison au concessionnaire est prévue en juin 2027.
Le terminal de marchandises diverses, concédé à Marsa Maroc, disposera de 540 mètres linéaires de quai, de 22 hectares de terre-pleins et d’un tirant d’eau de 18 mètres. D’une capacité de 3 millions de tonnes par an, il représente un investissement privé de 2 milliards de dirhams. Sa mise en exploitation est prévue en décembre 2028.
Le complexe prévoit également un terminal roulier d’une capacité annoncée de 400.000 unités, avec 380 mètres de quai. Sa mise en service était programmée pour septembre 2026.
Cette diversité doit permettre à Nador West Med de répondre aux besoins de plusieurs segments du transport maritime et de la logistique. Elle constitue aussi un levier pour attirer des activités industrielles et commerciales dont le développement dépend de la disponibilité d’infrastructures spécialisées.
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La réussite de Nador West Med dépendra largement de son intégration aux corridors économiques nationaux. Le développement des quais et des terminaux ne pourra produire tous ses effets que si les marchandises peuvent être acheminées efficacement entre le port, les zones industrielles et les marchés de l’intérieur du pays.
Le programme de connexion comprend une liaison ferroviaire de 49 kilomètres entre Selouane et Nador West Med, dont la mise en service est prévue en 2028. Une liaison autoroutière de 105 kilomètres entre Guercif et le port doit, quant à elle, être mise en service en juin 2029.
En parallèle, un programme de mise à niveau de 280 kilomètres de réseau routier est en cours de réalisation, dont 210 kilomètres sont déjà achevés.
Ces infrastructures doivent faciliter le transport des marchandises, améliorer la desserte des zones économiques environnantes et élargir l’arrière-pays du complexe. Elles sont également appelées à contribuer au désenclavement de certaines zones et à renforcer les connexions entre l’Oriental et les principaux corridors économiques du Royaume.
L’enjeu est de faire de Nador West Med davantage qu’un site portuaire isolé. Un pôle intégré à son environnement économique, capable de stimuler l’investissement, d’attirer de nouvelles activités et de favoriser l’émergence de fournisseurs et de prestataires locaux.
L’Oriental face au défi de la création d’emplois
La dimension industrielle du projet est déjà amorcée. La zone industrielle de Nador West Med est opérationnelle et accueille une première usine en activité, tandis que trois autres sont en cours de construction. Ces trois projets représentent, selon nos informations, près de 12 milliards de dirhams d’investissements.
L’arrivée progressive de nouveaux investisseurs et le développement d’activités adossées au port doivent amplifier cette dynamique. Les perspectives concernent les services logistiques, les opérations industrielles, le stockage, la manutention et les activités liées à l’énergie, mais aussi les entreprises qui fourniront des biens et des services aux opérateurs du complexe.
À court terme, Nador West Med devrait permettre la création de 14.000 emplois directs et de 20.000 emplois indirects. À l’horizon 2035-2036, les projections font état de près de 50.000 emplois directs et de 90.000 emplois directs et indirects au total.
Ces chiffres correspondent à des objectifs liés à la montée en puissance progressive du complexe, et non à des emplois déjà créés. Leur concrétisation dépendra notamment du rythme d’installation des entreprises, du développement des activités industrielles et logistiques et de la disponibilité des compétences nécessaires.
C’est précisément sur ce point que le roi Mohammed VI a insisté lors de la séance de travail du 28 octobre. Le Souverain a souligné l’impératif de faire bénéficier l’ensemble des provinces concernées des retombées économiques et sociales de ces investissements, avec des améliorations tangibles pour les populations locales. Il a également appelé à accélérer la mise en œuvre de programmes de formation adaptés aux besoins des activités émergentes afin de favoriser l’insertion professionnelle des jeunes.
L’enjeu sera donc de transformer les investissements en débouchés professionnels et économiques concrets, notamment pour les jeunes et les entreprises de la région. Le renforcement des compétences, l’intégration des PME et des TPME dans les chaînes de sous-traitance et l’amélioration des infrastructures locales seront déterminants pour éviter que le complexe ne fonctionne comme une enclave économique déconnectée de son territoire.










