Exportations: la part de l’automobile bondit de 25% à 35% en dix ans

Des milliers de véhicules destinés à l'export stationnent sur les quais du port Tanger Med, principale plateforme logistique de l'industrie automobile marocaine.

Le Maroc renforce sa position de puissance automobile. De 25,1% des exportations nationales en 2015, la part du secteur est passée à 34,68% à fin août 2026, avec des ventes à l’étranger en hausse de 14,5%. Premier producteur et exportateur de véhicules du continent africain, le Royaume s’appuie sur un écosystème industriel intégré, une capacité installée d’un million de véhicules et des infrastructures logistiques tournées vers les marchés internationaux.

Le 29/10/2026 à 10h45

Le dynamisme des exportations marocaines repose en grande partie sur l’automobile, comme en témoignent les chiffres de la décennie écoulée. Les exportations marocaines ont plus que doublé en dix ans, passant de 218 milliards de dirhams (MMDH) en 2015 à 470 MMDH en 2025, soit une progression de 115,6%, selon le rapport annuel du commerce extérieur publié récemment par l’Office des changes.

Sur la même période, les ventes automobiles à l’étranger ont augmenté de 191,3%, pour atteindre 159,2 MMDH, contre 54,7 MMDH dix ans auparavant. Le secteur a ainsi généré 104,6 MMDH de recettes supplémentaires à l’export, représentant 41,5% de la hausse totale des exportations marocaines sur la décennie.

Cette évolution a profondément modifié la structure des ventes du Royaume à l’international. La part de l’automobile dans les exportations totales est passée de 25,1% en 2015 à 33,9% en 2025, soit un gain de 8,8 points. À fin août 2026, cette proportion atteint 34,68%, avec des exportations automobiles en hausse de 14,5%, à 116,14 MMDH.

L’automobile devance ainsi les autres grands secteurs exportateurs. Les phosphates et dérivés occupent la deuxième place, avec 99,8 MMDH d’exportations en 2025, devant l’agroalimentaire, dont les ventes à l’étranger se sont établies à 86,83 MMDH. Cette prépondérance traduit la montée en puissance d’une industrie qui s’appuie sur des constructeurs, des équipementiers et des activités de production de plus en plus diversifiées.

Évolution annuelle des exportations du secteur de l’automobile en millions de dirhams (Source: Office des changes).

20152017201920222025
Construction24.67931.57533.89955.14961.389
Câblage23.09526.52434.93138.56560.464
Powertrain6201.2692.6079.08612.332
Total automobile54.66467.74081.565116.656159.228

L’analyse de l’évolution des exportations automobiles durant la décennie écoulée montre que leur progression a été constante entre 2015 et 2019, avant un recul en 2020. Le secteur a ensuite rebondi en 2021 et a enregistré une évolution soutenue en 2022. L’année 2023 a marqué une accélération, avec des ventes en hausse de 28,3%, à 149,7 MMDH, alors que les exportations marocaines tous secteurs confondus n’augmentaient que de 0,37%. La part de l’automobile a ainsi bondi de 27,2% en 2022 à 34,8% en 2023, avant d’atteindre 35% en 2024.

En 2025, le secteur a toutefois marqué le pas. Ses exportations ont légèrement reculé de 0,2%, à 159,2 MMDH, tandis que les exportations nationales progressaient de 3%. Ce repli n’a pas remis en cause le changement de dimension enregistré sur dix ans. Les données à fin août 2026 confirment une reprise, portée notamment par la construction automobile, le câblage et le segment de l’extérieur (qui regroupe notamment les pièces de carrosserie et d’habillage).

Premier producteur de véhicules en Afrique

Le poids grandissant de l’automobile dans les exportations accompagne la montée en puissance des capacités industrielles du Royaume. En 2024, le Maroc est devenu, pour la première fois, le premier producteur de véhicules du continent, avec près de 614.000 unités, contre environ 591.000 pour l’Afrique du Sud, selon Fitch Solutions.

Ce basculement est le résultat d’une stratégie industrielle déployée sur plus de quinze ans. L’écosystème marocain s’articule autour de deux grands constructeurs, Renault, présent à Casablanca et à Tanger, et Stellantis, implanté à Kénitra. À leurs côtés, un réseau de fournisseurs spécialisés intervient dans le câblage, les pièces mécaniques, les moteurs et les équipements intérieurs.

Les objectifs d’expansion des deux constructeurs et les projets liés à l’électrification constituent de nouveaux leviers de croissance. Le Maroc dispose d’une capacité industrielle installée d’environ un million de véhicules, ainsi que d’un tissu industriel couvrant plusieurs activités, de la fabrication automobile aux composants mécaniques, en passant par le câblage et les équipements intérieurs.

À l’inverse, l’industrie automobile sud-africaine doit composer avec des difficultés logistiques, notamment au niveau des ports et du fret ferroviaire, ainsi qu’avec la progression des importations. Ces contraintes pèsent sur la compétitivité de son appareil productif, alors que le Maroc renforce ses capacités de production et son intégration dans les chaînes d’approvisionnement internationales.

La domination marocaine se confirme également sur le front des exportations. En 2025, le Royaume a exporté 454.443 véhicules, contre 414.271 pour l’Afrique du Sud. Les deux pays demeurent les principaux exportateurs de véhicules du continent, avec respectivement 52,31% et 47,69% des volumes exportés.

Le taux d’exportation de la production automobile marocaine atteint 90,53%, contre 67,02% pour l’Afrique du Sud. Cette différence illustre l’orientation du modèle marocain vers les marchés extérieurs, en particulier européens, qui absorbent environ 80% des expéditions du pays.

Plus de 70 pays à l’export

Les véhicules fabriqués au Maroc sont commercialisés dans plus de 70 pays. Parmi les modèles produits localement figurent notamment les Dacia Sandero et Logan, la Renault Kardian, la Peugeot 208, ainsi que les petits véhicules électriques Citroën Ami et Opel Rocks-e. Cette diversité de modèles s’inscrit dans un dispositif industriel qui associe production de véhicules et fabrication de composants.

La proximité géographique avec l’Union européenne constitue l’un des atouts de cette organisation. Les accords de libre-échange conclus avec de nombreux partenaires et les infrastructures logistiques renforcent également l’attractivité du Royaume pour les constructeurs et les équipementiers. Ces facteurs facilitent l’accès aux marchés et l’organisation des flux de production et d’expédition.

Le port Tanger Med occupe une place centrale dans ce dispositif. En effet, en 2025, ses deux terminaux dédiés aux véhicules ont manutentionné 327.569 véhicules Renault et 126.874 véhicules Stellantis. Ces volumes illustrent le rôle de la plateforme portuaire dans l’acheminement des véhicules produits au Maroc vers les marchés internationaux.

L’industrie automobile marocaine met également à profit les incitations à l’investissement et la stabilité du cadre industriel qu’offre le Maroc. Le développement des capacités de production de véhicules électriques représente également un enjeu stratégique, alors que les constructeurs accélèrent la transformation de leurs gammes.

La montée en puissance de l’automobile repose notamment sur la construction de véhicules et le câblage. Entre 2015 et 2025, les exportations de la construction automobile ont progressé de 148,7%, s’élevant à 61,4 MMDH, celles du câblage ont connu une hausse de 161,8% à 60,5 MMDH en 2025, en hausse de 161,8%. À fin août 2026, les ventes du segment de la construction ont progressé de 19% à 44,74 MMDH et celles du segment du câblage se sont accrues de 13,9% à 44,77 MMDH.

Le segment du powertrain (groupe motopropulseur) complète cette structure industrielle. Ses exportations sont passées de 620 millions de dirhams en 2015 à 12,3 MMDH en 2025, soit une multiplication par près de vingt. À fin août 2026, les exportations du segment de l’extérieur ont, pour leur part, augmenté de 43,6%, à 3,76 MMDH.

La France, premier client du Maroc

Quant à la destination des exportations automobiles, leur répartition géographique révèle la prépondérance des marchés européens. En effet, en 2025, la France a conservé sa position de premier marché pour les voitures de tourisme marocaines, avec 16,54 MMDH d’exportations, soit 28% du total.

La répartition des exportations automobiles marocaines par pays de destination en MDH (source: Office des changes).

Pays202320242025Part %
France20.53719.05816.54328
Italie10.17212.6688.57414,5
Espagne7.1106.8186.78511,5
Allemagne3.9296.0685.2338,9
Turquie5.5053.5543.7326,3
Autres pays17.52419.83218.24730,9
Total64.77767.99859.113100

L’Italie arrive en deuxième position, avec une part de 14,5%, devant l’Espagne, qui représente 11,5% des exportations. L’Allemagne occupe le quatrième rang, et avec 8,9% la Turquie ferme le top 5 avec une part à 6,3%.

Ces cinq marchés illustrent le poids des débouchés européens dans les ventes marocaines de voitures de tourisme. La proximité géographique, les infrastructures logistiques et l’intégration des constructeurs et des équipementiers dans les chaînes de valeur internationales contribuent à soutenir ces échanges.

La progression des exportations automobiles permet ainsi au Maroc de diversifier ses débouchés commerciaux tout en renforçant le poids de l’industrie dans ses ventes à l’étranger. Avec une capacité installée d’environ un million de véhicules et une part de 34,68% des exportations nationales à fin août 2026, le secteur occupe désormais une place centrale dans le commerce extérieur du Royaume.

Par Lahcen Oudoud
Le 29/10/2026 à 10h45