Industrie automobile: pourquoi le Maroc doit accélérer sa transition vers l’électrique, selon BAM

Des milliers de véhicules destinés à l'export stationnent sur les quais du port Tanger Med, principale plateforme logistique de l'industrie automobile marocaine.

Face au durcissement des normes environnementales, à la montée en puissance de la Chine et au regain du protectionnisme, l’industrie automobile mondiale connaît une profonde recomposition. Dans son rapport annuel 2025, Bank Al-Maghrib estime que ces mutations affectent également le Maroc qui, malgré son statut de premier exportateur automobile d’Afrique, devra accélérer sa transition vers les véhicules électrifiés pour préserver sa compétitivité.

Le 27/07/2026 à 13h26

L’industrie automobile mondiale traverse une période de profondes mutations, marquée par le durcissement des exigences environnementales dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, l’intensification de la concurrence internationale et la montée du protectionnisme. Autant de facteurs qui ne sont pas sans répercussions sur cette branche industrielle au Maroc, souligne Bank Al-Maghrib (BAM) dans son rapport annuel 2025.

Comme l’explique le rapport, depuis l’adoption de l’Accord de Paris en 2015, de nombreux pays ont progressivement intégré les impératifs climatiques dans leurs politiques publiques. En Europe, le cadre réglementaire applicable au secteur automobile a ainsi été progressivement renforcé afin de décarboner le transport routier, dans la perspective d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.

Dans ce contexte, des objectifs ambitieux de réduction des émissions de CO₂ des véhicules neufs ont été fixés dans le cadre du «Pacte vert pour l’Europe» et du «Règlement (UE) 2019/631», adopté en 2019 puis révisé en 2023 dans le cadre du paquet législatif «Fit for 55». Face aux difficultés rencontrées par l’industrie, la Commission européenne a toutefois présenté, en décembre 2025, un «paquet automobile» assouplissant les normes d’émission à l’horizon 2035, tout en maintenant l’objectif de neutralité carbone.

Parallèlement, poursuit Bank Al-Maghrib, la montée en puissance de la Chine sur le segment des véhicules à énergie nouvelle (NEV), portée par des politiques publiques incitatives et d’importants investissements en recherche et développement, s’est traduite par une surcapacité de production.

Cette dynamique a permis au géant asiatique de renforcer sa présence sur les marchés internationaux, notamment en Europe. Pour contenir cette offensive, l’Union européenne (UE) a instauré en 2024, pour une durée de cinq ans, des droits compensatoires allant de 7,8% à 35,3%, selon les constructeurs, sur les importations de véhicules électriques à batterie en provenance de Chine.

Exportations nationales du segment de la construction automobile (Source: BAM)

Et ce n’est pas tout. Bank Al-Maghrib relève également une montée du protectionnisme et une intensification des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis. Pour la filière automobile, ces évolutions se traduisent par une hausse des coûts de production, mais aussi par des perturbations et une reconfiguration des chaînes d’approvisionnement.

Au Maroc, souligne la Banque centrale, l’industrie automobile s’est progressivement imposée comme un pôle majeur en Afrique, portée par l’implantation de grands constructeurs internationaux et le développement d’un écosystème réunissant de nombreux équipementiers. Le secteur franchit aujourd’hui une nouvelle étape avec l’attraction d’investissements dans la fabrication de batteries électriques et la création de centres de recherche et développement (R&D), dans l’objectif de positionner le Royaume parmi les acteurs mondiaux de la production de véhicules électrifiés.

Une concurrence chinoise de plus en plus forte

Selon les données de Bank Al-Maghrib, les exportations de l’industrie automobile ont progressé à un rythme annuel moyen de 11,8% entre 2014 et 2025. Le secteur s’est ainsi hissé au premier rang des exportations marocaines, représentant 33% du total en 2025. Cette performance reflète la forte dynamique des segments du câblage et de la construction automobile, qui concentrent respectivement 37% et 40% des exportations du secteur.

Afin d’évaluer le positionnement du Maroc sur le marché européen, les auteurs du rapport ont comparé les exportations en volume de voitures de tourisme du Royaume avec celles de ses principaux concurrents: l’Espagne, la Turquie, la Roumanie, la Pologne, la Slovénie, la Hongrie et l’Afrique du Sud. Ces pays ont été retenus en raison d’un niveau d’exportations relativement proche de celui du Maroc et d’une forte orientation de leurs ventes vers l’Union européenne. L’Espagne, dont les exportations atteignent 1,4 million de véhicules, soit un volume nettement supérieur à celui du Royaume, a néanmoins été intégrée à l’analyse en raison de sa concurrence directe avec le Maroc sur certains segments produits par Stellantis.

Importations européennes de voitures de tourisme par principaux pays concurrents du Maroc (en volume) (Source: BAM)

Total UE12.902.8016,33,3
Chine839.3720,76,57,116,0
Espagne1.316 .7711,610,26,6-2,5
Turquie546.2104,74,211,24,0
Roumanie467.0351,93,614,4-3,3
Maroc405.0711,63,215,3-1,5
Slovénie324.3642,12,55,642,0
Pologne307.1222,82,44,45,0
Hongrie285.8302,82,25,05,1
Afrique du Sud166.5431,11,327,41,8

Il ressort de cette comparaison que durant la période pré-pandémique (2014-2019), les importations de l’UE en provenance de ces pays avaient enregistré des augmentations soutenues. Mais au cours des trois dernières années (2023-2025), des trajectoires nettement divergentes sont apparues, indique BAM. Ces évolutions, explique-t-elle, traduisent à la fois la réorientation progressive de la demande européenne vers des modèles moins polluants et la montée de la concurrence chinoise, dont la part dans les importations automobiles de l’Union est passée, entre les deux périodes, de 0,7% en moyenne à 6,5% globalement, et de 14% à 20% pour le seul segment électrique.

Selon les données d’Eurostat citées par la Banque centrale, les exportations du Maroc, de la Roumanie et de l’Afrique du Sud vers l’UE, qui restent concentrées à près de 90% sur le segment thermique, ont connu une nette décélération. En effet, le Maroc et la Roumanie affichent des taux de variation annuels moyens négatifs de -1,5% et -3,3% respectivement, contre 15,3% et 14,4% lors de la période 2014-2019. L’Afrique du Sud a, quant à elle, enregistré un ralentissement considérable, sa croissance passant de 27,4% à 1,8%.

Même l’Espagne, où la part des véhicules thermiques dans les exportations est tombée de 99% à 67%, a vu la croissance de ses exportations ralentir, passant de 6,6% lors de la période précédente à 2,5%. La progression des motorisations hybrides n’a compensé que partiellement le recul des véhicules thermiques.

Importations européennes de voitures de tourisme par principaux pays concurrents et type de motorisation (en volume, moyenne 2023-2025) (Source: BAM)

En revanche, la Slovénie a connu une accélération notable, sa progression passant de 5,6% à 42%, portée par les véhicules à motorisations alternatives, qui représentent désormais la moitié de ses exportations contre seulement 2% lors de la période pré-pandémique.

La Hongrie a, quant à elle, enregistré une légère hausse, de 5% à 5,1%, tirée par le segment électrique, alors que la Pologne est passée de 4,4% à 5%, en lien avec l’augmentation des motorisations hybrides.

De son côté, la Turquie, dont la part des véhicules à motorisations alternatives s’est renforcée de 11% à 35%, a maintenu une hausse de ses ventes, quoiqu’en décélération, celle-ci passant de 11,2% à 4%.

Un contexte international complexe

À moyen terme, souligne Bank Al-Maghrib dans son rapport annuel 2025, le secteur automobile marocain devrait continuer à évoluer dans un environnement international complexe, marqué par une intensification de la concurrence sur le marché européen, notamment de la part de la Chine, mais aussi d’autres entrants à mesure que l’UE diversifie ses partenaires commerciaux (Mercosur, Inde, entre autres).

De surcroît, ajoute-t-elle, la montée du protectionnisme devrait se poursuivre avec un recours accru à des mesures visant à soutenir la compétitivité de l’industrie automobile européenne, comme l’illustre le projet de loi, connu sous le nom d’Industrial Accelerator Act (IAA), présenté en mars 2026 par la Commission européenne, destiné à favoriser les produits fabriqués en Europe.

Toutefois, conclut Bank Al-Maghrib dans son analyse, «en dépit de ce contexte, l’industrie automobile nationale devrait pouvoir poursuivre son développement et préserver sa compétitivité grâce aux efforts consentis en termes d’attractivité des investissements directs étrangers dans les segments stratégiques, ainsi qu’à l’orientation vers l’électrification et le renforcement du contenu local des exportations».

Par Lahcen Oudoud
Le 27/07/2026 à 13h26