La décision de Jiangsu Yunyi Electric d’implanter sa première base industrielle marocaine constitue un nouveau signal de l’attractivité croissante du Royaume auprès des industriels chinois. Selon une annonce officielle publiée par la société auprès de la Bourse de Shenzhen, le groupe a achevé, le 3 juillet, les formalités administratives permettant la création de sa filiale intégralement détenue, Yunyi Technology Morocco. L’investissement, évalué à 462,66 millions de yuans, soit près de 66 millions de dollars, sera financé sur fonds propres et couvrira l’ensemble des infrastructures nécessaires au lancement de l’activité industrielle.
Au-delà de son montant, cette opération illustre une tendance plus profonde. Les équipementiers chinois ne recherchent plus uniquement des sites de production compétitifs; ils cherchent désormais à rapprocher leurs capacités industrielles de leurs principaux marchés. Le Maroc répond précisément à cette logique en offrant un accès rapide à l’Europe, une stabilité institutionnelle, des accords de libre-échange étendus et un environnement industriel déjà structuré autour de la filière automobile.
La future usine fabriquera plusieurs composants stratégiques destinés aux véhicules, notamment des régulateurs d’alimentation électrique, des redresseurs d’alternateurs, des systèmes d’essuie-glaces ainsi que d’autres équipements automobiles. Le projet prévoit également des activités de commerce international et d’import-export, sous réserve de la validation définitive de son objet social.
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Ce choix n’est pas anodin. Depuis plusieurs années, le Maroc s’efforce de faire évoluer son industrie automobile d’une logique d’assemblage vers une intégration plus poussée des équipements et des composants à plus forte valeur ajoutée. L’arrivée de fournisseurs spécialisés contribue à densifier progressivement cet écosystème et réduit la dépendance vis-à-vis des importations de certaines pièces techniques.
Selon les données du ministère de l’Industrie et du Commerce, l’automobile demeure le premier secteur exportateur du Royaume, avec plus de 157 milliards de dirhams d’exportations en 2025. Cette performance repose désormais autant sur les constructeurs que sur un réseau d’équipementiers internationaux dont la montée en gamme constitue l’un des principaux leviers de compétitivité.
Le Maroc bénéficie de la recomposition des chaînes de production mondiales
Le choix de Yunyi Electric intervient dans un contexte de profondes mutations de l’industrie mondiale. Les tensions géopolitiques, les perturbations logistiques observées depuis la pandémie et la volonté des industriels de sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement conduisent de nombreuses entreprises asiatiques à multiplier les implantations régionales.
Pour les groupes chinois, cette stratégie permet de contourner les risques liés aux échanges commerciaux internationaux tout en réduisant les délais de livraison vers leurs principaux clients européens. Le Maroc apparaît ainsi comme une solution de proximité, capable d’offrir des coûts de production compétitifs sans renoncer aux standards industriels exigés par les grands constructeurs automobiles.
Cette évolution dépasse d’ailleurs le seul secteur automobile. Elle traduit l’émergence du Royaume comme plateforme industrielle intermédiaire entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique, un positionnement renforcé par les infrastructures portuaires de Tanger Med, régulièrement classé parmi les principaux hubs maritimes de la Méditerranée.
Tanger Tech devient l’un des principaux pôles chinois hors d’Asie
L’arrivée de Yunyi Electric s’inscrit dans une dynamique désormais continue. La Cité Mohammed VI Tanger Tech concentre une part croissante des investissements chinois liés à la mobilité électrique et aux nouvelles technologies industrielles.
En mai 2024, Hailiang et Shinzoom avaient annoncé un investissement cumulé de 910 millions de dollars dans des projets liés aux batteries destinées aux véhicules électriques. Quelques mois plus tard, BTR New Material Group lançait un projet de fabrication de matériaux pour cathodes et anodes représentant près de 6 milliards de dirhams d’investissements et plus de 1.150 emplois directs annoncés par les autorités marocaines.
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La dynamique s’est poursuivie en février 2026 avec l’annonce de Shanghai Ingin Auto Technology, qui a choisi Tanger Tech pour implanter sa première usine hors de Chine grâce à un investissement supérieur à 200 millions de dirhams.
Pris individuellement, chacun de ces projets répond à une logique industrielle spécifique. Observés dans leur ensemble, ils dessinent toutefois une évolution plus structurelle: Tanger Tech devient progressivement un point de concentration des investissements chinois couvrant plusieurs segments de la chaîne de valeur de la mobilité électrique, depuis les matériaux pour batteries jusqu’aux composants automobiles.
Une stratégie industrielle qui conforte le positionnement du Maroc
Cette concentration d’investissements traduit également l’efficacité de la stratégie industrielle conduite par le Royaume depuis plus d’une décennie. La combinaison d’infrastructures logistiques performantes, d’une offre foncière intégrée, d’un réseau de formation industrielle et d’un cadre d’investissement stable crée un environnement favorable aux projets à forte intensité capitalistique.
Pour Yunyi Electric, le Maroc réunit plusieurs avantages compétitifs: proximité géographique avec l’Europe, régime fiscal attractif, disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée et présence d’un tissu de fournisseurs déjà constitué. L’entreprise explique ainsi vouloir utiliser son site marocain comme principale plateforme de développement de ses activités internationales hors de Chine.
Cette stratégie répond également aux ambitions du Royaume de renforcer son intégration dans les chaînes mondiales de valeur à travers des activités industrielles de plus en plus technologiques. L’enjeu n’est plus seulement d’attirer des investissements étrangers, mais d’accroître progressivement la valeur ajoutée produite localement et de favoriser les transferts de compétences vers l’industrie nationale.
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Plusieurs paramètres du projet restent néanmoins à préciser. Yunyi Electric n’a pas communiqué la superficie du terrain retenu, la capacité annuelle de production, le calendrier précis de mise en service de l’usine ni le volume d’emplois qui accompagnera cette implantation.
Le groupe demeure par ailleurs confronté à un environnement économique moins favorable sur son marché domestique. Au premier trimestre 2026, son chiffre d’affaires s’est établi à 487,94 millions de yuans, en recul de 6,6% sur un an, tandis que son bénéfice net attribuable aux actionnaires a diminué de 27,7%, à 70,33 millions de yuans. L’entreprise souligne d’ailleurs que l’investissement marocain ne devrait pas produire d’effet significatif sur ses résultats financiers à court terme.
Cette prudence financière n’altère toutefois pas la portée stratégique de l’opération. Elle confirme que les investissements industriels répondent désormais à des logiques de long terme, privilégiant le repositionnement géographique des capacités de production plutôt qu’une rentabilité immédiate.




