Automobile: les exportations bondissent de 17,4% à 93,65 milliards de dirhams au premier semestre

Des milliers de véhicules destinés à l'export stationnent sur les quais du port Tanger Med, principale plateforme logistique de l'industrie automobile marocaine.

Après le repli enregistré en 2025, le secteur automobile retrouve une solide dynamique en 2026 et conforte son statut de premier pôle exportateur du Maroc. À fin juin, ses exportations ont progressé de 17,4% pour atteindre 93,65 milliards de dirhams, selon les dernières statistiques de l’Office des changes. Une performance qui place largement le secteur devant les autres secteurs exportateurs, tels que l’agriculture et l’agroalimentaire, ainsi que les phosphates et leurs dérivés.

Le 03/08/2026 à 09h45

Le secteur automobile marocain confirme son redressement en 2026 après un creux en 2025 et conforte sa place de premier secteur exportateur du pays. Les exportations du secteur ont, en effet, enregistré un bond de 17,4%, s’élevant à 93,65 milliards de dirhams (MMDH) au premier semestre 2026, selon les dernières statistiques de l’Office des changes sur les échanges extérieurs. Cette performance place le secteur loin devant les autres pôles exportateurs du Royaume, notamment l’agriculture et l’agroalimentaire (52,38 MMDH) ou encore les phosphates et dérivés (45,42 MMDH).

Cette dynamique s’inscrit dans un contexte où les exportations globales de biens du Maroc se sont établies à 260,39 MMDH à fin juin 2026, en hausse de 9,7% par rapport à la même période de 2025. L’automobile représente ainsi plus du tiers des exportations marocaines de marchandises, confirmant le poids structurant de la filière dans les échanges extérieurs du pays.

La ventilation par segment fait ressortir une contribution différenciée des trois composantes du secteur. La construction automobile arrive en tête avec 37,93 MMDH de recettes à l’export, en accroissement de 26,7%. Il s’agit du segment qui tire le plus fortement la performance globale du secteur à la hausse. Le câblage automobile, avec des exportations de 35,05 MMDH, enregistre une progression de 13,9% et se positionne comme le deuxième contributeur en valeur absolue.

Le segment de l’extérieur automobile, le plus modeste en volume, affiche paradoxalement la plus forte progression: +49,9%, à 2,95 MMDH. Bien que sa contribution en valeur reste limitée comparée aux deux autres segments, cette évolution traduit une dynamique de croissance très marquée.

Au total, la somme des trois segments, construction, câblage et extérieur, montre que la croissance des exportations automobiles repose sur une base large.

Cette performance s’inscrit néanmoins dans un secteur automobile mondial en pleine mutation. Bank Al-Maghrib (BAM), dans son rapport annuel 2025, relève un durcissement des normes environnementales dans le sillage de l’Accord de Paris et du Pacte vert européen.

Ainsi, relève BAM, l’Europe maintient son objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 malgré un assouplissement temporaire des émissions prévu en 2025. À cela s’ajoute la montée en puissance de la Chine dans les véhicules à énergie nouvelle (NEV), portée par des investissements massifs et des surcapacités, qui a conduit l’Union européenne (UE) à instaurer des droits compensateurs allant jusqu’à 35,3% sur les importations de véhicules électriques chinois.

La concurrence s’exacerbe

Par ailleurs, poursuit la Banque centrale, les tensions sino-américaines et la montée du protectionnisme perturbent les chaînes d’approvisionnement et alourdissent les coûts de production à l’échelle mondiale, un facteur identifié comme structurant pour l’ensemble des constructeurs et équipementiers.

Sur le marché marocain, l’industrie automobile s’est imposée comme le premier secteur à l’export, représentant 33% des ventes totales en 2025, avec une croissance annuelle moyenne de 11,8% entre 2014 et 2025, portée notamment par le câblage et la construction. Une comparaison des exportations de voitures de tourisme vers l’UE avec les principaux pays concurrents, Espagne, Turquie, Roumanie, Pologne, Slovénie, Hongrie et Afrique du Sud, révèle toutefois des trajectoires divergentes depuis 2023.

Le Maroc, au même titre que la Roumanie et l’Afrique du Sud, reste concentré à près de 90% sur les motorisations thermiques. Ses ventes sur le marché communautaire ont connu un net ralentissement, avec une baisse de 1,5% par an contre une hausse de 15,3% avant la pandémie. À l’inverse, la Slovénie, la Hongrie ou la Pologne, qui ont accru la part des motorisations hybrides ou électriques dans leur offre, ont maintenu ou amélioré leurs progressions. L’Espagne, de son côté, voit son recul du thermique partiellement compensé par l’hybride. BAM explique cette évolution à la fois par la réorientation de la demande européenne vers des modèles moins polluants et par la montée des importations chinoises, dont la part dans l’UE est passée de 0,7% à 6,5%, toutes motorisations confondues.

Un avenir prometteur pour l’automobile marocaine

À moyen terme, la Banque centrale anticipe un environnement international toujours plus concurrentiel, avec une pression accrue de la Chine et de nouveaux entrants comme le Mercosur et l’Inde, ainsi qu’un protectionnisme européen renforcé, illustré par le projet d’Industrial Accelerator Act destiné à favoriser la production locale sur le continent.

Malgré ces défis, BAM estime que l’industrie automobile marocaine peut poursuivre son développement et préserver sa compétitivité. Cette trajectoire reposerait sur l’attraction d’investissements étrangers dans les batteries électriques et les centres de R&D, sur l’orientation vers l’électrification et sur le renforcement du contenu local des exportations. Ces leviers devraient permettre au Royaume de se positionner durablement sur la carte mondiale de la production de véhicules électrifiés, tout en s’adaptant aux mutations technologiques et géopolitiques qui redessinent le secteur.

Par Lahcen Oudoud
Le 03/08/2026 à 09h45