Le Maroc occupe une place centrale dans l’histoire des origines d’Homo sapiens-Homme moderne. Si l’Homme moderne, nom désormais donné à Homo Sapiens ou Cro-Magnon, apparaît il y a environ 150.000 ans, le Maroc a quant à lui connu des Hommes modernes dits «archaïques» datés entre 400.000 et 200.000 ans. Or ceux-ci pourraient être les intermédiaires entre Homo erectus dont les derniers représentants semblent disparaître il y a + - 300.000 ans, et l’Homme moderne «authentique».
L’âge des fossiles du Jbel Irhoud, dans la région de Marrakech a longtemps été sous-évalué. D’abord estimé à environ 30.000 ans, il fut réévalué à 160.000 ans en 2007. Puis, en 2017, des datations faites avec des procédés nouveaux ont établi que ces Homo sapiens vivaient il y a environ 315.000 ans, repoussant ainsi de 100.000 ans l’ancienneté connue de notre espèce.
Ces découvertes et ces datations majeures faites au Maroc montrent que l’évolution de l’Homme moderne est un processus qui s’est étalé sur plusieurs centaines de milliers d’années et qu’il ne fut pas cantonné au seul est africain. Certes, les fossiles marocains ne sont pas encore ceux d’Homo sapiens-Homme moderne au sens strict, mais, et là est la grande nouveauté scientifique, ils présentent des formes ancestrales proches de la racine de notre lignée. Leurs datations varient entre 315.000 ans (Jbel Irhoud) et 773.000 ans (Grotte à Hominidés).
Contrairement à l’hypothèse de son origine africaine et même est-africaine unique, les découvertes qui s’additionnent semblent montrer que l’Homme moderne apparaîtrait simultanément en plusieurs lieux du globe. Dans ces conditions, l’Homme moderne asiatique, l’Homme moderne africain et peut-être même l’Homme moderne européen descendraient donc de souches locales procédant d’évolutions, elles aussi locales et faites in situ. Si elle était confirmée, cette nouveauté serait donc un total renversement de la théorie diffusionniste dominante selon laquelle nos ancêtres seraient nés en Afrique de l’Est, et qu’à partir de cette vaste région, ils auraient ensuite peuplé l’ensemble de la planète, sauf le continent américain.
«Nous avons désormais la preuve que le Maroc n’est pas un «site de passage» sur l’itinéraire diffusionniste du «Out of Africa», mais, tout au contraire un foyer évolutif indépendant majeur. »
— Bernard Lugan
En Chine où a été mis en évidence un continuum s’étendant sur 2 millions d’années, les découvertes ont ainsi permis d’établir la transition entre les Hommes modernes dits «archaïques» et les Hommes modernes «authentiques».
De leur côté, et comme il a été dit plus haut, les découvertes marocaines prouvent que l’émergence de l’Homme moderne n’a pas eu un seul «berceau», mais qu’elle s’est produite à l’échelle du continent africain. Le Maroc fournit ainsi des ensembles fossiles clés documentant les premières étapes du phénotype moderne.
Plus encore, nous avons désormais la preuve que le Maroc n’est pas un «site de passage» sur l’itinéraire diffusionniste du «Out of Africa», mais, tout au contraire un foyer évolutif indépendant majeur. Les fossiles qui y ont été mis au jour montrent en effet qu’Homo sapiens n’y est pas né soudainement en arrivant d’ailleurs. Les données marocaines montrent, tout au contraire, une évolution graduelle, avec des formes archaïques (773.000 ans), des formes intermédiaires et des Homo sapiens anatomiquement prémodernes (315.000 ans). La «grotte aux hominidés» ou «carrière Thomas», site paléontologique situé dans la région de Sidi Abderrahmane (Casablanca), où ont été découverts des restes d’hominidés anciens, notamment d’Homo erectus établit ainsi la présence d’hominidés au Maroc il y a plus de 500.000 ans.
Les découvertes faites au Maroc constituent donc une pièce maîtresse permettant de comprendre la marqueterie humaine évolutive. Une évolution qui remet en cause bien des certitudes et qui va connaître encore bien des nouveautés au fur et à mesure des découvertes qui s’accélèrent, notamment grâce aux nouveaux procédés de datation. Or le Maroc possède plusieurs sites majeurs liés à l’évolution humaine. Ainsi Jbel Irhoud où, comme nous venons de le voir, ont été mis au jour les plus anciens Homo sapiens connus (~300 000 ans), Sidi Abderrahmane/ Carrière Thomas avec Homo erectus, la grotte des Pigeons (Tafoghalt), et celle d’El Harhoura qui établissent la permanence des populations actuelles depuis le paléolithique et le néolithique.



