Marrakech: pourquoi les prix de la tomate s’envolent au marché de gros

Un vendeur de tomates au marché de gros de Marrakech. (M. Lamrikhi/Le360)

Le 06/11/2026 à 13h33

VidéoDevenue particulièrement chère sur le marché de gros de Marrakech, la tomate voit son prix s’envoler, au grand dam des commerçants et des consommateurs. Rencontrés sur place, les professionnels reviennent sur les facteurs à l’origine de cette hausse. Reportage.

Au marché de gros des fruits et légumes de Marrakech, la tomate coûte de plus en plus cher, et le malaise est palpable des deux côtés du comptoir. Acheteurs et vendeurs en subissent les effets.

Selon les professionnels interrogés sur place, cette flambée est le résultat d’une série de difficultés qui s’enchaînent, des champs jusqu’au marché.

«L’inflation de la tomate s’explique par plusieurs facteurs, le premier étant les difficultés rencontrées par les agriculteurs, frappés par des virus», explique Abdelmalek, l’un des commerçants.

Des cultures touchées par des virus

La première difficulté se situe dans les champs. Cette campagne a été marquée par des problèmes sanitaires qui ont affecté une part importante des cultures.

Selon les professionnels, ces maladies ont fait chuter les rendements, et donc la quantité de tomates disponibles sur le marché. «C’est à cause de cela que les prix ont grimpé. Les marchandises étaient disponibles chez les producteurs, mais l’apparition de maladies et de virus a lourdement pénalisé ces derniers», poursuit Abdelmalek.

Même constat chez un autre professionnel, pour qui la propagation d’un virus a été déterminante. «La récolte est touchée, malade, et n’a pas atteint les rendements escomptés», explique Abdessamad.

Les pertes ne concernent pas uniquement les quantités produites. La qualité des tomates a également été affectée. «La production n’a pas offert la qualité souhaitée, présentant des calibres inégaux, des fruits de petite taille, percés ou endommagés par les vers», précise-t-il. Une partie de la marchandise ne répond ainsi plus aux critères attendus pour sa commercialisation.

Pour les agriculteurs, ces difficultés s’ajoutent aux dépenses déjà engagées pour préparer les terres, acheter les intrants, entretenir les cultures et rémunérer les ouvriers. Des investissements que les récoltes sont normalement censées couvrir. Or, cette année, plusieurs producteurs n’ont pas réussi à récupérer leur mise.

«Beaucoup d’agriculteurs ont essuyé de graves pertes, le coût de production par hectare leur revenant désormais à 260.000 ou 270.000 dirhams. Ils n’en ont retiré presque rien, et la faible quantité restante ne génère qu’un tout petit profit. Le secteur subit de plein fouet ces difficultés», témoigne Abdelmalek.

Certains producteurs se retrouveraient même endettés, avec des impayés auprès des entreprises qui leur fournissent les équipements et les produits nécessaires à leurs exploitations.

Entre Oualidia et Agadir, un relais difficile

Pour couronner le tout, le calendrier ne joue pas en faveur du marché. La saison de production touche à sa fin à Oualidia, tandis que les récoltes en provenance d’Agadir ne sont pas encore suffisamment importantes pour assurer pleinement l’approvisionnement.

Ce décalage entre les deux bassins de production réduit les quantités disponibles sur le marché et contribue, selon les commerçants, à maintenir les prix à un niveau élevé.

«Cette situation coïncide avec la fin de la saison de production à Oualidia et le relais avec Agadir, provoquant cette tension sur les prix, les bassins de production se relayant difficilement», explique Abdessamad.

Or, ce changement de zone ne se fait pas d’un coup. Les volumes suivent le rythme des nouvelles récoltes, et l’offre, déjà entamée à Oualidia, peine à se reconstituer.

À cela s’ajoute une partie de la production destinée à l’exportation, même si les quantités restent limitées. «Espérons que cette hausse sera temporaire. Il y a également une part d’exportation, bien que minime», ajoute le professionnel.

Transport et main-d’œuvre: des charges qui s’accumulent

Même lorsque les tomates quittent les exploitations, leur acheminement jusqu’à Marrakech représente un coût supplémentaire. La hausse des prix du carburant pèse directement sur les transporteurs et se répercute sur les frais supportés par les commerçants.

«Le coût du transport pèse lourdement, principalement en raison de la flambée des prix des carburants», constate Abdessamad, qui chiffre aussitôt la facture: «Il suffit de voir le prix du carburant: les trajets des camions coûtent 4.000 ou 4.500 dirhams, et chaque caisse supporte une surcharge d’environ 30 dirhams pour arriver jusqu’ici.»

Selon les professionnels, le coût de la main-d’œuvre vient alourdir davantage la facture. La récolte nécessite en effet plusieurs interventions, du ramassage au tri, en passant par le conditionnement et la préparation des caisses avant leur expédition.

«De surcroît, la main-d’œuvre est devenue très chère. Un ouvrier agricole est payé entre 250 ou 300 dirhams par jour», indique un professionnel, sans compter la main-d’œuvre spécialisée dans la récolte, le conditionnement et la préparation des tomates, depuis les exploitations jusqu’aux marchés de gros.

Ces dépenses s’ajoutent ainsi aux coûts de production et de transport, avant même que les marchandises ne soient mises en vente.

Commissions et redevances: les commerçants réclament un allègement

L’arrivée des camions au marché de gros ne marque pas la fin des frais. Les commerçants dénoncent également le montant des commissions, des frais de location et des autres charges liées à la commercialisation.

«Actuellement, le marché subit également la cherté des commissions, des frais de location et de toutes les charges connexes», déplorent-ils. Les commissions constituent notamment l’un de leurs principaux motifs de mécontentement.

«Les commissions versées représentent des sommes astronomiques. Pour le transport, les frais s’élèvent parfois à 2.200 voire 3.000 dirhams pour les grands camions», affirme Abdelamlek. Pour les petits transports, les montants peuvent atteindre 2.000 à 2.300 dirhams.

Face à ces prélèvements, les professionnels demandent une révision du système de perception et un allègement des frais appliqués à chaque entrée de marchandises. «C’est une taxe quotidienne prélevée sur chaque entrée de marchandise. Ces montants devraient être allégés», insiste Abdelmalek.

Pour appuyer leur demande, certains rappellent que des mesures avaient déjà été prises par le passé pour limiter la hausse des prix des produits de première nécessité. «Auparavant, lorsque les prix des denrées de base comme la tomate, la pomme de terre et l’oignon augmentaient, des mesures étaient prises pour en réduire le coût, et il fut un temps où les approvisionnements entraient gratuitement», rappelle Abdelmalek.

Les commerçants estiment qu’une réduction de ces charges pourrait profiter à l’ensemble des intervenants, du producteur au consommateur. «Si le conseil municipal et les instances concernées intervenaient pour alléger un peu les charges pesant sur l’agriculteur, le vendeur et l’acheteur, les prix finiraient par baisser. Quand le coût augmente, les prix augmentent; quand il baisse, les prix baissent», soutient-il.

Les difficultés évoquées par les commerçants dépassent par ailleurs le seul cas de la tomate. Ils signalent également des tensions sur d’autres produits, notamment la courgette, les haricots verts et l’oignon.

Par Mohamed Lamrikhi
Le 06/11/2026 à 13h33