Alors que les milieux diplomatiques ont les yeux rivés sur la séance du Conseil de sécurité de l’ONU prévue le 31 octobre 2026, des faits concordants indiquent que l’avant-projet de résolution jettera les bases d’une rupture définitive avec les approches obsolètes du passé. En tournant définitivement la page du référendum et en consacrant l’initiative d’autonomie comme l’unique base de règlement, ce texte ouvre la voie à une nouvelle dynamique civile et politique.
Au cœur de cette mutation, le Mouvement sahraoui pour la paix (MSP) s’impose comme un acteur de premier plan. En redéfinissant la représentativité sahraouie, l’organisation propose une alternative démocratique qui brise la «pensée unique» entretenu jusqu’ici par le front Polisario.
La voix de la sagesse contre l’illusion des armes
Interrogé par Le360, Rahal Essalek, porte-parole officiel du MSP, a affirmé que le contenu du projet de résolution de l’ONU ne se contente pas d’exprimer la maturité de la vision internationale. Il concrétise le fruit d’un travail de terrain continu destiné à faire entendre ce qu’il qualifie de «voix de la sagesse».
«En tant que mouvement politique indépendant, nous travaillons depuis un certain temps avec la communauté internationale pour faire prévaloir la raison et imposer le pluralisme politique dans le dossier du Sahara. Nous saluons vivement la prise en compte de ces principes dans l’avant-projet de résolution, ainsi que les signaux forts envoyés par le Secrétaire général de l’ONU et son Envoyé personnel au début de ce mois», a déclaré Rahal Essalek y voyant «une reconnaissance internationale de la fin de l’ère de l’hégémonie».
Le porte-parole du MSP dresse une ligne de démarcation nette entre deux voies antagonistes. Si le Polisario persiste dans l’illusion des armes, d’authentiques sahraouis font le choix pragmatique de la paix comme unique chemin pour clore définitivement le conflit. Réfutant vigoureusement les prétentions du Polisario à être le «représentant unique», Essalek rappelle que les Sahraouis ne peuvent être réduits à une seule faction dont l’existence monopolistique contredit les règles démocratiques les plus élémentaires. Pour lui,les revendications du Polisario sont de «simples absurdités et des chimères stériles», comparables aux rhétoriques observées au sein des régimes dictatoriaux.
Une trajectoire née au cœur de la souffrance
L’aventure du Mouvement sahraoui pour la paix a débuté le 22 avril 2020 lors d’un congrès fondateur impulsé par des cadres, des universitaires, des militants des droits de l’homme et des diplomates dissidents du Polisario, qui ont placé leur confiance en l’ancien haut cadre et responsable du Polisario, Hach Ahmed Bericalla, en tant que Premier secrétaire. En septembre 2020, le MSP a officiellement adopté ses statuts et ses structures lors d’un congrès tenu à Madrid, choisissant la capitale espagnole comme plateforme internationale pour ses actions, tout en tissant un réseau actif au sein des provinces du Sud, en Mauritanie et dans la diaspora européenne.
Cette dynamique s’est traduite par des avancées diplomatiques majeures. Cette même année 2026, une délégation du MSP est intervenue devant la 4ème Commission de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York pour défendre le pluralisme politique.
Une rencontre clé s’est tenue le 30 juin dernier au siège de la mission américaine à New York entre la direction du mouvement et l’ambassadeur américain Mike Waltz.
Le discours modéré du mouvement a trouvé un écho favorable en Europe, notamment à travers l’éloge de l’ancien président du gouvernement espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, qui a salué l’audace et la maturité politique du MSP.
Pour Abdelkader Brihouma, chercheur spécialisé dans les affaires du Sahara, le MSP a brisé l’inertie causée par l’impasse onusienne antérieure, attirant des dizaines de cadres convaincus que la dignité et l’avenir des populations sahraouies doivent primer sur les logiques de confrontation.
La vision du MSP repose sur une lecture réaliste de la géopolitique régionale. Pour le mouvement, la proposition d’autonomie élargie sous souveraineté marocaine constitue la solution la plus réaliste et la plus viable.
Selon son porte-parole, cet engagement répond à deux urgences humaines et politiques: soulager les populations séquestrées dans les camps de Tindouf et rassembler la diaspora sahraouie éparpillée entre l’Algérie, la Mauritanie et des pays d’Europe.
Cette analyse rejoint celle d’Abdelkader Brihouma, qui souligne que ce positionnement incarne la mutation profonde portée par le mouvement. Ayant bâti une base sociale solide de cadres et de leaders de terrain, le MSP se dit prêt à participer concrètement à la mise en œuvre du projet d’autonomie, tournant définitivement la page d’un conflit armé qui épuise les Sahraouis depuis cinq décennies.
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Le mouvement qualifie ainsi les orientations de la résolution 2797 du Conseil de sécurité et des résolutions subséquentes d’«opportunité historique», réaffirmant sa disponibilité organisationnelle à mobiliser son expertise sur le terrain.
Une percée diplomatique qui bouscule le Polisario et Alger
Le passage du MSP du débat théorique aux réussites diplomatiques concrètes choque l’agenda des séparatistes. En portant la voix d’une représentativité sahraouie plurielle devant les instances internationales, le mouvement a mis à mal la posture d’interlocuteur unique revendiquée par le Polisario.
Face à ces avancées, la direction de Tindouf et ses parrains à Alger ont réagi en recourant à leurs méthodes traditionnelles, entre accusations de trahison et campagnes de diffamation et tentatives d’étouffement de toute voix dissidente.
En réponse à ces attaques, le Mouvement sahraoui pour la paix rappelle que sa naissance découle d’un sursaut rectificatif né de la souffrance quotidienne des populations des camps de Tindouf. Son objectif reste de mettre fin à un monopole totalitaire qui a trop longtemps instrumentalisé la détresse des réfugiés pour s’engager dans des aventures militaires vouées à l’échec.
En plaçant l’humain au-dessus des considérations idéologiques, cette démarche marque une rupture nette avec des décennies d’illusions. Elle offre une perspective de règlement politique réaliste, capable de faire sortir l’ensemble de l’espace maghrébin de l’impasse pour l’ouvrir vers la stabilité, le développement et la coexistence pacifique.




