La question du pilotage et de la mobilisation des financements occupe une place centrale dans ce nouveau dispositif. Pour Ali Ghanbouri, le ministère chargé du Budget sera nécessairement appelé à jouer un rôle important dans son financement, aux côtés des autres départements concernés et des autorités territoriales. «Avec le futur gouvernement, la personne peut changer, mais pas la mission», estime-t-il.
La gouvernance arrêtée pour ces programmes repose toutefois sur plusieurs niveaux. Des comités présidés par les gouverneurs assureront, à l’échelle des préfectures et provinces, l’élaboration des programmes et le suivi de leur exécution. À l’échelon régional, les walis seront chargés de consolider et d’harmoniser les différents projets. Enfin, un comité national présidé par le chef du gouvernement assurera notamment leur validation, la coordination générale du dispositif et la mobilisation des financements.
Au-delà de cette architecture institutionnelle, Ali Ghanbouri s’interroge surtout sur la capacité de cette enveloppe à réduire durablement les écarts de développement entre les territoires. «Le débat actuel met en lumière le décalage persistant entre les ambitions du Nouveau modèle de développement (NMD) à l’horizon 2035 et les profondes disparités spatiales qui marquent le pays», relève-t-il.
Pour l’économiste, les programmes de développement territorial intégré ne pourront produire pleinement leurs effets que s’ils sont articulés autour de politiques sectorielles et de grands investissements publics. «La justice spatiale ne se réalise pas uniquement par des programmes territoriaux d’appoint, mais nécessite un couplage rigoureux avec les grands investissements structurants de l’État», insiste-t-il.
Un enjeu d’autant plus important que la création de richesse demeure fortement concentrée géographiquement. Selon les dernières données disponibles du Haut-Commissariat au Plan, Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceima concentrent à elles seules près de 60% du PIB national.
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Pour Ali Ghanbouri, la réduction de ces écarts suppose donc que les investissements consacrés au développement territorial viennent compléter, et non se substituer, à l’effort global d’investissement public.
L’économiste insiste également sur le changement de méthode porté par cette nouvelle génération de programmes. À une logique descendante, reposant sur des projets conçus au niveau central puis déclinés sur l’ensemble du territoire, doit désormais succéder une approche fondée sur les besoins identifiés localement.
Routes, établissements scolaires, structures de santé, accès à l’eau ou infrastructures de base: les priorités doivent être définies à partir des diagnostics propres à chaque territoire et des attentes exprimées par les populations.
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Mais cette territorialisation de l’action publique ne suffira pas, prévient Ali Ghanbouri, si les investissements de proximité restent déconnectés des grands projets structurants de l’État.
Reste à savoir si les 210 milliards de dirhams prévus sur huit ans suffiront à réduire concrètement les écarts de développement entre les régions. Pour Ali Ghanbouri, ces programmes ne pourront atteindre leurs objectifs que s’ils sont accompagnés par les investissements de l’État et coordonnés avec les grands projets d’infrastructures.




