Tribune. Tebboune réduit à 20%

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune.

TribuneCe scrutin a mis à nu le fonctionnement de ce régime foncièrement anti-démocratique.

Le 09/07/2026 à 14h21

La semaine dernière, les Algériens étaient appelés aux urnes pour désigner les 407 députés de leur Assemblée populaire nationale (APN). Selon les résultats officiels, qui constituent un pénible aveu, à peine 20% des inscrits ont pris la peine d’aller voter. En quoi cette Assemblée est-elle donc «populaire»? Le peuple est resté à la maison. En quoi est-elle nationale? La nation est restée invisible.

Quatre Algériens sur cinq ont refusé de participer à la mascarade. À quoi bon voter, en effet? Toutes les décisions importantes sont prises par la junte militaire qui dirige le pays. Et qui a élu ces galonnés? Personne. Ils se cooptent entre eux, à l’image d’une mafia. Le civil Tebboune leur sert de cache-sexe démocratique — regardez, nous avons un président élu — mais ce canular ne trompe personne.

Depuis l’indépendance, concédée par de Gaulle en 1962, aucun scrutin n’avait si peu mobilisé, ce qui indique une tendance préoccupante. En 1962, l’immense majorité des Algériens ne savait ni lire ni écrire et ignorait les principes les plus élémentaires de l’économie et de la politique. Aujourd’hui que toute la population est alphabétisée et qu’elle pourrait participer à la vie politique du pays, c’est là qu’elle est mise à l’écart, comme si les généraux la tenaient pour éternellement mineure. Ça sert à quoi d’être indépendant si on est bâillonné?

En 2021, le taux de participation s’était établi à 23%, contre seulement 20% aujourd’hui. Si on reste sur ce trend descendant, arrivera le jour où il y aura moins de votants que de candidats. La junte finira par nommer elle-même, par décret, les membres de l’Assemblée impopulaire. Ce sera plus honnête, d’une certaine façon.

«En Kabylie, le taux de participation vaut référendum: 15%, le taux le plus bas du pays. 85% des Kabyles ont donc clairement signifié qu’ils ne se sentent pas concernés par ce qui se passe en Algérie.»

—  Sanaa Berrada

En 2021, des partis avaient boycotté les élections ou avaient été empêchés d’y prendre part. Cette fois-ci, presque tous étaient en lice, y compris ceux de l’opposition– une notion très relative en Algérie puisqu’on ne peut s’opposer aux orientations générales de la mafia militaire sans être jeté en prison: quel «opposant» oserait protester contre le soutien au Polisario, qui a coûté en pure perte des dizaines de milliards de dollars au peuple algérien? Tous les partis étaient représentés dans ces élections législatives mais cela n’a pas incité les inscrits à aller voter, ce qui prouve qu’ils ont bien compris que l’opposition n’en est pas vraiment une dans un pays totalitaire.

Et le président fantoche Tebboune, que pense-t-il de cette déroute? Il n’en pense rien. Seul compte, a-t-il ânonné, le fait que le scrutin a été «transparent». Ben voyons. C’est comme si un fada se vantait d’avoir mis un slip transparent qui montre ses fesses nues.

Et ce scrutin a effectivement mis à nu le fonctionnement de ce régime foncièrement anti-démocratique. La loi électorale permet d’écarter des candidats selon des critères flous, par exemple la «mauvaise réputation» (sic). Qui juge de cela? Le gouvernement– qui, c’est évident, jouit d’une excellente réputation… Plus de 3.000 candidats ont ainsi été exclus. Tous ceux qui auraient pu s’opposer réellement aux généraux et à leur Tebboune n’ont même pas pu se présenter à ces élections. Et vive la démocratie!

En Kabylie, le taux de participation vaut référendum: 15%, le taux le plus bas du pays. 85% des Kabyles ont donc clairement signifié qu’ils ne se sentent pas concernés par ce qui se passe en Algérie. 85%! Tebboune et les siens, qui se prétendent favorables à l’autodétermination des peuples, vont-ils accueillir à Alger le MAK, le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, le financer, l’armer, le soutenir diplomatiquement, comme ils le font pour le Polisario?

Ce serait cocasse; mais ce serait cohérent avec leurs grandes proclamations hypocrites, dont on découvre aujourd’hui que 80% des Algériens se fichent totalement.

Par Sanaa Berrada
Le 09/07/2026 à 14h21