Avec le lancement de l’opération «CGEM RESET», le nouveau président du patronat marocain, Mehdi Tazi, impose un profond renouvellement de la gouvernance économique. Symbole de ce vent de fraîcheur, le Bureau exécutif affiche un taux de rotation inédit de plus de 80%, marqué par une moyenne d’âge rajeunie à 47 ans et une représentativité accrue des femmes, des régions et des TPME, indique le magazine hebdomadaire Challenge. Au milieu de ce bouleversement général, une seule figure incarne la continuité: Ghita Lahlou, directrice générale de l’École Centrale Casablanca, reconduite pour un troisième mandat. Selon Driss Bouti, président de la CGEM Souss-Massa, cette restructuration répond à la volonté du président d’instaurer une véritable rotation des responsabilités afin de préparer l’entreprise marocaine aux défis futurs.
Pour mener à bien cette transition, Mehdi Tazi s’est entouré de cinq vice-présidents d’envergure. Naziha Belkeziz, présidente du directoire de la BCP, apporte ses trente ans d’expertise financière pour piloter la question cruciale de l’accès aux capitaux. Naoual Zine, directrice générale de Reminex (groupe Managem), prend quant à elle la tête de la commission Développement durable, incarnant les ambitions du royaume en matière de transition énergétique et de ressources minières.
Le volet énergétique est renforcé par l’arrivée de Majid Iraqui, président du directoire de Taqa Maroc, qualifié de «Monsieur Énergie» du nouveau Bureau face aux impératifs de décarbonation. L’accélération de la recherche et du développement est confiée à Hicham El Habti, président de l’UM6P et cadre dirigeant de l’OCP, un choix salué par Abdelkader Alaoui, président de la Fédération Nationale de la Minoterie, comme un rapprochement stratégique entre l’université et l’entreprise pour l’adéquation formation-emploi. Enfin, l’intégration de Youssef Alaoui, président du groupe parlementaire de la Confédération, témoigne d’une volonté claire de renforcer le plaidoyer législatif de l’institution, lit-on dans Challenge.
Cette réorganisation consacre également l’émergence de nouvelles priorités technologiques et structurelles. L’intelligence artificielle et l’innovation font une entrée remarquée dans la nomenclature avec la création de trois instances dédiées, menées par Mohammed Benouda pour la transformation économique, Hamza Rkha Chaham pour les start-ups, et Meriem Zairi pour le Morocco Innovation Lab (MIL). Inspiré de modèles internationaux performants, notamment turcs, le MIL vise à faire monter en gamme les entreprises et leurs salariés. Parallèlement, les instances internationales ont été entièrement repensées. L’ancienne configuration cède la place à cinq commissions régionales. Dans ce nouveau découpage, la commission Afrique est directement pilotée par le vice-président général, Mohamed Bachiri. L’économiste Mehdi Fakkir souligne la pertinence de ce choix, rappelant que le secteur automobile que dirige Mohamed Bachiri offre, selon les données de la CGEM et de la BAD, les plus fortes opportunités d’intégration industrielle continentale.
L’architecture globale de la Confédération passe ainsi de dix-huit à vingt commissions, dessinant une organisation plus inclusive et combative, lit-on encore dans Challenge. La commission TPME est attribuée à Adil Rais, reconnu pour son engagement territorial, tandis que des présidents de fédérations comme Abed Chagar et Ali El Harti prennent la direction de commissions sectorielles. Enfin, la centralisation des fonctions financières se traduit par la nomination de Jinane Laghrari, ancienne de McKinsey et administratrice à Bank of Africa, au poste de trésorière, cumulant cette fonction avec la présidence de la commission Compétences et Employabilité. Pour les observateurs, cette nouvelle configuration dessine un patronat en ordre de marche pour affronter un contexte économique incertain et préparer les grandes échéances du pays, en particulier le cap 2030.




