L’intérêt des entreprises allemandes pour le marché marocain s’inscrit dans une logique sectorielle ciblée, davantage orientée vers les composantes techniques que vers la construction d’infrastructures visibles. Robert Dölger, ambassadeur d’Allemagne au Maroc, souligne que «les entreprises allemandes sont généralement plus à l’aise dans des domaines spécifiques», notamment l’ingénierie, le contrôle de l’exécution, la sécurité ou encore la digitalisation des grands projets, suite à une série de questions posées par Le360, lors de la conférence presse sur les investissements allemands, tenue ce mercredi 15 avril à Casablanca.
Cette orientation traduit un positionnement différencié face à la concurrence internationale. L’ambassadeur précise qu’«il ne s’agit pas forcément de construire directement de grands stades», ajoutant que rivaliser avec des acteurs espagnols, chinois ou turcs sur la construction pure «n’aurait pas beaucoup de sens». Le levier allemand repose ainsi sur un savoir-faire technologique reconnu, intégré en amont ou en appui des grands projets.
La préparation conjointe de la Coupe du monde 2030 et d’autres échéances continentales s’inscrit dans une dynamique d’investissements multisectoriels. Katharina Felgenhauer, directrice de la Chambre allemande de commerce et d’industrie au Maroc, indique que ces événements «entraînent une chaîne d’investissements» touchant les infrastructures, les services et le tourisme.
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Dans ce cadre, les entreprises allemandes interviennent souvent au sein de consortiums, apportant des solutions technologiques ou des équipements spécifiques sans exposition directe. Ce mode d’intervention correspond à leur stratégie habituelle, fondée sur l’intégration de composants clés plutôt que sur une présence en première ligne. Les domaines cités incluent notamment les services digitaux, les équipements techniques et la santé.
Des missions de prospection qui s’intensifient, y compris au Sud
L’activité de prospection économique connaît une intensification progressive, portée à la fois par des initiatives institutionnelles et des démarches individuelles. La Chambre allemande de commerce et d’industrie organise régulièrement des missions et diffuse des informations ciblées sur les opportunités d’investissement au Maroc.
Cette dynamique dépasse les actions visibles. Katharina Felgenhauer précise que «de nombreuses entreprises allemandes explorent le marché marocain de manière individuelle», certaines accompagnées par la Chambre, d’autres opérant de façon autonome. Les provinces du Sud figurent désormais parmi les zones prospectées, avec des discussions en cours à la suite des visites récentes.
Par ailleurs, Robert Dölger évoque un environnement en évolution, marqué par les discussions autour des accords agricoles et de pêche au niveau européen, ainsi que par les développements politiques liés à la résolution 2797. Selon lui, «un règlement mutuellement acceptable permettrait de renforcer les opportunités économiques», tout en conditionnant ces perspectives à une convergence politique.
Les conditions opérationnelles des entreprises industrielles allemandes implantées au Maroc restent étroitement liées aux coûts logistiques et aux dispositifs d’accueil proposés par le Royaume. Hicham Hannioui, directeur pays de Leoni, rappelle que «le coût du transport augmente», tout en soulignant que le Maroc conserve des atouts significatifs, notamment sa proximité géographique et l’existence de zones franches.
L’implantation dans ces zones constitue un choix stratégique, illustré par des installations industrielles à Agadir ou dans l’Atlantic Free Zone. Ces dispositifs permettent d’optimiser les chaînes d’approvisionnement et de maintenir la compétitivité à l’export.
Face à l’évolution des coûts, les entreprises privilégient des ajustements internes. Hicham Hannioui indique que la digitalisation et la simplification des processus sont mobilisées pour améliorer l’efficacité opérationnelle. Cette approche vise à préserver les parts de marché malgré un environnement logistique plus exigeant.
L’ensemble de ces éléments traduit une présence allemande qui privilégie la valeur technique et l’intégration dans les chaînes de projets, plutôt qu’une visibilité directe, tout en s’inscrivant dans une dynamique d’exploration élargie du territoire marocain.




