Croissance: l’agriculture tire l’économie à 4,6% tandis que l’industrie marque le pas

La performance agricole masque un ralentissement des activités industrielles au premier trimestre 2026.

Avec un rebond spectaculaire de la production agricole, l’économie nationale a enregistré une croissance de 4,6% au premier trimestre 2026, selon les comptes nationaux publiés par le Haut-Commissariat au Plan (HCP). Cette performance révèle une économie à deux vitesses, où le dynamisme de la demande intérieure compense le ralentissement des secteurs non agricoles et la dégradation de la contribution du commerce extérieur.

Le 29/06/2026 à 15h35

L’économie marocaine est restée sur une trajectoire de croissance soutenue au premier trimestre 2026, malgré un léger ralentissement par rapport à la même période de l’année précédente. Selon la note d’information du Haut-Commissariat au Plan (HCP) sur les comptes nationaux, le produit intérieur brut (PIB) en volume, corrigé des variations saisonnières, a progressé de 4,6%, contre 5% un an plus tôt. Ce tassement s’explique principalement par le recul des activités secondaires, en partie compensé par une forte accélération de la valeur ajoutée agricole.

Cette configuration confirme une caractéristique majeure de l’économie nationale. Malgré les progrès enregistrés dans l’industrialisation et les services, les performances agricoles continuent d’exercer une influence déterminante sur la croissance globale.

D’après cette étude, la valeur ajoutée agricole a bondi de 18,4% au premier trimestre, contre 8,1% un an plus tôt, permettant au secteur primaire d’afficher une progression globale de 17,3%. La pêche, en revanche, poursuit son recul avec une baisse de 1,9%, ce qui limite partiellement la contribution du secteur primaire.

Ce rebond agricole intervient dans un contexte plus favorable pour les activités rurales et démontre une nouvelle fois à quel point les conditions de production agricole demeurent un facteur déterminant de la trajectoire macroéconomique du Royaume. Les auteurs estiment ainsi que la vigueur de cette composante a largement absorbé les difficultés rencontrées par les autres branches de l’économie.

L’industrie révèle les fragilités de la croissance

Cette forte performance agricole masque toutefois un ralentissement plus marqué des activités non agricoles. Selon le rapport, leur rythme de croissance est passé de 4% à seulement 2,6% en un an, traduisant un essoufflement de plusieurs moteurs structurels de l’économie.

Le secteur secondaire constitue le principal point de faiblesse du trimestre. Sa valeur ajoutée s’est contractée de 1%, alors qu’elle progressait encore de 2,9% un an auparavant. Le document précise que cette évolution résulte simultanément du recul de l’électricité et de l’eau (-3,4%), des industries extractives (-3,2%) ainsi que des industries manufacturières (-1,3%). Même la construction, qui demeurait jusqu’ici particulièrement dynamique, ralentit sensiblement avec une croissance ramenée à 1,5% contre 7,1% un an plus tôt.

Cette évolution mérite une attention particulière car elle concerne des secteurs traditionnellement associés à l’investissement productif, à l’emploi industriel et à la création de valeur. Le ralentissement simultané de plusieurs branches productives traduit une croissance davantage soutenue par des facteurs conjoncturels que par une accélération généralisée de l’appareil productif.

Le secteur tertiaire continue néanmoins d’apporter une contribution importante à l’activité nationale. Selon le HCP, sa croissance atteint 4,3%, contre 4,5% un an auparavant, ce qui traduit davantage un ralentissement qu’un véritable retournement.

Cette stabilité repose sur des performances contrastées. Les services financiers et les assurances affichent une progression de 7,6%, tandis que le transport et l’entreposage accélèrent à 4,8%. Les activités liées à l’information et à la communication retrouvent également une croissance positive de 2% après une contraction observée l’année précédente. Le rapport relève cependant un ralentissement dans plusieurs segments importants, notamment l’hébergement-restauration, le commerce, les services immobiliers ainsi que les activités destinées aux entreprises.

Cette évolution reflète une économie de services qui conserve une certaine résilience mais dont plusieurs activités semblent désormais évoluer sur un rythme plus normal après les fortes progressions enregistrées au cours des dernières années.

La demande intérieure demeure le véritable pilier de l’expansion

Si la production sectorielle apparaît contrastée, le comportement de la demande confirme l’existence d’un moteur de croissance clairement identifié. Selon le rapport, la demande intérieure progresse de 6,5% et apporte à elle seule 6,9 points à la croissance économique, contre 5,3 points un an auparavant.

Le principal changement provient de la consommation des ménages. Celle-ci accélère fortement avec une hausse de 4,6%, après seulement 1,1% au premier trimestre 2025. Sa contribution à la croissance passe ainsi de 0,7 à 2,6 points. Cette évolution traduit une amélioration sensible de la demande privée dans un environnement caractérisé par une inflation limitée à 1,1%, ce qui soutient davantage le pouvoir d’achat réel des ménages.

La consommation publique suit également cette dynamique avec une progression de 4,9%, tandis que l’investissement brut conserve une croissance à deux chiffres de 10,8%. Le document souligne toutefois que ce dernier ralentit nettement par rapport au rythme exceptionnel de 19,6% observé un an auparavant, réduisant sa contribution à la croissance de 4 à 3,4 points.

Cette combinaison confirme que la croissance actuelle repose principalement sur les dépenses internes plutôt que sur la demande extérieure.

Le commerce extérieur redevient un facteur de freinage

Cette vigueur de la demande nationale s’accompagne néanmoins d’une contrepartie. D’après cette étude, l’accélération des importations dépasse nettement celle des exportations, ce qui détériore la contribution du commerce extérieur à la croissance.

Les importations de biens et services progressent de 12,7%, contre 7,3% un an auparavant, générant une contribution négative de 6,1 points. Les exportations accélèrent également à 9,2%, mais leur progression demeure insuffisante pour compenser la hausse des achats extérieurs. Le rapport précise ainsi que la contribution globale des échanges extérieurs devient négative à hauteur de 2,3 points, contre seulement 0,3 point un an auparavant.

Ce résultat illustre l’une des principales caractéristiques de l’économie marocaine: une accélération de l’activité se traduit souvent par une augmentation encore plus rapide des importations, notamment de biens d’équipement, d’intrants industriels et de produits intermédiaires.

Le contexte macroéconomique demeure toutefois favorable. Selon le HCP, la hausse du PIB en valeur atteint 5,7%, tandis que le niveau général des prix ralentit à 1,1%, contre 1,6% un an auparavant. Cette modération inflationniste constitue un élément favorable tant pour la consommation que pour les conditions générales d’investissement.

Le rapport met également en avant une amélioration des revenus extérieurs. Grâce à une progression de 23,8% des revenus nets reçus du reste du monde, le revenu national brut disponible augmente de 6,8%. Cette évolution permet à l’épargne nationale d’atteindre 31,4% du PIB, contre 29,5% un an auparavant.

L’investissement brut représentant désormais 32,9% du PIB, le besoin de financement de l’économie reste contenu à 1,5% du PIB. Les auteurs estiment que cette situation traduit des équilibres macroéconomiques relativement solides malgré l’accélération des investissements et la dégradation de la contribution du commerce extérieur.

Par Mouhamet Ndiongue
Le 29/06/2026 à 15h35