La campagne agricole 2025-2026 restera dans les annales comme une année de rupture après plusieurs saisons marquées par un déficit hydrique sévère. Entre septembre 2025 et mars 2026, le Maroc a enregistré une pluviométrie moyenne nationale de 462 millimètres, soit une hausse significative par rapport aux années précédentes. «Cette abondance d’eau a permis de reconstituer les réserves hydriques et de relancer l’activité agricole dans la quasi-totalité des régions du Royaume», indique le magazine hebdomadaire Challenge.
Les barrages, dont le taux de remplissage frôle désormais les 70%, offrent des marges de manœuvre inédites pour sécuriser les cultures en place et préparer la prochaine campagne dans des conditions optimales. «Tous les indicateurs hydriques et agricoles laissent présager une bonne campagne agricole», avait d’ailleurs souligné Ahmed El Bouari, ministre de l’Agriculture. Cette amélioration se traduit par une reprise des emblavements, notamment pour les céréales, dont les superficies atteignent près de 3,9 millions d’hectares. Les rendements s’annoncent en nette progression, avec une récolte estimée à près de 90 millions de quintaux, selon les premières projections. Une performance qui contraste avec les années de vaches maigres, où les agriculteurs devaient composer avec des sols asséchés et des barrages à moitié vides.
«Sur le terrain, cette dynamique se manifeste par une reprise quasi généralisée de l’activité, particulièrement dans les grandes zones productrices», lit-on dans Challenge. À Marrakech-Safi, les précipitations ont dépassé 260 millimètres entre décembre et mars, soit près de trois fois la moyenne habituelle. «Le taux de remplissage des barrages dépasse désormais 75%, contre seulement 15% l’an dernier», indique un rapport des services agricoles régionaux. Résultat: près de 99% du programme des travaux du sol a été réalisé, couvrant 939 000 hectares, contre à peine 32 % une année auparavant.
Les emblavements ont suivi la même tendance, avec 929 000 hectares semés, soit 98 % des objectifs fixés. Les céréales dominent largement, occupant 868 000 hectares, tandis que les cultures fourragères et les légumineuses complètent ce tableau encourageant. La région de Béni Mellal-Khénifra affiche des performances tout aussi remarquables. Avec un cumul pluviométrique dépassant 441 millimètres, en hausse de 85% par rapport à l’an dernier, les barrages stratégiques comme Bin El Ouidane et Ahmed El Hansali affichent des taux de remplissage supérieurs à 70%.
Les superficies emblavées en céréales d’automne ont progressé de plus de 47%, dépassant 430 000 hectares, tandis que les cultures sucrières enregistrent une hausse de 45%. Le maraîchage et les cultures fourragères évoluent également dans des conditions favorables, renforçant les perspectives d’une campagne prometteuse.
À Casablanca-Settat, la dynamique est tout aussi positive. Le cumul pluviométrique dépasse 390 millimètres, avec des pics atteignant près de 600 millimètres dans certaines zones. «Près de 92% du programme agricole a été réalisé, avec 826 000 hectares de céréales semés», indique un bilan régional. Les cultures fourragères, les légumineuses et le maraîchage affichent des niveaux élevés, certains dépassant même les prévisions initiales.
«Cette amélioration ne se limite pas aux céréales», relève Challenge. Les cultures maraîchères, comme l’oignon, la pomme de terre et la tomate, enregistrent de bonnes performances, portées par des conditions climatiques favorables. «Les rendements sont supérieurs aux attentes dans plusieurs régions, ce qui devrait permettre de stabiliser les prix sur les marchés», estime un producteur de la région de Souss-Massa.
L’arboriculture bénéficie également de cette dynamique. La filière oléicole enregistre des productions record, tandis que les agrumes affichent des résultats satisfaisants. «Ces performances renforcent la contribution de ces filières à la valeur ajoutée agricole et à l’emploi rural», souligne un rapport du ministère de l’Agriculture.
Du côté des cultures sucrières, malgré des pertes localisées dues aux inondations dans certaines zones, les superficies progressent globalement, traduisant une relance progressive de la filière.
Les retombées de cette campagne favorable s’étendent également au secteur de l’élevage. La régénération des parcours naturels améliore la disponibilité des ressources fourragères, réduisant ainsi la dépendance aux aliments de bétail achetés sur le marché. «Cette évolution contribue à alléger les coûts de production des éleveurs et à améliorer l’état sanitaire du cheptel», indique un vétérinaire de la région de Meknès-Tafilalet.
Dans certaines zones, une stabilisation, voire une baisse des prix des animaux destinés à l’abattage est même envisagée, sous l’effet de cette amélioration.




