Rarement le capital-investissement marocain aura affiché une telle dynamique. Selon le rapport d’activité 2025 de l’Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC), les levées de fonds ont atteint 6,576 milliards de dirhams en une seule année, un niveau jamais observé depuis le lancement du suivi statistique du secteur.
Ce résultat ne constitue pas un simple pic conjoncturel. Le rapport souligne qu’entre 2020 et 2025, les fonds ont mobilisé plus de 20 milliards de dirhams, soit un volume quatre fois supérieur à celui enregistré durant le cycle 2014-2019.
Une telle accélération traduit une évolution du rôle du capital-investissement dans l’économie marocaine. Longtemps considéré comme une source complémentaire de financement des PME, le secteur apparaît désormais comme un canal structurant de mobilisation du capital privé pour accompagner la croissance des entreprises, leur transformation industrielle et leur développement régional.
Cette progression intervient également dans une période marquée par d’importants besoins d’investissement liés à la réindustrialisation, à la transition énergétique, à la modernisation des infrastructures et à l’émergence de nouveaux secteurs technologiques. Le capital-investissement tend ainsi à occuper une place de plus en plus centrale dans l’allocation de l’épargne vers l’économie productive.
Le retour des capitaux marocains au premier plan
L’un des enseignements majeurs du rapport réside dans l’évolution de l’origine des capitaux. Car après avoir reculé durant plusieurs cycles successifs, la part des investisseurs marocains dans les levées de fonds a fortement progressé. Entre 2020 et 2025, elle atteint 60% des capitaux mobilisés, contre 30% seulement sur la période 2014-2019. En cumul, les capitaux marocains représentent désormais 52% des ressources levées par l’industrie.
Cette évolution modifie profondément la physionomie du marché. Durant les premières années du secteur, les organismes internationaux de développement jouaient un rôle dominant dans le financement des fonds marocains.
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Le rapport note ainsi que les organismes de développement internationaux et les banques représentent encore 53% des capitaux levés entre 2020 et 2025. Toutefois, la part des bailleurs internationaux recule progressivement au profit d’investisseurs nationaux, notamment grâce à l’émergence de nouveaux véhicules institutionnels marocains.
Cette évolution constitue un signal important pour la souveraineté financière du Royaume. Plus la base d’investisseurs domestiques se renforce, plus la capacité de financement des entreprises devient résiliente face aux fluctuations des marchés internationaux.
L’autre transformation majeure concerne la nature des entreprises financées. En 2025, l’AMIC recense 64 opérations d’investissement totalisant 2,236 milliards de dirhams, dont 35 nouveaux investissements et 29 réinvestissements.
Plus significatif encore, 21 nouveaux investissements ont concerné des entreprises en phase d’amorçage ou de capital-risque, essentiellement des startups technologiques multisectorielles.
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Le rapport montre que les investissements dans les phases précoces de développement prennent désormais une place importante. Entre 2020 et 2025, les opérations d’amorçage et de capital-risque représentent 66% des investissements en nombre, contre 32% seulement entre 2008 et 2013.
Cette évolution témoigne d’une maturation de l’écosystème entrepreneurial marocain. Le capital-investissement ne se limite plus aux entreprises établies cherchant à accélérer leur croissance. Il intervient désormais davantage dans les premières étapes de création de valeur, là où les besoins de financement demeurent les plus élevés.
Le recul des tickets moyens dans l’amorçage illustre également cette tendance. Selon l’AMIC, la multiplication des investissements dans les startups et les petites structures a entraîné une baisse de la taille moyenne des opérations dans ce segment.
Les sorties retrouvent leur dynamisme
L’année 2025 marque également un tournant du côté des désinvestissements. Les sorties ont atteint 4,199 milliards de dirhams, contre des niveaux nettement inférieurs les années précédentes. Au total, 24 opérations de désinvestissement ont été réalisées durant l’exercice.
Le phénomène est particulièrement important car la capacité d’un marché à générer des sorties conditionne directement sa capacité à attirer de nouveaux investisseurs. Le rapport souligne que les désinvestissements ont plus que triplé entre les générations de fonds 2014-2019 et 2020-2025.
Autre évolution notable, le retour des introductions en Bourse. Après plusieurs années de faible activité, les IPO représentent désormais 33% des sorties en valeur.
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Cette tendance renforce le lien entre capital-investissement et marché boursier marocain. Elle offre aux investisseurs une voie de sortie plus diversifiée tout en alimentant la profondeur du marché des capitaux. En outre, la performance qui gagne en crédibilité avec le développement du secteur s’accompagne d’une amélioration de ses indicateurs financiers.
Le taux de rendement interne brut moyen atteint 14% à fin 2025, contre 12% un an auparavant. Le multiple moyen ressort à 1,9 fois l’investissement initial pour une durée moyenne de détention de 6,2 années. Ces niveaux rapprochent progressivement le marché marocain des standards observés dans plusieurs économies émergentes.
Les performances demeurent toutefois contrastées selon les secteurs où les activités liées à la santé affichent les rendements les plus élevés avec un TRI moyen de 31%, devant les services à 18% et la construction à 14%.




