La Société financière internationale (SFI), branche du Groupe de la Banque mondiale dédiée au secteur privé, engage une nouvelle étape dans son implication au Maroc en lançant un appel à consultation pour élaborer une feuille de route d’investissement touristique. La mission vise à identifier les segments porteurs, à analyser les freins à l’investissement et à proposer des mécanismes concrets pour mobiliser des capitaux privés.
Ce cadrage intervient dans un moment de forte dynamique du secteur. Le Maroc a atteint un seuil historique de près de 20 millions de touristes, selon le ministère du Tourisme, soit un niveau record qui confirme le repositionnement du pays comme destination majeure à l’échelle africaine et méditerranéenne. Les recettes touristiques ont dépassé 125 milliards de dirhams, consolidant le tourisme comme première source de devises devant les transferts des MRE et les exportations automobiles.
L’approche retenue par la SFI repose sur une analyse détaillée de l’écosystème touristique, incluant la cartographie des acteurs, l’étude de la demande et une comparaison internationale des destinations concurrentes. Cette lecture vise à dépasser la seule logique d’attractivité pour s’intéresser à la rentabilité réelle des projets et à leur capacité à mobiliser des financements privés.
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Le diagnostic attendu doit également intégrer une analyse des chaînes de valeur, en identifiant les segments où les écarts d’investissement limitent la création de valeur. Hébergement, animation touristique, transport ou services connexes constituent autant de maillons où la structuration de l’offre reste inégale selon les territoires.
La mission prévoit une hiérarchisation des opportunités par produit, destination et sous-segment, afin d’orienter les flux d’investissement vers les niches les plus rentables. Ce ciblage apparaît déterminant dans un contexte où la croissance des arrivées ne se traduit pas systématiquement par une hausse proportionnelle de la valeur générée.
Les données du ministère du Tourisme montrent en effet que la durée moyenne de séjour et la dépense par touriste restent des variables sensibles. L’enjeu consiste dès lors à orienter les investissements vers des segments à plus forte valeur ajoutée, notamment le tourisme expérientiel, le tourisme rural ou encore les offres liées à l’écotourisme.
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L’un des axes structurants de la feuille de route concerne la mobilisation du secteur privé, considérée comme un levier clé pour accompagner les ambitions nationales. La SFI met l’accent sur la bancabilité des projets, condition essentielle pour attirer les investisseurs institutionnels et les fonds spécialisés.
Cette orientation s’inscrit dans une logique plus large de transformation du modèle de financement du tourisme. Bank Al-Maghrib souligne dans ses dernières publications que l’investissement privé demeure concentré sur les segments traditionnels, avec une exposition encore limitée aux projets innovants ou territorialisés.
Intégration des enjeux climatiques et de durabilité
La dimension environnementale occupe une place centrale dans la mission, avec une évaluation des opportunités d’investissement «climato-intelligentes» et des mécanismes de financement vert. Ce positionnement reflète l’évolution des standards internationaux, où les critères ESG conditionnent de plus en plus l’accès aux financements.
Le Maroc, engagé dans une stratégie nationale de développement durable, cherche à aligner son offre touristique sur ces exigences. Le secteur représente environ 7% du PIB selon le HCP, ce qui en fait un levier majeur de transition vers une économie plus résiliente.
Au-delà de la dimension financière, la feuille de route devra intégrer les besoins en main-d’œuvre, la formation et l’implication des PME locales. Le tourisme emploie directement et indirectement plusieurs centaines de milliers de personnes au Maroc, ce qui en fait un secteur clé pour l’inclusion économique.
La question territoriale apparaît également déterminante. L’essentiel des flux reste concentré sur quelques pôles, tandis que plusieurs régions disposent d’un potentiel encore sous-exploité. La capacité à orienter l’investissement vers ces zones conditionne l’équilibre du développement touristique à moyen terme.
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La SFI attend, à l’issue de cette mission, un document opérationnel intégrant un portefeuille priorisé de projets, des recommandations de réformes et des solutions de financement adaptées. L’objectif consiste à transformer la dynamique actuelle du tourisme en levier d’investissement structuré.
Ce travail intervient alors que le Maroc se prépare à accueillir des événements internationaux majeurs à l’horizon 2030, ce qui renforce la nécessité d’une planification fine des investissements. La capacité à aligner croissance des flux, création de valeur et financement privé constitue désormais l’enjeu central du secteur.




