Atlantique africain: le Maroc plaide pour une gouvernance portée sur les économies maritime

Port Dakhla Atlantique.

Placée au cœur des premières Assises maritimes, la vision atlantique du Royaume dessine une approche fondée sur la connectivité, l’intégration régionale et la coordination économique entre les États africains riverains de l’Atlantique. Le Maroc défend ainsi une gouvernance articulée autour des échanges maritimes, des infrastructures portuaires, de l’énergie et de l’économie bleue afin de renforcer la place du continent dans les flux commerciaux mondiaux.

Le 21/05/2026 à 16h48

Placée sous le haut patronage du roi Mohammed VI, la première édition des Assises maritimes a servi de tribune à une lecture élargie du rôle stratégique de l’Atlantique africain dans les équilibres économiques et géopolitiques du continent. À travers l’intervention de Tarik Iziraren, secrétaire permanent du Processus des États africains atlantiques, le Maroc a défendu une vision fondée sur l’intégration régionale, la connectivité et la coordination africaine autour des enjeux maritimes, énergétiques et logistiques. L’ambition affichée repose sur une approche articulant sécurité, développement et souveraineté économique à l’échelle atlantique.

Réunies autour du thème: «Le Maroc, Nation Maritime Émergente», les premières Assises maritimes ont placé la question atlantique au cœur des nouvelles dynamiques économiques régionales. Organisée par le ministère du Transport et de la Logistique, cette rencontre a rassemblé responsables gouvernementaux, autorités portuaires, organisations internationales et acteurs économiques autour des transformations qui redessinent les échanges maritimes africains.

Intervenant lors de la cérémonie d’ouverture, Tarik Iziraren a insisté sur «le caractère intégré de cette initiative, de cette vision royale, ainsi que sa portée géostratégique et géoéconomique». Le secrétaire permanent du Processus des États africains atlantiques a surtout cherché à inscrire cette démarche dans une logique de complémentarité entre plusieurs initiatives royales articulées autour de l’espace atlantique africain.

Son intervention a permis de repositionner le Processus des États africains atlantiques comme un instrument de coordination continentale destiné à «fédérer les États africains riverains de l’Atlantique autour d’une vision commune et d’objectifs partagés afin de favoriser la stabilité et une prospérité commune dans la région». Derrière cette approche institutionnelle apparaît une ambition économique plus large celle de transformer l’Atlantique africain en espace structurant pour les échanges, les infrastructures et l’intégration régionale.

Le Sahel au centre des enjeux de connectivité

La dimension économique de cette vision royale s’est également exprimée à travers la question de l’accès des pays du Sahel à l’Atlantique. Tarik Iziraren a rappelé que cette initiative répond à des déséquilibres structurels affectant les économies sahéliennes, citant les données de la Banque mondiale selon lesquelles «les coûts du commerce pour ces pays sont plus de deux fois supérieurs à ceux des pays côtiers».

Ce constat donne une portée concrète aux enjeux de connectivité évoqués lors des Assises maritimes. L’amélioration des infrastructures portuaires, logistiques et commerciales apparaît ainsi comme un levier destiné à réduire les coûts de circulation des marchandises et à fluidifier les échanges régionaux.

La déclaration de Tarik Iziraren replace également le Maroc dans une fonction de connecteur régional. «Le Royaume a toujours assumé cette fonction de hub entre l’Afrique et les autres régions du monde», a-t-il affirmé, en soulignant que cette dynamique s’accompagne d’un rôle d’intégrateur continental. Cette lecture rejoint les orientations défendues par Abdessamad Kayouh, ministre du Transport et de la Logistique, qui a plaidé pour «un écosystème intégré reposant sur une flotte compétitive, une logistique intermodale renforcée, une gouvernance modernisée, un capital humain qualifié et une sécurité durable».

L’économie bleue au cœur de la stratégie

Le discours de Tarik Iziraren a également mis en avant les dimensions économiques du partenariat atlantique africain. Le deuxième pilier du Processus des États africains atlantiques porte ainsi sur «l’économie bleue, la connectivité et l’énergie».

Il a rappelé que le commerce intra-africain demeure limité à «environ 16%», tandis que la contribution du continent au commerce mondial «avoisine seulement 3%». Ces données ont servi à illustrer les marges de progression encore importantes en matière d’intégration commerciale africaine.

La connectivité maritime et logistique apparaît dès lors comme un facteur de compétitivité économique. Les capacités portuaires, les corridors logistiques et les infrastructures énergétiques sont présentés comme des instruments permettant d’accélérer les échanges régionaux tout en renforçant l’insertion du continent dans les flux internationaux.

Le gazoduc Afrique-Atlantique occupe une place centrale dans cette stratégie. Tarik Iziraren l’a qualifié de «pilier majeur de la vision royale atlantique», estimant que ce projet constitue «un levier essentiel pour renforcer la souveraineté énergétique des États africains atlantiques». Il a également relié la pertinence du projet aux «tensions actuelles au Moyen-Orient et à leurs conséquences sur l’approvisionnement et les prix des hydrocarbures».

Cette articulation entre énergie, logistique et commerce traduit une approche plus globale de l’intégration économique régionale. Le Maroc cherche ainsi à positionner l’Atlantique africain comme un espace de circulation des flux commerciaux, énergétiques et industriels.

Au-delà des dimensions économiques, l’intervention de Tarik a fortement insisté sur la question de la gouvernance régionale. Le secrétaire permanent du PAA a défendu «une première vision africaine, purement africaine, de la coopération dans l’Atlantique», destinée à permettre aux États du continent de «définir, en toute indépendance, leurs propres objectifs et priorités».

Cette approche traduit une volonté d’inscrire les partenariats internationaux dans un cadre défini par les pays africains eux-mêmes. Tarik Iziraren a ainsi expliqué que les États africains souhaitent construire leurs coopérations «sur la base de priorités définies par les Africains eux-mêmes».

Iziraren a également insisté sur la nécessité d’une coordination collective pour répondre aux enjeux sécuritaires, économiques et climatiques qui affectent l’espace atlantique. «Aucun ne pourra, à lui seul, relever ou surmonter ces défis», a-t-il rappelé en évoquant les problématiques liées au terrorisme, à la criminalité transnationale organisée ou encore à la piraterie maritime.

Cette logique collective a conduit Tarik Iziraren à mettre en avant l’idée d’un «leadership collectif» au sein du Processus des États africains atlantiques. L’objectif affiché consiste à renforcer l’appropriation régionale des initiatives engagées tout en consolidant les mécanismes de coopération sectorielle.

Les provinces du Sud au cœur de la dynamique atlantique

La dimension territoriale de cette stratégie a également occupé une place importante dans l’intervention du secrétaire permanent du PAA. Tarik Iziraren a affirmé que «les provinces du Sud du Royaume occupent une place centrale dans la vision royale».

Cette orientation s’inscrit dans une logique de projection atlantique du Maroc à travers les infrastructures portuaires, les corridors logistiques et les projets énergétiques développés dans les provinces du Sud.

Le responsable marocain a d’ailleurs relié cette dynamique à «l’évolution du soutien international à la souveraineté du Maroc sur son Sahara», évoquant explicitement «la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies».

En clôturant son intervention, Tarik Iziraren a repris les propos du roi Mohammed VI prononcés lors du discours de la Marche verte du 6 novembre 2023: «Depuis que le Royaume a récupéré ses provinces du Sud, sa vocation de pays atlantique s’est encore affirmée.»

Par Mouhamet Ndiongue
Le 21/05/2026 à 16h48