Les mouvements de grève observés la semaine dernière et encore ce mercredi dans plusieurs quartiers de Casablanca traduisent, selon les professionnels, un malaise qui dépasse la seule question du prix du carburant. Derrière la mobilisation se trouvent plusieurs revendications liées aux charges d’exploitation, au tarif minimum de la course, à la protection sociale et à l’évolution du secteur face aux nouvelles formes de transport. «La situation économique et sociale des professionnels du taxi continue de se dégrader, alors que les coûts d’exploitation augmentent et que les revenus ne suivent plus», déclare Mohammed Ayat, coordinateur régional du Syndicat national du secteur du taxi affilié à l’Union nationale du travail au Maroc (UNTM).
Au cœur de la contestation figure d’abord le tarif minimum des courses, que les professionnels espèrent voir monter à 10 dirhams pour un usager et à 15 dirhams pour un groupe de trois personnes. Ensuite vient le prix du gasoil. Pour les chauffeurs, le dispositif d’aide exceptionnelle mis en place pour faire face à la flambée des prix des carburants ne suffit plus à absorber l’augmentation des charges. La hausse du coût du carburant s’ajoute en effet aux dépenses liées à l’entretien des véhicules, aux pièces de rechange, aux assurances, aux taxes et aux autres frais liés à l’activité.

«Le soutien exceptionnel a permis d’atténuer une partie de la pression, mais son montant reste insuffisant et son versement n’est pas toujours régulier», explique Mohammed Ayat. Le syndicat demande ainsi la mise en place d’un mécanisme plus durable, avec notamment un «gasoil professionnel» destiné aux transporteurs. À défaut, il réclame un plafonnement du prix du gasoil destiné au transport public.
Les professionnels demandent également une révision à la hausse de l’aide exceptionnelle, afin qu’elle corresponde davantage à l’évolution réelle des prix des carburants, ainsi qu’une plus grande régularité dans son versement. Le syndicat évoque notamment l’absence de soutien pour le mois de juin et la première moitié du mois de juillet, qu’il estime préjudiciable aux chauffeurs.
Au-delà du prix à la pompe, la question des marges réalisées dans le secteur des hydrocarbures est également soulevée. Le syndicat réclame une surveillance effective du marché et une plus grande transparence dans la formation des prix. Il demande aussi des mesures fiscales temporaires, notamment concernant la taxe intérieure de consommation et la TVA sur les carburants, ainsi qu’un contrôle des marges des sociétés de distribution.
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«Nous demandons que le débat soit ouvert sur la structure des prix des carburants et sur les marges, mais aussi que les aides puissent parvenir directement aux chauffeurs qui exercent réellement», ajoute Mohammed Ayat. Le syndicat propose, à ce titre, de s’appuyer sur les données de la carte professionnelle électronique afin de mieux identifier les professionnels effectivement actifs.
La concurrence des applications de transport au cœur des tensions
Autre dossier qui cristallise les tensions: la concurrence des applications de transport VTC. Pour les chauffeurs de taxi, le développement de plateformes numériques opérant en dehors du cadre réglementaire actuel crée une situation de concurrence qu’ils jugent déséquilibrée.
Pour autant, le syndicat affirme ne pas être opposé à la digitalisation du secteur. Il réclame plutôt un cadre juridique permettant aux chauffeurs professionnels de bénéficier eux aussi des outils numériques. «Il ne s’agit pas de lutter contre la technologie ou contre la digitalisation, mais de l’intégrer dans un cadre légal qui protège à la fois le professionnel et le citoyen», souligne Mohammed Ayat.
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Dans cette perspective, le syndicat plaide pour l’élaboration d’un cahier des charges clair pour le transport via les applications et pour l’autorisation des chauffeurs professionnels disposant d’une carte de confiance électronique à exercer légalement à travers ces plateformes. Il demande également que les représentants des professionnels soient associés à l’élaboration du futur cadre réglementaire.
La protection sociale, autre point de friction
La couverture sociale constitue un autre point de friction. Le syndicat dénonce les difficultés liées au système actuel, notamment le fait que la carte professionnelle puisse servir de référence pour déterminer l’accès à la couverture sociale et le montant des cotisations, alors qu’elle ne permettrait pas toujours de distinguer les chauffeurs qui exercent réellement de ceux qui ne travaillent plus ou dont les revenus sont irréguliers.
Cette situation aurait, selon les professionnels, entraîné l’accumulation de cotisations et de dettes pour certains détenteurs de cartes professionnelles qui n’exercent pas effectivement l’activité. «On ne peut pas faire peser des dettes sur des professionnels qui ne travaillent pas ou qui n’ont pas eu de revenus réguliers sans traiter d’abord l’origine du problème», estime le coordinateur régional.
Les responsables du secteur réclament ainsi l’effacement des dettes et cotisations accumulées dans ce cadre et une nouvelle définition des bénéficiaires de la couverture sociale, fondée sur l’exercice effectif de la profession. Ils souhaitent notamment que la carte de confiance électronique permette d’identifier les chauffeurs actifs et de tenir compte du nombre de jours travaillés.
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La situation des chauffeurs employés par des propriétaires disposant de plusieurs contrats ou par des sociétés est également soulevée. Le syndicat demande que ces travailleurs soient déclarés conformément au Code du travail et que des mesures soient prises à l’encontre des entreprises qui ne respecteraient pas leurs obligations.
Moderniser le parc automobile et accélérer la transformation numérique
Autre revendication de fond: la modernisation du parc automobile. Pour les professionnels, le renouvellement des véhicules constitue désormais une nécessité, notamment face aux exigences environnementales, aux enjeux de sécurité et à l’évolution des habitudes des usagers.
Ils demandent donc la reprise et l’accélération du programme de renouvellement du parc, avec une révision du montant des aides afin de tenir compte de la hausse du prix des véhicules. Ils plaident également pour l’acquisition de véhicules moins énergivores, hybrides ou électriques, tout en facilitant l’accès au financement à des conditions adaptées aux réalités économiques du secteur.
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«Le renouvellement du parc doit aller de pair avec une véritable transformation du secteur, notamment sur les plans technologique et numérique», indique Mohammed Ayat. L’objectif affiché est de permettre aux taxis de s’intégrer davantage dans les nouveaux modes de mobilité et d’améliorer la qualité du service proposé aux usagers.
Derrière l’ensemble de ces revendications, les professionnels demandent surtout une vision à plus long terme pour le secteur. Ils pointent également le retard pris dans la publication des résultats de l’étude confiée à un bureau d’études, annoncée par le ministère de l’Intérieur l’année dernière, qu’ils considèrent comme un élément important pour l’avenir de la profession.
«Le secteur du taxi ne peut pas continuer à fonctionner avec des solutions ponctuelles face à des problèmes qui sont devenus structurels», conclut Mohammed Ayat. Pour le syndicat, la sortie de crise passe désormais par des décisions durables sur le carburant, la tarification, la protection sociale, la concurrence, le renouvellement du parc et la transformation numérique du secteur.




