Poulet: de 6-7 DH à plus de 20 DH le kilo, les raisons d’une flambée des prix

Des poulets élevés dans une ferme avicole au Maroc. (Y.Jaoual/Le360)

Le 27/09/2026 à 16h08

VidéoAprès avoir atteint des niveaux historiquement bas ces derniers mois, le prix du poulet dépasse de nouveau les 20 dirhams le kilogramme dans plusieurs marchés. Une hausse que les professionnels attribuent à la baisse de l’offre, elle-même liée aux lourdes pertes essuyées par les éleveurs. Explications.

Le prix du poulet repart à la hausse. Après être tombé à 6 ou 7 dirhams le kilogramme ces derniers mois, il s’établit désormais entre 16 et 17 dirhams à la sortie des fermes, et dépasse les 20 dirhams chez le consommateur. Une remontée que les professionnels expliquent principalement par la forte baisse des prix enregistrée auparavant, qui a poussé de nombreux éleveurs à réduire leur activité.

«Cette hausse que nous constatons ces derniers jours est la conséquence de la baisse des prix enregistrée au cours des semaines et des mois précédents», explique Abdelkhalek El Mekhtoum, vice-président de l’Association nationale des producteurs de viandes de volailles.

Avant l’Aïd Al-Adha, le prix du poulet avait ainsi chuté jusqu’à 6 ou 7 dirhams le kilogramme, entraînant de lourdes pertes pour les éleveurs. «Les pertes ont été considérables. L’offre était tellement abondante que certains avaient acheté le poussin à 10 dirhams pièce avant de devoir écouler leur production à seulement 6 ou 7 dirhams le kilo», raconte le professionnel.

Face à de tels niveaux de prix, une partie des éleveurs a progressivement réduit, voire cessé, son activité. Ce repli a fini par peser sur l’offre et, quelques semaines plus tard, la raréfaction des volumes disponibles a mécaniquement entraîné une remontée des prix. «On élevait beaucoup moins de poussins qu’avant. Au bout d’un certain temps, cela s’est forcément répercuté sur les prix», résume-t-il.

Un marché qui fonctionne par cycles

Pour les professionnels, cette situation illustre surtout le fonctionnement cyclique de la filière. Lorsque les prix chutent fortement, les éleveurs réduisent leurs mises en élevage. L’offre diminue alors progressivement et, quelques mois plus tard, les prix repartent à la hausse. À l’inverse, lorsque les prix augmentent, les producteurs relancent leur activité, au risque de provoquer ensuite une offre excédentaire.

«Un jour, le prix tombe à 7 dirhams, le lendemain, il peut grimper jusqu’à 20 dirhams», souligne le vice-président de l’association. Selon lui, un prix stabilisé autour de 13 à 14 dirhams le kilogramme permettrait d’assurer un meilleur équilibre à la filière.

Aujourd’hui, le poulet quitte les élevages autour de 16 à 17 dirhams le kilogramme, avec des pics pouvant atteindre 18 dirhams. Chez le consommateur, le prix dépasse ensuite les 20 dirhams, autour de 21 à 22 dirhams, après prise en compte des coûts de transport, de distribution et de carburant.

Dans le même temps, les charges des éleveurs restent élevées. Le poussin coûte actuellement autour de 10 dirhams, auxquels s’ajoutent l’alimentation, les médicaments, la vaccination et l’énergie. Mais au-delà du niveau de ces charges, c’est surtout l’incertitude sur le prix de vente qui complique la gestion des exploitations.

Un éleveur qui lance aujourd’hui un nouveau cycle de production ignore à quel prix il pourra écouler ses poulets quelques semaines plus tard. «Le producteur qui met aujourd’hui des poussins en élevage peut se retrouver avec un coût de revient de 15 ou 16 dirhams le kilo à la sortie de la ferme. S’il vend à 16 ou 17 dirhams, sa marge sera quasiment nulle», explique Abdelkhalek El Mekhtoum.

À l’inverse, une nouvelle chute des cours pourrait rapidement replonger les éleveurs dans les pertes. «Le prix peut retomber à 10 dirhams alors que le coût de revient atteint 16 ou 17 dirhams. Dans ce cas, le producteur subira de nouveau des pertes considérables», prévient-il.

Pour le professionnel, c’est précisément cette alternance de hausses et de baisses qui fragilise la filière. «Quand les prix montent, ils finissent par redescendre deux ou trois mois plus tard. Et lorsqu’ils baissent, le mouvement s’inverse quelques mois après», résume-t-il.

Une instabilité dont le consommateur fait également les frais. «Lui non plus n’y gagne pas: un jour, il achète le poulet à 8 dirhams le kilo et, quelque temps plus tard, à 20 dirhams», souligne Abdelkhalek El Mekhtoum.

Les élections et les mariages, des facteurs secondaires

La remontée des prix intervient quelques jours après les élections législatives du 23 septembre. Mais pour Abdelkhalek El Mekhtoum, le scrutin n’a pas de lien direct avec cette évolution.

«Les élections ne sont pas la cause de cette hausse. Elles sont simplement arrivées à un moment où les prix allaient déjà augmenter, à la suite des pertes que nous avions enregistrées auparavant», précise-t-il.

Le professionnel relativise également l’impact des mariages et autres célébrations sur la demande. Selon lui, leur effet reste limité et ne dépasserait pas 10%. «Les mariages peuvent aider, mais ils n’ont pas un grand rôle», explique-t-il.

Il rappelle à ce titre que les mois de juillet et août, pourtant marqués par de nombreuses cérémonies, avaient connu des prix relativement bas, avec un poulet vendu jusqu’à 11 dirhams le kilogramme.

La remontée observée depuis le début du mois de septembre serait donc principalement liée, selon les professionnels, au recul de la production après plusieurs mois de prix particulièrement bas.

Ajuster la production à la demande

Pour éviter que ce cycle ne se répète, l’enjeu est désormais de parvenir à mieux ajuster la production aux besoins du marché. Abdelkhalek El Mekhtoum appelle notamment à une meilleure régulation de la production des poussins et des poules reproductrices.

«La production des poussins doit être équilibrée. Il faut produire le nombre qui correspond réellement aux besoins. Sinon, on restera toujours dans ce cycle si on ne parvient pas à trouver un équilibre entre l’offre et la demande», avertit le professionnel.

Pour sortir de cette spirale, il plaide pour une meilleure anticipation des besoins du marché, en s’inspirant notamment de certaines expériences européennes. L’objectif serait de disposer de données plus précises sur la consommation afin de permettre aux producteurs d’adapter leurs prévisions et leurs volumes.

Par Youssra Jaoual
Le 27/09/2026 à 16h08