Si la baisse des prix du poulet favorise actuellement le pouvoir d’achat des consommateurs, elle place les éleveurs au cœur d’une crise économique inédite. Face à l’accumulation des stocks et à la disparition des marges, la filière avicole marocaine réclame une régulation urgente du marché pour garantir sa pérennité.
Alors que le prix de vente à la ferme se négocie entre 7 et 8 dirhams le kilogramme, les tarifs sur les marchés de gros oscillent entre 9 et 9,50 dirhams. «La situation est inédite: nous avons 13 à 14 millions de poussins par semaine sur le marché, contre 6 à 7 millions en temps normal. Le surplus est massif et invendable», déplore Abdelghani, un éleveur.
Cette accumulation de volailles, notamment de spécimens «trop gros» difficiles à écouler, alourdit les charges. «Ces poulets lourds stockés nous coûtent cher en alimentation. Il faut qu’ils sortent pour assainir le marché, mais la demande ne suit pas», explique-t-il, prédisant toutefois une remontée des prix vers 13 ou 14 dirhams d’ici quinze jours, une fois ce surplus résorbé.
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Face à la baisse de la consommation, certaines rumeurs ont pointé du doigt l’influence du «régime Tayyibat», tendance excluant le poulet et l’œuf de l’alimentation. Les éleveurs sont pourtant catégoriques: ce régime n’est pas responsable de la chute des ventes.
«Il n’y a aucun problème de santé lié au poulet; il est sain et tout le monde en consomme. Ce qui se passe est une simple surproduction, couplée à un essoufflement de la demande après les périodes de fortes dépenses comme l’Aïd ou le Ramadan», tranche Abdelghani. Pour lui, ce désamour est purement conjoncturel et lié au pouvoir d’achat, loin de toute polémique nutritionnelle.
Cette crise met surtout en lumière une faille structurelle majeure: le déficit chronique d’infrastructures de stockage frigorifique. C’est, selon Abdelghani, une course contre la montre perdue d’avance. Faute de capacités de conservation permettant de transformer l’excédent en stock stratégique, la filière est incapable de «lisser» sa production sur l’année.
Concrètement, lors d’un pic d’offre, l’éleveur n’a aucune porte de sortie: il est contraint de brader sa production à perte pour éviter que les animaux ne dépassent leur poids commercial, ce qui alourdirait inutilement ses coûts d’alimentation. À ce manque d’infrastructures s’ajoute une dépendance quasi totale à l’abattage artisanal ou semi-industriel. Dans ce modèle, la vente doit être immédiate, faute de capacités de conservation. Le secteur fonctionne ainsi en «flux tendu»: l’éleveur doit vendre ses bêtes dès qu’elles atteignent leur poids optimal, sans aucune souplesse.
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Le marché de l’œuf subit également cette morosité. «Avec la chaleur et le contexte actuel, la consommation baisse. Le prix a chuté, nous sommes à environ 40 ou 55 centimes» l’unité, explique Mbarek, un vendeur.
Cette baisse est accentuée par un manque de dynamisme commercial: «Aujourd’hui, l’activité est calme, bien loin de la fluidité du Ramadan, de Chaâbane ou du Nouvel an. Les gens achètent, mais le volume global ne permet pas de soutenir les prix.»
Pour les professionnels, cet état des lieux confirme l’urgence d’une meilleure gestion de la filière. «Les échanges sont au ralenti. Tant que le marché ne sera pas assaini, les prix resteront bas, mais cette situation n’est pas tenable sur le long terme pour nos exploitations», concluent-ils.




