Après des mois marqués par une hausse continue des prix de la volaille, le marché connaît aujourd’hui un retournement important. Dans les élevages, le kilogramme de poulet se négocie désormais entre 7 et 8 dirhams seulement, des niveaux rarement observés ces dernières années. Une baisse qui satisfait les consommateurs, mais qui plonge les professionnels du secteur dans une situation particulièrement préoccupante.
Au cœur de cette crise, les éleveurs dénoncent un déséquilibre grandissant entre l’offre et la demande. À Laâjajra, dans la province de Moulay Yaâcoub, Mohamed Talal, éleveur de volailles, tire la sonnette d’alarme. «Aujourd’hui, nous vendons le poulet entre 7 et 8 dirhams le kilogramme alors que le coût réel de production dépasse largement ces niveaux et peut atteindre 14 dirhams. Chaque vente se traduit par une perte financière importante», déclare-t-il.
Selon lui, la principale explication réside dans un excédent de production devenu difficile à absorber par le marché national. «Près de 15 millions de poussins sont produits chaque semaine alors que les besoins réels du marché marocain ne dépassent pas 9 millions dans des conditions normales», explique-t-il.
À cette surproduction est venue s’ajouter une baisse de la consommation durant la période de l’Aïd al-Adha. Les dépenses importantes engagées par les ménages pour l’achat du mouton ont considérablement réduit leur budget consacré aux autres produits alimentaires. «La baisse de la demande pendant l’Aïd est un phénomène habituel, mais cette année, son impact a été beaucoup plus marqué en raison du niveau élevé des dépenses des familles», ajoute l’éleveur.
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Les conséquences sont visibles dans de nombreuses exploitations. Faute d’acheteurs, une partie de la production reste bloquée dans les fermes, entraînant des charges supplémentaires pour les professionnels. «Certains éleveurs conservent encore des poulets âgés de plus de 70 jours. Certains atteignent même cinq kilogrammes parce qu’ils ne trouvent pas preneur», affirme-t-il.
Chaque jour supplémentaire passé dans les élevages augmente pourtant les dépenses liées à l’alimentation, aux soins et à l’entretien des installations. Une situation qui aggrave encore davantage les pertes. «Nous supportons seuls l’ensemble des coûts: l’achat des poussins, les aliments, le chauffage, la main-d’œuvre, le loyer ainsi que les risques sanitaires. Les pertes actuelles varient entre 15.000 et 20.000 dirhams pour chaque lot de mille poulets», précise Mohamed Talal.
Des poulets dans une exploitation avicole dans la commune de Laâjajra dans la région Fès-Meknès (Y.Jaoual/Le360).. Le360
L’éleveur pointe également du doigt les nombreux intermédiaires qui interviennent entre la ferme et le consommateur final. Un circuit qu’il juge excessivement long et peu favorable aux producteurs. «Le poulet quitte les exploitations à 7 ou 8 dirhams le kilogramme, mais il est parfois vendu à plus de 13 ou 14 dirhams dans certains points de vente. Cela montre l’écart considérable entre le prix payé au producteur et celui supporté par le consommateur», déplore-t-il.
Si les fluctuations des prix sont inhérentes à toute activité agricole, les professionnels estiment que la situation actuelle dépasse largement les variations habituelles du marché. «Lorsque l’offre augmente et que la demande baisse, les prix reculent naturellement. Mais aujourd’hui, les pertes enregistrées dépassent ce qui peut être considéré comme une simple correction du marché», confirme l’éleveur.
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Sur le terrain, l’inquiétude gagne de plus en plus de producteurs, dont certains peinent déjà à honorer leurs engagements financiers auprès des fournisseurs d’aliments, de poussins et de matériel. «De nombreux éleveurs sont aujourd’hui confrontés à des difficultés pour rembourser leurs dettes et régler leurs factures. Si cette situation perdure, plusieurs exploitations risquent tout simplement de disparaître», alerte-t-il.
Pour les professionnels du secteur, l’enjeu dépasse désormais la seule question des prix. Derrière la crise actuelle se joue la pérennité de nombreuses exploitations avicoles et, à plus long terme, la stabilité d’un secteur stratégique pour la sécurité alimentaire du Royaume. «Le maintien de cette situation pourrait entraîner la sortie de nombreux éleveurs du marché et fragiliser durablement toute la filière», conclut Mohamed Talal.











