Le marché avicole marocain traverse actuellement une zone de fortes turbulences, marquée par un recul très net des cours du poulet. «Ce phénomène, bien que cyclique dans la filière, met à rude épreuve l’équilibre financier des exploitations et interroge les mécanismes de régulation sectoriels» indique le magazine hebdomadaire Challenge, qui a interrogé Ahmed Daoudi, directeur délégué de la FISA. Le représentant de cette filière a expliqué que «cette baisse brutale trouve son origine première dans une différence flagrante entre les volumes disponibles et la réactivité des consommateurs». En effet, relaie le magazine, «la production de viande de volaille a connu une progression importante ces derniers mois, à la faveur d’une amélioration notable des conditions d’élevage et d’une augmentation soutenue des mises en place de poussins, tandis que les volumes absorbés par le marché intérieur n’ont pas progressé au même rythme».
Selon Challenge, ce contexte «se trouve considérablement accentué par un calendrier saisonnier traditionnellement défavorable aux viandes blanches. La période consécutive à la célébration de l’Aïd Al-Adha s’accompagne invariablement d’un ralentissement de la consommation de volaille au sein des ménages marocains, un glissement conjoncturel auquel s’ajoutent de nouvelles mutations latentes dans les habitudes alimentaires globales». Et pour le représentant de la FISA, «il ne s’agit pas d’une cause unique, mais bien de la combinaison de plusieurs facteurs économiques et saisonniers qui convergent pour peser sur les cours actuels».
Pour Challenge, alors que «le diagnostic initial pointe vers une crise de surproduction passagère, cet épisode agit comme un révélateur des fragilités structurelles qui encombrent le circuit de distribution de la filière». Le magazine rappelle à cet égard que l’actuel contexte «demeure avant tout conjoncturel et caractérisé par une offre abondante tant pour la viande de volaille que pour les œufs de consommation», alors même qu’Ahmed Daoudi concède que «ce choc de marché expose au grand jour des vulnérabilités plus profondes. Cet épisode met en évidence certaines problématiques plus structurelles, notamment la forte volatilité de la demande et les insuffisances de structuration du segment aval de la filière, en particulier au niveau de la valorisation, de la commercialisation et de la distribution».
Selon Challenge, «l’impact de cet affaissement des prix se fait ressentir de manière asymétrique le long de la chaîne de valeur, touchant de plein fouet les maillons les plus exposés au risque agricole. Les éleveurs se retrouvent ainsi en première ligne face à l’effondrement des marges, contraints de vendre à perte lorsque les cours s’effondrent sous le seuil technique de viabilité». Le magazine explique en effet que «lorsque les prix de vente à la ferme descendent en dessous des coûts de production, les éleveurs subissent des pertes financières importantes, prévient le directeur délégué, précisant que la conjoncture affecte particulièrement les producteurs de volailles et les producteurs d’œufs, qui supportent l’essentiel du risque économique».
Toutefois, «les instances représentatives de la filière refusent de céder au pessimisme et rappellent la résilience historique d’un secteur habitué à naviguer à travers des cycles alternant des périodes de baisse et de hausse des prix. Malgré la sévérité des pertes enregistrées par les opérateurs, les bases fondamentales de l’aviculture marocaine ne semblent pas compromises à long terme», écrit le magazine, ajoutant que «la filière demeure solide, continue d’assurer l’approvisionnement du marché national et conserve intacte sa capacité de production, l’enjeu majeur consistant désormais à renforcer les mécanismes permettant une meilleure valorisation des produits et une répartition plus équilibrée de la valeur au sein de la chaîne».
Challenge prévoit que «le retour à une situation de stabilité reste suspendu à la réactivité du marché et à la maîtrise des facteurs exogènes qui influencent directement l’activité avicole», car «les projections pour les mois à venir intègrent de nombreuses variables, de la volatilité des intrants sur les marchés internationaux aux aléas climatiques locaux». En conséquence, «les marchés avicoles restent naturellement sensibles à plusieurs facteurs, notamment l’évolution de l’offre, de la demande, des coûts des matières premières et des conditions climatiques». Des incertitudes qui poussent la FISA à afficher «sa confiance quant à la capacité de la filière à retrouver un niveau de prix plus conforme aux réalités économiques». C’est d’ailleurs une «normalisation attendue devra s’accompagner d’un chantier de réformes à long terme, axé sur la modernisation et la structuration du segment aval, afin d’insuffler une plus grande transparence, d’optimiser l’efficacité des circuits commerciaux et de prémunir les producteurs contre les futurs retournements de conjoncture», écrit Challenge.




