Filière avicole: les dessous d’une crise sans précédent

Hangar d'élevage de poulets.

Revue de presseL’activité de l’élevage de volaille au Maroc traverse actuellement une tempête économique d’une intensité inédite, marquée par un effondrement spectaculaire des cours du poulet vif à la ferme. Cette situation, qui plonge les éleveurs dans un désarroi profond, révèle les fragilités structurelles d’une filière essentielle à la sécurité alimentaire du Royaume et ravive une guerre ouverte d’accusations mutuelles entre l’Association nationale des éleveurs de poulets de chair et la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole. Cet article est une revue de presse tirée du quotidien Al Akhbar.

Le 11/06/2026 à 18h47

L’activité de l’élevage de volaille au Maroc traverse actuellement une tempête économique d’une intensité inédite, marquée par un effondrement spectaculaire des cours du poulet vif à la ferme. Cette situation, qui plonge les éleveurs dans un désarroi profond, met en lumière les fragilités structurelles d’une filière essentielle à la sécurité alimentaire du Royaume et ravive une guerre ouverte d’accusations mutuelles entre les différents acteurs professionnels du marché, indique le quotidien Al Akhbar de ce vendredi 12 juin.

Dans les exploitations avicoles marocaines, le climat est à la désolation, face à une baisse des prix de vente qui défie toute logique de rentabilité économique. Les tarifs enregistrés au niveau des fermes ont chuté de manière drastique, se stabilisant parfois à moins de sept dirhams le kilogramme. Un niveau de prix d’autant plus alarmant que les estimations professionnelles s’accordent à situer le coût de production réel d’un kilogramme de poulet dans une fourchette variant entre quinze et dix-sept dirhams.

Cette différence flagrante place immédiatement les producteurs face à des pertes sèches et massives à chaque cycle d’élevage, menaçant directement la pérennité de leurs activités et poussant un grand nombre d’entre eux, en particulier les petits exploitants, vers le spectre imminent de la faillite. Devant ce marasme, le mécontentement gronde et les tensions sont exacerbées dans la profession, ouvrant la voie à des interprétations divergentes quant aux origines de cette débâcle. D’un côté, certains éleveurs critiquent ce qu’ils qualifient d’inondation délibérée et orchestrée du marché, suggérant une manœuvre visant à déstabiliser l’offre. D’autres font une lecture purement mécanique de la situation, et corrèlent l’effondrement des prix à la loi inflexible de l’offre et de la demande, aggravée par une période creuse habituellement observée au lendemain des célébrations de l’Aïd al-Adha, explique Al Akhbar.

Dans ce contexte de crise, l’Association nationale des éleveurs de poulets de chair au Maroc a tenu à exprimer sa vive inquiétude face aux développements récents de la situation. Cité par le quotidien, le président de cette organisation, Mohamed Abboud, impute directement la responsabilité de ce chaos aux autorités de tutelle et aux instances de régulation. Il dénonce avec vigueur des dysfonctionnements structurels profonds dans la gestion globale du secteur, ainsi qu’un manque flagrant de mécanismes efficaces de régulation du marché. Selon lui, cette absence de contrôle nuit gravement au maintien d’un équilibre sain entre le coût de production réel et le prix de vente final aux consommateurs. Pour étayer son analyse, ce représentant syndical exige l’ouverture d’une enquête globale et transparente sur ce qu’il qualifie d’absence flagrante de valorisation de la production nationale.

Il souligne que le secteur souffre de déséquilibres majeurs dans les circuits de production et de commercialisation. Les couvoirs auraient produit, selon ses observations, des quantités massives et démesurées de poussins au cours de la période récente. Cette surproduction, conjuguée aux difficultés majeures rencontrées pour écouler ces animaux à travers les canaux de distribution traditionnels, a provoqué une abondance excessive de l’offre sur le marché national. Cette crise actuelle s’inscrit dans le prolongement d’accumulations passées, notamment une tendance vers des investissements intensifs au cours des années précédentes. Les hausses successives des prix de vente et les marges bénéficiaires confortables enregistrées par le passé ont agi comme un puissant stimulant, incitant de nouveaux investisseurs à s’introduire massivement dans le domaine de l’aviculture. L’expansion du secteur s’est ainsi accélérée, coïncidant avec une importation massive de cheptels de reproducteurs, dont les effectifs ont dépassé la barre des quatre millions et demi d’unités. À cela, s’ajoute une dépendance historique, et disproportionnée, vis-à-vis des intermédiaires dans le processus de commercialisation de cette production.

Par La Rédaction
Le 11/06/2026 à 18h47