L’affaire du Cap Sigli décryptée par les archives françaises et l’Algérien qui parlait aux avions

Jillali El Adnani.

Jillali El Adnani.

ChroniqueÀ la fin des années 70, le régime algérien multiplie les manœuvres pour légitimer son soutien au Polisario. En décembre 1978, une opération de désinformation autour d’un prétendu largage d’armes par un avion marocain devient un outil de mobilisation interne. Derrière cette mystification, c’est tout un appareil politico-militaire qui s’active pour créer l’illusion d’un conflit armé et masquer la fragilité d’un pouvoir en transition. Retour sur cet épisode à travers des documents français déclassifiés.

Le 30/03/2025 à 11h18

Sous le ciel des réseaux sociaux ou sous le ciel tout court, la seule nouveauté à retenir est que les prouesses de la propagande algérienne n’ont pas changé depuis le temps de l’unique chaîne de télévision algérienne. À l’occasion du complot du Cap Sigli inventé de toutes pièces par le régime d’Alger, les services secrets ont aussi inventé l’homme qui «parle aux avions». Dans l’affaire Cap Sigli, située à 150 km à l’Est d’Alger et non loin de Constantine, le Maroc est soupçonné d’avoir largué des armes en utilisant un Hercule C-130 ayant décollé de la base de Kénitra. Mais les services qui ont inventé l’affaire Cap Sigli sont dotés des mêmes compétences que ceux ayant imaginé l’histoire de la cigogne qui porte dans son ventre les enfants d’hommes.

Généalogie d’un mensonge: celui qui crée une cigogne peut inventer un peuple

Un rappel de la question des peuples du Sahara s’impose pour mieux appréhender ce geste abracadabrant exécuté par le général de Gaulle et le FLN de Boumediene afin de se passer outre de l’autodétermination des Chaânbas, des Touaregs, des Reguibats et des Arabo-Amazighs de l’Azaouad. Ces peuples, dont aucun prolongement n’existe dans le nord de l’Algérie, sont passés sous silence. Un silence qui se prolonge jusqu’en 1973, lorsque l’Algérie invente «un peuple» dont une partie vivrait sur ledit territoire algérien: les Reguibats de l’Est.

Des centaines de cartons d’archives sont aujourd’hui disponibles pour attester de l’homogénéité d’un territoire et d’une population allant de Tanger à Lagouira et d’Oujda à Goulmin. Entre le Sud et le nord de l’Algérie, aucun document d’archives ne parle de souveraineté ou de liens sociologiques. L’oralité est une mine d’or qui reste à explorer pour attester, depuis l’Ouest jusqu’à l’Est algérien, de la marocanité des villes, qsars, confréries, costumes, cuisines et chansons (de la célèbre chanson Chema’a (Bougie) jusqu’à la tickchbila que les autorités algériennes reprochent aux populations de Béchar pour remettre en question leur algérianité– l’humoriste algérien Abdelkader Secteur en est témoin).

Tout ce patrimoine est devenu la cible du pouvoir algérien, qui a oublié que le vrai patrimoine algérien, s’étalant sur la période allant de 1600 à 1962, est consigné dans de solides documents d’archives déposés à Aix-en-Provence. Il est urgent d’établir les inventaires de la culture et du patrimoine marocain en vue de les protéger. En premier lieu: la question des populations sahraouies et leur essaimage à travers le territoire marocain– douars, hameaux, tribus et villes. Face aux mensonges des voisins de l’Est, on devrait opposer le réel via l’histoire incarnée par l’image et les archives écrites.

L’affaire du peuple sahraoui est une invention algérienne, comme l’ont rappelé les différents ambassadeurs français à Alger, mais il s’agit d’un mensonge devenu, au regard de Tristan d’Albi, un levier de la politique algérienne: «L’abandon du Polisario par l’Algérie; on conçoit mal que le Président algérien renonce au principal levier de sa politique maghrébine; cette solution n’est en fait concevable qu’en cas de disparition de Boumediene lui-même, dont il faut rappeler qu’il détient seul la clef du problème.»

Face à ce scandale dit «peuple sahraoui», le même Tristan d’Albi ajoute: «L’Algérie bénéficie du déséquilibre inhérent à toute guerre subversive: avec relativement peu de moyens, elle maintient au flanc du Maroc un abcès de fixation qui nécessite la mobilisation de toute son armée; le président Boumediene calcule que l’enlisement d’une guerre sans espoir devrait provoquer un mécontentement de l’opinion et de l’armée qui, à terme, pourrait menacer et même abattre le trône chérifien.» (Dir. Affaires politiques, Algérie-Maroc, relations bilatérales, Série A 14, Archives de La Courneuve)

De source bien informée, Tristan d’Albi n’exprime ici que le point de vue de Boumediene, et donc l’implication unique et inique de l’Algérie dans ce conflit artificiel. De l’affaire d’Amgala en 1976– qui témoigne de l’implication de l’armée algérienne et à sa tête l’actuel général Chengriha– à l’affaire du Cap Sigli, c’est une belle rétrospective à adopter pour décortiquer les mensonges passés et à venir.

Le Polisario: le sorcier et son destin

Tristan d’Albi, qui affirme que le phénomène sahraoui est créé de toutes pièces par l’Algérie à la veille de l’indépendance du Sahara en 1975, rappelle que l’Algérie devrait savoir ceci: «Ce serait cependant mal connaître les nomades que de penser qu’ils puissent accepter longtemps une tutelle, pour nécessaire qu’elle soit. Des indices nombreux (Cf. note ANL du 4 décembre 1977) laissent penser que des divergences existent entre le Polisario et les dirigeants algériens. Il est vraisemblable que le développement du mouvement entraînera progressivement une prise de conscience croissante, par les populations du désert, de leur spécificité; la politique de détribalisation et de sédentarisation forcée menée par l’Algérie devrait y concourir, de même que la propagande et l’action de la Libye. L’instrument docile mis en place par le Colonel Boumediene pourrait échapper à son maître.» (Dir. Affaires politiques, Algérie-Maroc, relations bilatérales, Série A 14, Archives de La Courneuve)

Ce constat n’est pas étranger à la question de l’assassinat de El Ouali Mostapha Essayed en 1976, mais la prédiction de Tristan d’Albi ne se réalisera qu’en 1988, à la suite des événements qui ont secoué l’Algérie et les camps de Tindouf. Revenons au mensonge de Cap Sigli, quelques jours avant le décès de Boumediene.

L’affaire Cap Sigli: un scénario de mauvais goût

Avant de protester auprès de l’ONU le 21 décembre 1978 et même de se réunir le 16 décembre 1978 au sein du Conseil de la Révolution et du gouvernement algérien, il a fallu inventer le scénario du largage d’armes par un avion marocain, C-130, à 150 km à l’est d’Alger et donc non loin de Constantine. Ce scénario a été diffusé en direct à la télévision nationale par ce magicien, dit Yahiaoui, et son complice Saadi Tahar: «un homme qui sait parler aux avions».

Avant de protester auprès de l’ONU le 21 décembre 1978 et même de se réunir le 16 décembre 1978 au sein du Conseil de la Révolution et du gouvernement algérien, il a fallu inventer le scénario du largage d’armes par un avion marocain, C-130, à 150 km à l’est d’Alger et donc non loin de Constantine. Ce scénario a été diffusé en direct à la télévision nationale par ce magicien, dit Yahiaoui, et son complice Saadi Tahar: «un homme qui sait parler aux avions».

Guy De Commines De Marsilly, ayant occupé le poste de Haut représentant, ambassadeur de France à Alger à partir du 14 avril 1975, est témoin de toutes les péripéties liées à l’affaire du Sahara marocain. Fin connaisseur du dossier du Sahara et surtout de l’Algérie, à l’image de l’ex-ambassadeur Xavier Driencourt, il rapporte avec une netteté sans appel le complot du Cap Sigli. Dans notre dernière chronique consacrée à cette affaire, nous avons parlé d’un certain Ahmed Salah Yahiaoui, un politique qui a su mobiliser les foules, les syndicats pour faire face au «péril marocain». L’ambassadeur français De Commines rapporte d’intéressantes informations sur un autre personnage qui s’appelle Benyahia, présenté comme le complice, avec cinq autres personnes, dans la collecte des armes larguées par un C-130 marocain:

«Le nommé Benyahia (CF. Les indications fournies à son sujet par mon Télégramme N° 3160) qui est donné comme ayant organisé l’opération de récupération des armes, était, nous apprend aujourd’hui le Moujahid, un traître en 1959, et il avait alors été condamné à mort par un tribunal militaire de l’ALN pour ‘collaboration avec l’ennemi’. Il s’était échappé et ‘à la faveur de la confusion au lendemain du cessez-le-feu, avait trouvé le moyen de se retrouver ‘dans les rouages de l’État… comme Wali de Sétif. Impliqué dans une affaire d’assassinat d’un membre du FLN, il avait été ‘arrêté puis relâché faute de preuves et, ultérieurement, radié du corps préfectoral’.»

La manière dont ce témoignage est rapporté frappe par son réquisitoire et aussi par les multiples guillemets placés par l’ambassadeur De Commines, qui ne croit pas au profil de Benyahia dressé par le journal Le Moujahid. Comment charger un tel personnage de mener à la fois l’opération de complot avec le colonel marocain Mustapha Hosni, et d’assister ensuite au largage et à la collecte des armes? Le Moujahid tente, par son passé de traître, de lui faire jouer ce rôle. Mais quelles relations y a-t-il entre le Yahiaoui qui mobilise les foules contre le Maroc, et le Benyahia, traître à la solde du Maroc, si ce n’est celle d’un scénario amateur? En effet, le communiqué de l’Ambassade de France à Alger, signé De Commines et datant du 19 décembre, rapporte ceci:

«La campagne de vigilance et de mobilisation des masses lancée depuis deux jours prend une grande ampleur. Elle fait pratiquement passer au second plan les messages de sympathie et de rétablissement à l’intention du président Boumediene. M. Ahmed Salah Yahiaoui, responsable exécutif chargé de l’appareil du FLN, après avoir reçu avant-hier le bureau de l’UGTA, s’est entretenu hier après-midi avec les secrétaires nationaux des autres organisations de masses: jeunes (UNJA), paysans (UNPA) et femmes (UNFA). M. Yahiaoui a invité ses interlocuteurs à demeurer toujours vigilants et mobilisés pour faire face à des défis, tel que ‘l’acte criminel commis par le régime de Rabat’. C’est sur le même thème que la télévision algérienne a axé son journal d’hier.» (Dir. Affaires politiques, Algérie-Maroc, relations bilatérales, Série A 14, Archives de La Courneuve)

Un scénario médiocre

Toujours selon l’ambassadeur De Commines: «Ce Benyahia, dont on nous dit qu’il avait rencontré au Maroc et en France le colonel marocain Mustapha Hosni, aurait chargé le 8 décembre l’un de ces cinq complices, Saadi Tahar, de lui recruter des hommes pour une opération qui aurait lieu deux jours plus tard. La télévision a longuement interviewé Saadi Tahar il y a quatre jours (le 15 décembre 1978, NDLR). On a vu sur l’écran un personnage assez minable, se décrivant lui-même comme un malade psychique qui passait une partie de sa vie à l’hôpital, et qui, racontant l’aventure, a déclaré que, lorsqu’il s’était aperçu (à 22h30!) que l’avion était un appareil militaire marocain Hercule C-130 ‘sa conscience avait parlé’, etc. Tout cela est peu sérieux, au point que les observateurs à Alger– y compris les journalistes que l’on a emmenés voir les armes à Constantine– sont perplexes et incrédules. Un fait paraît très probable, sinon certain: il y a eu un avion. Mais quel avion? On ne peut pas imaginer que le Roi du Maroc– car une telle opération n’aurait pas pu être exécutée sans son aval– risquerait la réputation internationale de son pays (l’appareil aurait pu être abattu ou intercepté) dans une affaire dont l’aboutissement dépendait d’individus aussi louches ou aussi pitoyables que ceux dont on nous a parlé ou que l’on produit en public… L’autre hypothèse qui vient naturellement à l’esprit est que toute l’histoire serait un montage algérien, l’avion étant alors, en réalité, un Antonov, qui ressemble beaucoup, me dit-on, à un Hercule C-130. Mais le scénario est si médiocre et les ‘preuves’ fournies si creuses, que l’on reste étonné de la faiblesse de la performance.»

Le régime d’Alger est un impénitent faiseur de «scénarios médiocres». C’est même à cela qu’on le reconnaît. Depuis l’affaire Cap Sigli, la faiblesse du régime algérien dans la fabrication de complots s’est aggravée. Il est atteint d’une incurable diarrhée de complots mettant en cause constamment le Maroc, parfois la France. Depuis Cap Sigli, le Royaume attend impatiemment que le régime d’Alger recoure à des scénaristes un tant soit peu crédibles… Mais visiblement, ce régime est empêtré depuis près d’un demi-siècle dans un continuel remake de Cap Sigli.

Par Jillali El Adnani
Le 30/03/2025 à 11h18

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C'est comme cela qu'on les aime. Tếtus et incompétants.... Le meilleur ennemi possible pour le Maroc. Le Maroc n'a jamais d'aussi grand pas que depuis que l'Algérie est nouvelle. Comme le Boujolais nouveau, on hâte pour la cuvée de l'année prochaine. Vive le cinquième mandat pour Tboon, vive l'Algérie Nouvelle.

@adyli Ce gars est un Khargouli pur jus !! Le gars sous-entends que le Maroc progresse parce que l'anegerie fait n'importe quoi et que sans ces erreurs le Maroc n'en serait jamais la ou elle est actuellement. Les Anegeriens sont tous équipés d'oeillères à la naissance

La mouche dzé dzé :::::::::// Y aura pas de 3me mandat mais un chaos car le feu couve an sein de ces généraux, le premier d'entre eux qui bougera fera sauter le sifflet de la cocotte minute qui est en trains de bouillir, une puissance étrangère fera en sorte que l’étincelle ait lieu, car dans ce genre de régime tel le Chili, l'Irak l’Égypte, la Syrie et enfin la Libye, celui qui bouleversera le pays sera un mélange de Pinochet, nasser, assad, Habré et autres tiranaux de village, bref un hybride qui ramènera ce pays à sa préhistoire, car avant 1832, ce territoire était "terra nihilus" avant que la france coloniale joua du du crayon sur les cartes topographique, alors et enfin les gens de béchar, tindouf, béni ounif et autres auront leur passeport "royaume du Maroc" retour aux sources

Vous voyez dans cet article les liens entre la France et le FLN, pour tout ceux qui doutent et qui pensent que le FLN c'est installé au pouvoir car ils avaient l'appui des Anegeriens détrompez-vous, le FLN est (ou était) un outil de la France coloniale pour protéger ses intérêts, jusqu'à aujourd'hui la France légitime encore ces Terroristes au pouvoir car elle (France) a peur de voir ces gens se retourner contre elle pour de bon.

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